Soufflante N°8 : Europa League, Challenge Cup, et si les clubs français arrêtaient de regarder l’Europe de Haut ?

Sur Sport-Vox, désormais, tous les lundis c’est « La Soufflante » ! Un ou plusieurs membres de notre rédaction vous livre leur coup de gueule sur le week-end sportif qui vient de s’achever. Cette semaine, on parle Coupe d’Europe.

En ce moment, les sports collectifs se conjuguent à l’échelle continentale, les clubs du Top 14 ferraillent en Champions et Challenge Cup et ceux de Ligue 1 s’apprêtent à jouer leur peau en Ligue des Champions et Europa League. Une constante entre les deux sports, le mépris affiché pour les compétitions secondaires. Ce week-end, de nombreux clubs du Top 14 nous ont ainsi offert des parodies de rugby en Challenge Cup, un peu à l’image de ce que fait la Ligue 1 en Europa League.

Challenge Cup, Europa League, même combat

En effet, alors que le rugby français est performant dans la grande coupe d’Europe, sa petite soeur est loin de susciter le même intérêt. Sur huit équipes engagées ce week-end, seules deux d’entre elles, La Rochelle et Clermont, ont ainsi dominé un club étranger, Grenoble sortant vainqueur d’une rencontre 100% tricolore contre Agen. Pour le reste, beaucoup de défaites consternantes avec notamment les corrections à plus de 50 points reçues par l’UBB et le Stade Français.

Une situation qui rappelle furieusement les résultats catastrophiques des représentants tricolores en Europa League. Marseille, Bordeaux et Rennes, puisqu’il s’agit d’eux ne font effectivement pas briller les couleurs de l’hexagone. Les olympiens, ridicules cette saison, sont derniers de leur groupe avec 1 point (obtenu contre les terrifiants chypriotes de l’Apollon Limassol) en cinq rencontres, les girondins sont également lanterne rouge de leur groupe, avec notamment une défaite à domicile contre l’ogre danois du FC Copenhague, et  Rennes fait tout juste mieux en pointant à la troisième place d’un véritable « groupe de la mort » comprenant Astana, Jablonec et Kiev…

Des résultats qui seraient inquiétants quant à la compétitivité de nos clubs si seulement ces derniers les disputaient sérieusement, ce qui est tout sauf le cas ! Rares sont les club tricolores qui les jouent à fond dès le début. Considérées comme des pauses dans des calendriers chargés, elles sont malheureusement l’occasion de faire tourner l’effectif et donner du temps de jeu aux réservistes. Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un coup d’oeil aux joueurs alignés par Heineke Meyer contre les Ospreys. Sans manquer de respect aux Clement, De Giovanni ou Chapuis, on est quand même très loin de l’équipe type ! Pas étonnant que les soldats roses soient revenus les valises pleines…

Un tremplin pour le haut niveau

Et pourtant, ces compétitions secondaires ont vraiment des atouts à faire valoir. Il suffit de jeter un coup d’oeil à leur palmarès pour s’apercevoir qu’elles ne s’offrent pas au premier venu. L’Atletico Madrid, Manchester United, Chelsea ou Seville côté foot, Cardiff, Northampton ou Leinster pour le rugby. Des clubs prestigieux qui ont intégré que ces compétitions, non seulement offraient un ticket qualificatif pour leur grande soeur mais constituaient surtout une préparation idéale pour y briller. Certains l’oublient mais, avant de réaliser un triplé historique en HCup, le RC Toulon a fait ses armes en Challenge en atteignant deux fois la finale.

Cette donné, nos rivaux l’ont bien intégrée. Alors qu’en Champions Cup, le bilan France-Angleterre est équilibré depuis 2001 avec six trophée de chaque côté du channel, il n’en est en Challenge Cup puisque, sur la même période, l’Angleterre mène 10 à 4, un gouffre ! Vous me direz sans doute que 4 victoires ce n’est pas si mal (le foot s’en satisferait) et que le Stade Français, qui la boude aujourd’hui et le MHR l’ont récemment remporté. Ce n’est pas faux mais ces succès ne doivent pas masquer la réalité, nos clubs ne s’y intéressent vraiment qu’une fois les poules passées mais c’est souvent trop tard, en volume les anglais y sont beaucoup plus réguliers.

Au delà des chiffres, comment pourrait-on se targuer de posséder le meilleur championnat du monde et voir dans le même temps Grenoble encaisser 40 points à Trévise, le Stade Français se faire fesser à Jean Bouin par Worcester ou l’UBB en prendre 50 à la piaule contre Sale ? Comment enfin vouloir faire progresser nos jeunes si les seuls matches qu’ils disputent sont rendus sans enjeu ? Comment également espérer développer une culture de la gagne en lâchant volontairement une compétition ? Autant de questions qui peuvent également expliquer certaines défaillances du rugby français, en s’autorisant délibérément à perdre, difficile de construire ce mental qui fait les champions.

Alors oui, la Challenge Cup risque fort d’être remportée par Clermont (qui n’a rien à foutre là) mais c’est l’arbre qui cache la forêt ! À  tous les ambitieux qui rêvent de Brennus en boudant la « petite » Europe, sortez vous les doigts car c’est aussi là que se forgent les grands destins.

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