Soufflante #20 : s’il veut rassembler, le PSG va devoir se « françiser »

La soufflante change de format. Désormais, on se retrouve le mardi, lendemain de la diffusion de notre chronique sur Inside Sport. Pour fêter la première de ce nouveau partenariat, on parle du PSG.

Après des matches aller bien mal négociés, Paris joue sa tête ce soir dans une périlleuse réception du RB Leipzig. Une situation difficile à envisager au moment du tirage au sort et qui pourrait déboucher sur une catastrophe sans précédent (oui, pire que la remontada) sur la scène européenne pour ce PSG version Qatari. Une élimination qui, si elle mettrait le feu à Doha, en ferait sourire plus d’un dans l’hexagone…

Le PSG, un club qui divise

Il est vrai que, depuis le rachat du club, le PSG évolue en plein paradoxe. Club clivant par excellence, il est à la fois le club comptant le plus de supporters de France tout en étant le plus détesté du pays. Sur le fond, rien de vraiment surprenant, on peut évidemment sans se tromper évoquer l’habituel rivalité Paris-Province, on peut aussi parler de jalousie, réelle là aussi, devant la puissance financière des pétrodollars. En France, il est coutume de dire qu’on n’aime pas les vainqueurs, les premiers, les riches… Le PSG est un peu de tout ça et subit forcément les quolibets au moindre faux pas. Et Dieu sait qu’il y en a eu ces dernières années…

Pourtant, il me semble que l’on ne peut résumer ce désamour uniquement par ces lieux communs, il y a autre chose et cette situation exaspère joueurs, staff et dirigeants parisiens. Ils ne manquent d’ailleurs pas une occasion de s’en émouvoir dans les médias. Si, à la veille d’un PSG-Manchester United de triste mémoire, Bernard Lama s’était plaint dans nos colonnes, du positionnement anti-parisien de la presse, les critiques visent également directement le public français.

« C’est nous contre le reste du monde, toute la France attend que le PSG perde  »

Ander Herrera 29/07/20

En interne, cette position de mal aimé du football français a régulièrement permis aux joueurs de se souder en vue d’un objectif commun mais, en dehors du groupe, elle fait grincer des dents. Les dirigeants du club n’avait pas manqué de demander l’union sacrée derrière le club pour la finale de la Ligue des Champions en août dernier mais, au delà de Marseille devenue pour un soir un véritable bastion munichois, le France du football n’avait pas vraiment répondu présent. Ce manque de soutien, est pour moi compréhensible et s’explique aussi par la politique sportive du club.

Une identification difficile

Soyons clairs, les amateurs de ballon rond hexagonaux ont beaucoup de mal à s’identifier au club de la capitale et réduire cela à de l’anti-parisianisme primaire est réducteur et simpliste. Il est tout simplement trop difficile de s’identifier à ce club qui n’est en rien représentant du football français ou du championnat de Ligue 1. Honnêtement, comment voulez-vous que le supporter de Dijon, Caen ou Toulouse se sente concerné par un club dont les fonds et le président sont qataris, le directeur sportif brésilien, l’entraîneur allemand et les joueurs majoritairement étrangers ? Il ne s’agit pas de xénophobie, loin de là, mais il ne suffit pas qu’une équipe ait un emballage avec « Paris » dessus pour qu’elle entraîne tout le pays derrière elle.

La communion qu’ont connu Reims, Saint-Étienne, Marseille, Monaco voire Bordeaux et Lyon ne vient pas que de leurs épopées puisque l’été dernier n’a pas réconcilié le PSG avec le public français. Cette sensation d’avoir tout un pays derrière lui, le PSG l’a ressenti dans les années 90 mais pas depuis. Non, la réalité c’est qu’avec ces équipes, toute la France se sentait, un peu, impliquée. Ces équipes dominantes de leurs époques étaient de véritables porte-étendard de leur championnat, c’était un peu le « best-of » de la première division qui allait à la conquête du continent. Quand l’OM remporte la Coupe d’Europe, c’est « l’Auxerrois » Boli qui marque, le « Toulousain » Barthez qui garde les cages, le « Sochalien » Sauzée qui a les clés du jeu et, bien évidemment, le « Nantais » Deschamps qui soulèvent le trophée.

