XV de France, une débâcle et après ?

Six mois ont passé depuis ce funeste 17 octobre 2015 et l’humiliation 62-13 subie par le XV de France au Millenium de Cardiff face aux All Blacks. Six mois durant lesquels on aura tout lu et tout entendu, chacun se rejetant la responsabilité du naufrage en omettant d’assumer ses propres erreurs. Tentons d’appréhender ce dernier semestre de l’environnement de l’équipe de France.

Sur le terrain : une succession difficile

Guy Novès reprenant les rênes à Philippe Saint-André, les grandes envolées à la Toulousaine étaient censées prendre le relais de la triste potée auvergnate concoctée par le Goret. Arrivant dans un fauteuil après un mandat cataclysmique, l’ancien gourou d’Ernest Wallon ne pouvait pas faire pire que son prédécesseur et bénéficiait même d’une rare unanimité lui permettant d’aborder sa mission les coudées franches.

Un Tournoi plus tard, conclu à l’avant dernière place du classement malgré un calendrier favorable, avec en prime la plus mauvaise attaque au nombre d’essais marqués, difficile pourtant de déceler une véritable amélioration. Seules deux victoires poussives (voire miraculeuses) contre l’Italie et l’Irlande ont empêché les Bleus de récolter une première cuillère de bois depuis 1957…

Avec trois victoires en cinq matches, l’Aveyronnais ne fait donc pour l’instant pas mieux que l’Auvergnat qui avait terminé son mandat avec un bilan final de 44% de victoires. Et ce n’est pas la future tournée d’été en Argentine, qui s’annonce difficile sans les participants aux demi-finales du Top 14, qui devrait redorer ce bilan provisoire. En allant plus loin, on constate même que les débuts de Saint-André, sans être brillants, avaient été plus réussis avec un bilan équilibré de deux victoires, un nul et deux défaites lors du Tournoi 2012.

Si la compétence du sélectionneur, dont la capacité à faire gagner son équipe n’est plus à prouver, n’est pas encore remise en question, force est de constater que l’on est encore loin du renouveau attendu et que la nouvelle génération bleue soulève plus d’interrogations qu’elle n’apporte d’enthousiasmantes perspectives. Sportivement, le fossé séparant le XV de France de ses principaux rivaux semble s’être creusé.

Serait-il alors possible que le tant décrié Saint-André, qui avait incarné l’échec de la Coupe du Monde et dont l’éviction devait ramener nos bleus à leur vraie place, ne soit finalement pas le principal responsable de ce marasme ?

En coulisse : une cacophonie

Dans l’assourdissante déflagration médiatique ayant suivi la déroute, la stratégie de communication et de réaction des instances rugbystiques a pu surprendre, si le silence est parfois d’or (oui M. Boudjellal), il faut pourtant parfois savoir monter au feu !

L’absence de réaction de Pierre Camou est symptomatique de l’amateurisme qui semble encore régner du côté de Marcoussis. Un président de la FFR n’est pas uniquement là pour s’assoir en loge et se repaître aux frais des licenciés lors de fastueuses assemblées générales mais également être capable, pourquoi pas, de prendre la parole pour assumer un bilan qui n’est pas uniquement celui du sélectionneur. Nous passerons également sous silence la mystérieuse et soudaine disparition médiatique de Serge Blanco, pourtant pas le dernier des donneurs de leçons. Saint-André en seul bouc-émissaire, cela semble avoir bien arrangé les caciques d’une Fédération dont la gouvernance semble toute droite sortie d’un film de Coppola.

Côté LNR, on préfèrera s’abstenir, Patrick Wolff rendant son tablier devant un rugby dans lequel il ne se reconnait plus.

Bref, après cette brillante démonstration de laisser faire virant au lynchage médiatique du sélectionneur (bon courage pour l’avenir M. Novès), les mesures ne se sont pas faites attendre avec la création d’une cellule technique visant à déterminer les causes du naufrage. Sorte de « Grenelle du rugby » (l’expression est à la mode), cette task force regroupe tout ce qui se fait dans le rugby français, joueurs, entraîneurs ou mécène, à l’exception notable des « nouveaux présidents-entrepreneurs » qui n’ont visiblement toujours pas voix au chapitre. Les conclusions à paraître pourraient ainsi désigner un coupable « surprise », le Top 14.

L’objectif fédéral apparaît aujourd’hui limpide : donner l’illusion d’une volonté d’évolution pour sauver les meubles et garder la main lors des prochaines élections présidentielles du 3 décembre. L’adversaire principal (la candidature de Pierre Salviac pouvant être prise pour ce qu’elle est, une sympathique farce), Bernard Laporte qui vient tout juste de présenter son programme étant un pur produit du rugby professionnel.

Alors que les différents protagonistes du conflit à venir ont déjà commencé à flinguer à vue, nous, à Sport-vox, comme on n’est pas plus bête que Pierre Salviac et, faute de créer également une liste dissidente (on a un vrai métier nous…), nous allons dans les prochaines semaines développer quelques pistes qui pourraient permettre de faire évoluer le rugby Français dans le bon sens.

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