Une apothéose au parfum d’épilogue pour un Djokovic truqueur

Vainqueur de son huitième titre à l’Open d’Australie, Novak Djokovic a confirmé son statut de roi des antipodes. Pourtant, cette victoire acquise au forceps a paradoxalement de quoi inquiéter ses fans…

Comme prévu, il l’a fait. Novak Djokovic a une nouvelle fois, la huitième, triomphé dans son jardin de Melbourne Park. Un succès historique, son dix-septième en majeur obtenu de haute lutte et en cinq sets aux dépends d’un Dominic Thiem qui pourra s’en mordre les doigts.

Une défaite de Thiem plus qu’une victoire de Djokovic

Car finalement, ce match, c’est peut-être d’avantage l’Autrichien qui le perd que le Serbe qui le gagne. Le temps d’évacuer la tension en lâchant la première manche et le protégé de Nicolas Massu a progressivement pris le dessus sur son prestigieux adversaire, imposant son rythme  et sa puissance en fond de cours pour étouffer un Djokovic pris de cours et dominé physiquement.

Pendant près de trois sets, Nole a souffert dans tous les secteurs, étant tout proche de craquer complètement. Hier, sur le court, le plus costaud était bien le bucheron viennois qui a définitivement la clé du jeu du Djoker contre qui il restait sur quatre victoires en cinq rencontres. Au moment où j’écris ces lignes, le 5ème mondial doit sacrément ruminer ce jeu offert qui lui coûte le break et le quatrième set. Il avait les cartes en main pour soulever son premier majeur et il s’est loupé.

Le retour du Djoker truqueur

Tout proche du gouffre, le Serbe n’a donc pas réussi à dominer son adversaire comme il en a l’habitude sur dur. Pire, malgré un parcours moins chaotique que son adversaire, il a semblé athlétiquement en souffrance avec des difficultés à récupérer qu’on ne lui connaissait plus. Il est apparu beaucoup plus marqué que Thiem à l’issue des plus longs rallyes. Alors qu’il est généralement celui qui use son opposant, il s’est retrouvé dans la situation inverse. Et ses mauvais démons ont alors ressurgi…

Simagrées, comédie, rebonds à outrance, appels au kiné, temps morts médicaux… tout a alors été bon pour casser le rythme, ralentir le jeu et embrouiller son adversaire. Il s’est raccroché à ces vieilles ficelles qui étaient l’apanage de ses premières années sur le circuit. Incapable de dominer à la régulière, il est redevenu, l’espace d’un match, le Djokovic roublard, presque tricheur, que l’on n’aime pas. Comme en écho à son surprenant abandon contre Wawrinka au dernier US Open, il a parfois refusé le combat loyal pour mettre le désordre dans le cerveau adverse.

Un comportement en forme d’aveu de faiblesse

Si cette attitude exaspérante lui a permis de s’en sortir, elle est néanmoins très révélatrice. Au delà de l’image négative qu’il renvoie et qui l’empêchera toujours d’être, dans le cœur des supporters, l’égal des deux autres membres du Big 3, c’est surtout un terrible aveu d’impuissance. Le tyran est en train de passer la main, de laisser la place à un joueur faillible. Lui qui a construit ses triomphes sur son exceptionnelle endurance, capable de briser n’importe quelle volonté, n’apparaîtra désormais plus comme l’athlète ultime, indestructible qu’il était depuis des années.

Il y aura un avant et un après cette victoire en trompe l’œil. S’il a encore triomphé, ses adversaires savent désormais que la cuirasse peut se craqueler et c’est une première ! Il n’était pas blessé, juste rattrapé par le temps et l’âge. Loin de leur casser le moral, ce nouveau succès de Nole, devrait mettre du baume au cœur à ses adversaires. Bien que couronné, il repart d’Australie moins souverain qu’en y arrivant. Malgré son triomphe, le record de Federer, jamais aussi proche n’a paradoxalement jamais paru aussi solide.

Le tournant, c’est pour 2020

Car, désormais j’en suis certain, c’est cette année que le diabolique trio va passer la main. Medvedev à New-Yorke et Thiem à Melbourne l’ont prouvé, les patrons ne sont plus tennistiquement et physiquement les plus forts. Seul leur considérable expérience, l’immense crainte qu’ils inspirent et parfois donc leur malice, leur ont permis de rivaliser et de prendre le dessus sur leur jeunes challengers, encore trop timides. Ces derniers se sont sans doute fait avoir pour la dernière fois, les respectueux prétendants vont laisser place à de farouches prédateurs.

L’odeur du sang ne trompe pas, les bêtes sont blessés et la meute de jeunes loups ne va pas se faire prier pour les achever. Le rapport de force est clairement en train de s’inverser et, s’il ne faut surtout pas enterrer de tels champions qui resteront encore capable de coups d’éclats, j’ai la conviction qu’au crépuscule de cette année 2020, aucun d’eux ne siègera sur le trône de l’ATP. Je crois personnellement que Muster aura rapidement un successeur.

A t-on assisté au dernier titre majeur du Big 3 ? Il est prématuré de répondre par l’affirmative à cette question mais cette finale australienne aura au moins eu le mérite de la poser. 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *