TOP 14 : à quand la fin des phases finales ?

La Rochelle

Ce soir, au Stade de France, la meilleure équipe de la saison, le Stade Rochelais, ne soulèvera pas le Bouclier de Brennus. Une injustice due à une formule qui ne fait plus l’unanimité.

On le voyait venir gros comme une maison et ça n’a évidemment pas raté. Après une saison remarquable qui les a vu dominer le Top 14 de la tête et des épaules, les rochelais se sont fait cueillir comme des bleus par le RCT, presque à la maison au Stade Vélodrome, et ne verront pas le Stade de France. La faute à ces satanées phases finales dont la légitimité s’écorne année après année.

Une demi-finale fatale à La Rochelle

Pierre Aguillon va longtemps ressasser cette maudite 51ème minute de sa première demi-finale de Top 14. Emporté par son envie, le centre jaune et noir a commis l’irréparable, un placage retourné sur James O’Connor et un retour aux vestiaires prématuré. Si la sanction ne souffre d’aucune discussion – il ne maîtrise pas son geste, bascule les appuis du feu follet australien et le met sur la tête – ses conséquences seront très lourdes. Menant 15-9, les maritimes avaient alors l’affaire en main et finiront pas s’incliner sur un drop de Belleau après la sirène.

La défaite n’est ainsi – contrairement à ce que j’ai pu lire un peu partout – en rien discutable. La Rochelle a payé une grossière erreur individuelle et ne peut s’en prendre qu’à elle et surtout pas à un arbitrage globalement juste et cohérent sur l’ensemble du match. Non, le problème est qu’une saison ne devrait pas pouvoir basculer sur un seul fait de jeu.

Une tradition surannée du rugby

Remettons les choses dans l’ordre, les phases finales sont l’ADN du rugby français, la grande fête de l’ovalie, des instants très souvent inoubliables qui ont forgé l’histoire du Bouclier de Brennus. Les supprimer serait bien évidemment un crève-cœur et j’ai très longtemps été contre cette solution prônée notamment par Bernard Laporte, mais peut-on plus encore supporter l’injustice qu’elles représentent ?

« Il faut supprimer les phases finales. Non seulement tu clarifies ton championnat, avec un vrai champion de France, mais en plus tu gagnes encore trois semaines. Tu donnes plus de place à l’équipe de France tout en ayant le meilleur championnat professionnel possible, avec de gros matches, sans impasse ni doublon. Arrêtons de voler le spectateur »

Bernard Laporte

Historiquement, ces matches à élimination directe ont été mis en place pour réunir les vainqueurs de différentes poules géographiques, un peu à l’image de ce qui se fait toujours en NBA. Les équipes ne se confrontant pas toutes les unes aux autres durant la phase régulière, il était alors logique de les faire s’opposer en fin de saison pour faire émerger un champion.

Depuis la saison 2004-2005, les choses ont changé. Une poule unique a été mise en place et toutes les équipes de l’élite se rencontrent deux fois durant la phase régulière. De fait, l’équipe terminant en tête du Top 16 – devenu Top 14 – a dominé l’ensemble de ses concurrents et peut légitimement se considérer comme la meilleure du pays. Pourquoi alors remettre en question ce statut sur des matches couperets ?

Une prime à la fulgurance plutôt qu’à la constance

Cette saison se pose ainsi en parangon de la cruauté du sport. La Rochelle nous a en effet offert une partition sans faute durant toute la phase régulière en dominant le championnat comme aucun club avant lui. Avec sept points d’avances sur leur dauphin au soir de la dernière journée, les hommes de Patrice Collazo ont ainsi établi un nouveau record depuis l’instauration de la poule unique, le tout avec seulement le 12ème budget parmi les clubs en lice.

Une performance remarquable, comparable à celle de Leicester en Premier League de football. Au mérite, il n’y a donc pas photo, les jaune et noir auraient du marque de leur empreinte cette saison 2016-2017. Et pourtant, cet exploit complètement surnaturel et imprévisible va être jeté aux oubliettes de l’histoire. Effectivement, qui se souviendra de cette épopée avortée dans dix ans ? Personne.

