Soufflante N°14 : en le maintenant pendant la Coupe du Monde, la LNR tue l’équité du Top 14

Sur Sport-Vox, tous les lundis c’est « La Soufflante » ! Un ou plusieurs membres de notre rédaction vous livre leur coup de gueule sur le week-end sportif qui vient de s’achever. Cette semaine, on parle rugby et doublons.

Coupe du Monde oblige, le monde du rugby professionnel s’arrête pendant six semaines pour vivre à l’heure japonaise et fêter le ballon ovale. Tous ? Non, car une poignée d’irréductibles continuent de s’étriper sur les terrains de France et de Navarre…

Tous les quatre ans, c’est la même chose. Alors que l’on pourrait penser que la grand-messe du rugby mondial serait l’occasion d’une trêve de toutes les autres compétitions (comme c’est le cas dans tous les autres sports) le rugby cultive sa différence (ou sa bêtise, c’est selon). Pendant le mondial, le championnat ne fait pas relâche, les clubs sont sur le pont pour guerroyer dans la course au Bouclier de Brennus.

100 joueurs absents du Top14

Une situation ubuesque qui ne défrise pourtant pas les décideurs du rugby français qui n’ont aucun scrupule à priver les clubs de leurs meilleurs éléments pendant près d’un tiers de la phase régulière du championnat. Car oui, quitte à faire n’importe quoi, autant le faire à fond ! Ce sont donc près de 100 joueurs qui, sollicités au pays du soleil levant, ne fouleront pas les pelouses du Top 14 avant la 9ème journée…

Et encore, entre les vacances dues aux internationaux et les doublons du prochain Tournoi des 6 Nations, ce sont encore quatre journées pour lesquelles les internationaux français ne pourront travailler pour leur employeur. Pour les principaux pourvoyeurs du championnat il faudra donc faire sans ses cadres pour la moitié de la saison. Un problème qui ne touche d’ailleurs pas tout le monde dans les mêmes proportions.

C’est logique, les meilleurs clubs ont les meilleurs joueurs et sont donc eux qui paient le plus lourd tribu à la compétition reine. On s’aperçoit ainsi que Toulouse, champion en titre, le Racing, Clermont, Montpellier et Toulon sont les clubs les plus impactés. Rien de surprenant, ce sont les plus gros budget du championnat. À l’inverse, Lyon, Agen ou Pau s’en sortent beaucoup mieux avec très peu de joueurs mobilisés

Un championnat déjà faussé

Et que se passe t-il quand on regarde le classement du Top 14 après cinq journées ? On retrouve en tête des clubs qui n’ont pas vraiment pour habitude d’y siéger alors qu’aucun des six derniers champions de France n’apparaît dans les quatre premiers ! Seul Clermont, champion 2017, arrive péniblement à se hisser dans les potentiels qualifiés. Pour les autres, c’est la soupe à la grimace. Toulon ? 7ème. Castres ? 9ème. Pour Toulouse, Le Racing et le Stade Français, respectivement 11ème, 13ème et 14ème, on joue pour l’instant le maintien !

Si certains de ces cadors réussiront à rattraper le bon wagon, il n’y aura pas de place pour tous et le retard accumulé risque d’être rédhibitoire. Comment dès lors accorder une once de crédit à cette saison ? Comment penser que le championnat est équitable ? Que celui qui soulèvera le Brennus sera légitime ? Comment enlever le coup amer qu’auront dans la bouche les clubs qui descendront ?

Soyons clair, au delà de la course au Brennus, certains jouent leur peau tous les ans. La pérennité économique d’un club, les emplois de ses salariés peuvent dépendre d’une rétrogradation. Les enjeux sont lourd et si Bayonne, par exemple, se maintient pour un ou deux points, comment oublier que l’aviron sera allé en chercher quatre inespérés contre un Racing privés de 10 de ses titulaires lors de la deuxième journée ? On peut aussi raisonnablement penser qu’il vaut mieux affronter Toulouse ou Toulon maintenant que dans quelques mois, le destin du championnat va donc se jouer cette saison sur le hasard d’un calendrier… Injuste et immoral.

La LNR préfère le pognon aux solutions

Tout cela sans compter sur les risques de blessures plus important que doivent prendre les staffs dans ces périodes. Avec des effectifs réduits, il y a moins de turn-over et des joueurs qui ne sont pas forcément prêts sont lancés dans le grand bain, avec les dangers que cela comporte. Alors que l’on s’interroge sur la dangerosité de ce sport avec les tristes épisodes de ces derniers mois, cette période de doublon voit fleurir les gamins sur les pelouses de Top 14, au risque de les voir se fracasser sur la réalité de ce championnat particulièrement physique.

Les « cerveaux » de la Ligue répondront sans doute à leurs nombreux détracteurs que l’année n’a que 52 semaines et qu’il faut bien caler toutes les compétitions mais la réalité est que seule la France a poussé aussi loin cette aberration. Nos voisins anglais n’ont ainsi que quatre dates de doublons sur toute la saison, trois fois moins que nous. Comment font-ils, eux qui n’ont également que 52 semaines ? Ils ont adapté leur championnat aux exigences du professionnalisme en passant notamment à 12 clubs.

Un premier pas inéluctable (qui pourrait être complété par la fin des phases finales) mais inconcevable pour les caciques du rugby cassoulet. Soutenus par le diffuseur Canal+, leur principale préoccupation est de maximiser la monétisation de leur produit en dépit du bon sens et au détriment de toute équité sportive. Plus d’équipes, c’est plus de matches, plus de diffusions, plus de temps d’antenne et plus de publicités. Une équation implacable.

Dans un sport qui aime à se draper de vertueuses valeurs, l’appât du gain aura malgré tout fait son oeuvre en y ajoutant l’hypocrisie et la mauvaise foi. Sans doute encore plus gerbant que le tout pognon assumé du football business.

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