Bref, c’est toute la France du foot qui a gagné ce soir là et les supporters de beaucoup de clubs étaient heureux de voir l’enfant du pays au sommet de l’Europe. Vous allez me dire que l’arrêt Bosman est passé par là, que le système a changé et pourtant… L’OL des années 2000, a choisi de dominer la scène hexagonale et de briller au niveau supérieur en s’appuyant quasi exclusivement sur les ressources de la D1. Coupet, Essien, Wiltord, Malouda, Abidal, Réveillère, Dhorasoo, Luyindula, Diarra, Squillaci, Toulalan, Bastos, Lloris… la liste des joueurs recrutés par l’OL au sein de championnat et ayant réussi au club est sacrément longue ! Si l’on y rajoute les hommes formés au club, elle devient interminable.

Une stratégie qui dédaigne la France

À l’inverse, le PSG a décidé de tourner le dos à ses propres racines, de se tourner quasi exclusivement vers l’étranger pour faire ses emplettes. Mais comment faire autrement quand aucune des têtes pensantes du club n’est issue du pays ou n’y a ses réseaux ? Tuchel recrutant en Allemagne et Leonardo en Italie, Paris se désintéresse du marché français. Pourtant, on ne peut vraiment pas dire que l’hexagone manque de talents ! La santé éclatante de sa formation, deuxième exportatrice du monde, et de sa sélection, nous prouvant le contraire. D’ailleurs, alors que les effectifs des leaders des autres championnats (Bayer, Juve, Real, Barça, Liverpool…) sont remplis d’internationaux locaux, celui du PSG en est presque dépourvu.

Si le PSG ne recrute pas français, c’est donc par choix, par philosophie. Alors que les grands clubs européens n’hésitent pas pour se servir en Ligue 1 et que les entraîneurs les plus réputés du continent ne tarissent pas d’éloges sur nos jeunes, Paris décide sciemment de s’en priver et a préféré laissé filer un nombre conséquent de talents pour aller chercher ailleurs des profils pas vraiment indiscutables. N’y avait-il pas en Ligue 1 des joueurs capables de faire aussi bien, voire mieux, que des Rico, Kerher, Paredes, Herrera, Sarabia ou Kean (pour ne parler que de ceux présents au club cette saison) ? J’ai dans l’idée que des Pavard, Kounde, Mukiele, Mendy, Ndombele, Verretout, Dembele et autres ne feraient pas tâche dans cet effectif et permettraient au club de faire d’une pierre deux coups : renforcer son image locale et envoyer un signal positif à ses jeunes qu’ils n’arrivent pas à conserver.

Au lieu de cela, le PSG se retrouve dans la même situation que le RC Toulon en rugby il y a quelques années, ne pas être soutenu par son pays dans sa quête de grandeur européenne, à cette différence près que le RCT a remporté trois titres continentaux… Qu’on arrête donc de vouloir culpabiliser les fans qui traînent des pieds pour supporter le PSG sous prétexte qu’il « représente la France ». Il suffit de constater que, au match aller, Nagelsmann a fait jouer plus de joueurs formés en Ligue 1 que Tuchel (4 contre 3) pour s’apercevoir qu’on est loin du compte. Et avec Kylian Mbappé annoncé sur le départ, la situation pourrait empirer…

S’il veut enfin être prophète en son pays, il faudrait donc que le club parisien revoit sa copie et fasse enfin confiance aux forces vives de Ligue 1. Sur et en dehors du terrain, il ne devrait pas trouver à s’en plaindre.

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