Et que devra-t-on penser si leur tombeur varois devait soulever un cinquième bout de bois au terme d’une saison plus que poussive, marquée par les remaniements ? Que c’est la formidable incertitude du sport ? Pas pour moi. Ce serait le résultat injuste d’une loterie qui privilégie la vérité d’un jour au travail de dix mois…

Et cette saison n’est pas un cas isolé. Depuis 2006, soit douze saisons, le premier n’aura triomphé que six fois et seulement une fois sur les cinq dernières finales. À l’inverse, le quatrième est le grand gagnant ces dernières saisons avec trois boucliers en quatre ans, avec la possibilité pour Toulon de corser l’addition. C’est le monde à l’envers.

Quelles alternatives ?

Alors, vu qu’il paraît que la critique est aisée mais l’art difficile, essayons d’envisager des alternatives viables et réalistes au système actuel. Au vu des enjeux financiers engendrées par ces rencontres, il est clairement utopique de simplement les supprimer, le diffuseur crypté, qui fait la pluie et le beau temps à la LNR ne l’entendrait pas de cette oreille. De plus, la saveur de ces matches de fin de saison reste trop unique pour s’en priver. Deux pistes me semblent à explorer :

1. Création d’une deuxième compétition :

Première solution, supprimer les phases finales du championnat pour les remplacer par une seconde compétition. On aurait ainsi un championnat classique avec un Brennus décerné à l’équipe pointant en tête à la fin des 26 journées mais ce ne serait plus le seul trophée en jeu par saison. En effet, pour conserver des matches à élimination directe, les huit meilleures équipes se disputeraient une coupe en fin de saison sur le format actuel avec quarts de finale sur le terrain des quatre premiers et demies et finale sur terrain neutre. Le vainqueur recevrait une place en Champions Cup.

Les plus :

  • Deux trophées nationaux pour le prix d’un sans rajouter de date au calendrier
  • Un championnat sans impasses
  • Un champion plus légitime

Les moins :

  • Une coupe sans historique difficile à vendre dans les premières années

2. Réduction des phases finales :

Deuxième possibilité, avantager beaucoup plus les équipes arrivées en tête de la phase régulière. Si on garde les phases finales, on commence par supprimer des barrages franchement discutables et ne qualifier que les quatre premières équipes. Ensuite, plutôt que d’avoir des demi-finales sur terrain neutre, les deux premiers recevraient leurs deux poursuivants afin de donner un véritable enjeu à terminer en tête. Cela éviterait de voir, comme cette année, le quatrième « recevoir » le premier. Il faudrait alors un véritable exploit pour voir le Brennus échapper à l’un des deux premiers.

Les plus :

  • La conservation des phases finales
  • Une plus grosse prime à la régularité

Les moins :

  • La possibilité de voir une équipe troisième ou quatrième soulever le Brennus

Personnellement, ma préférence irait à la première solution qui permettrait de faire coup double, permettre enfin au club le plus méritant de remporter le Brennus tout en assurant un championnat plus disputé que jamais et permettre à un autre club de voir sa saison couronné par un titre. Bien sûr, cette « Coupe de France » mettrait sans doute du temps à se faire un nom mais on disait pareil de la Coupe d’Europe, aujourd’hui complètement intégrée au paysage rugbystique français.

 

2 thoughts on “TOP 14 : à quand la fin des phases finales ?

  1. Je pense qu’on doit garder les phases finales qui font partie de notre ADN.
    Les 6 c’est n’importe quoi, on a la moitié du Top14 en Phases Finales. Ne garder que les 4 premiers (qui sont souvent ceux qui jouent la Champions Cup à fond).
    Deux demies sur les terrains des 1er et second (ou à proxîmité) pour leur donner un avantage et remercier leur public qui a parfois du mal à se déplacer à l’autre bout de la France.

    1. Je suis assez d’accord, supprimer complètement les phases finales enlèverait vraiment le piment de fin de saison. Mais oui des demies à domicile serait un minimum. L’exemple Rochelais de cette saison est assez flagrant (et pourtant je suis Toulonnais) 😉

      Surtout qu’il me semble que le format des demies sur terrain neutre relevait à l’époque d’une volonté de promotion d’un sport qui n’en a plus vraiment besoin.

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