Un peu d’histoire : L’uruguayen qui a révolutionné le football brésilien

Parce que pour mieux comprendre le présent, il faut parfois se plonger dans le passé, Sport-Vox prend sa machine à remonter le temps pour découvrir des hommes, femmes ou moments qui ont profondément changé la face du sport.

Le 15 novembre dernier s’éteignait un personnage majeur du football brésilien dont bien peu se souviennent : Aldyr Garcia Schlee. Entraîneur, joueur dirigeant ? Non, un écrivain et illustrateur qui a donné ses couleurs à l’un des plus grands mythes du sport mondial, il est l’homme qui a dessiné le maillot de la Seleçao. Et pourtant rien ne l’y prédestinait.

Marqué au fer rouge par le Maracanaço

Né à Jaguarão une petite ville campagnarde située à la frontière entre Brésil et Uruguay, le jeune homme va être marqué, comme tout son pays , par une journée mémorable, une date sombre dans l’histoire du peuple auriverde, le 16 juillet 1950. Ce jour funeste, c’est le jour du Maracanaço qui a vu le Brésil perdre sa Coupe du Monde en finale contre toute attente en finale au bénéfice du modeste voisin uruguayen. Un drame nationale vécu d’une manière singulière par le jeune Aldyr, qui se trouve ce jour là au cinéma en terre uruguayenne, la suite, c’est lui qui la raconte :

« Soudain, ils ont coupé le film. On s’est tous levés pensant à une panne du projecteur. Puis un bruit, une voix annonce en espagnol « le match au Maracanã est terminé. Brésil 1, Uruguay 2. Nous sommes champions du monde ! » Puis ils ont passé l’hymne uruguayen. Comment voulez-vous que je ne devienne pas Uruguayen après une telle expérience ! ».

Ce jour qui l’a vu tourner le dos, footballistiquement, à sa patrie d’origine, est paradoxalement celui qui va lui permettre de rentrer dans l’histoire du Brésil. En effet à l’époque, le Brésil joue en blanc avec un col bleu et suite à la défaite, ce maillot sera critiqué pour ne pas représenter les couleurs du drapeau brésilien. Du coup, en 1953, le journal carioca Correio da Manhã organise, en accord avec la Fédération Brésilienne, un concours pour dessiner un nouveau maillot. La règle est simple : le maillot devra comporter les quatre couleurs du drapeau : le vert, le jaune, le blanc et le bleu.

Un croquis qui va faire basculer l’histoire de la Seleçao

Ce concours, qui comptera 301 participants (d’autres sources en indiquent « seulement » 201), va donc être remporté par Aldyr Garcia Schlee. Malgré sa défiance originelle à participer au concours en raison de la règle des quatre couleurs :  « aucune nation ne joue avec un maillot portant quatre couleurs. De plus, celles du drapeau brésilien ne vont pas ensemble », il va réaliser un dessin qui rentrera dans l’histoire en contournant la règle, utilisant sur le maillot les couleurs qui représentent l’identité brésilienne, le jaune et le vert, et laissant le short et les chaussettes pour placer le bleu et le blanc obligatoires.

Croquis original d’Aldyr

Son maillot est donc  le suivant : un maillot jaune avec un col et des ourlets verts, un short bleu orné d’une bande verticale blanche et enfin, des chaussettes blanches surmontées de bandes jaune et verte. Le maillot classé second était le suivant : maillot vert, short blanc avec bandes bleues, chaussettes jaunes. Son maillot sera utilisé pour la première fois le 14 mars 1954 à l’occasion d’un match Brésil-Chili comptant pour les éliminatoires de la Coupe du monde 1954. Dans un stade Maracanã bondé (112 809 spectateurs), le Brésil s’impose 1-0 grâce à un but d’Oswaldo Silva, plus connu sous le nom de Baltazar. Très vite, le maillot gagnera le surnom de Canarinho, ce qui signifie « petit canari ».

Un coeur toujours uruguayen

Si le Brésil joue toujours avec ces couleurs sauf exception (comme lors du centenaire de la FIFA le 20 mai 2004 contre la France où le Brésil joua la première mi-temps avec un maillot d’époque, en coton, blanc) et va permettre à ce maillot de connaître le triomphe et la gloire, il n’a pas fait changé d’avis Aldyr Garcia Schlee. Récompensé de 20 000 réaux et d’un stage au Correio da Manhã, il partage alors un appartement avec des joueurs brésiliens mais cette expérience tourne court : selon ses dires, les joueurs étaient « des ivrognes et des coureurs de jupons » au comportement de « canailles ». La demi-finale de 1970 entre la mythique Seleçao de Pelé, immortalisant son maillot aux yeux du monde entier, à l’Uruguay, lui  « divisera le coeur en deux » mais il restera toujours supporter de la Céleste.

Retourné dans son Etat du sud pour y être professeur été journaliste, l’histoire se chargera de l’éloigner toujours plus du Brésil. Cofondateur de l’école de journalisme à l’Université Catholique de Pelotas, il sera emprisonné trois fois par la junte militaire et expulsé de son poste d’enseignant en raison de son engagement communiste. Devenu un écrivain récompensé de plusieurs prix, il rédigera toujours ses oeuvres en espagnol plutôt qu’en portugais, preuve définitive qu’il était bien né du mauvais côté de la frontière.

Lié pour l’éternité au plus mythique maillot du football mondial mais avec le coeur bleu de celui de la Céleste, il s’est donc éteint le 16 novembre dernier, à quelques heures d’un Brésil-Uruguay. Le destin aura été taquin jusqu’au bout pour Aldyr Garcia Schlee…  

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