Soufflante N°6 : Le rugby français en perdition, à quand la réaction ?

Sur Sport-Vox, désormais, tous les lundis c’est « La Soufflante » ! Un ou plusieurs membres de notre rédaction vous livre leur coup de gueule sur le week-end sportif qui vient de s’achever. Cette semaine, difficile de passer à côté de l’équipe de France de rugby.

Gros week-end pour la France du sport ! Entre les tennismen, les rugbymen voire les pilotes de F1, on ne peut pas dire que nos athlètes nous ont donné de quoi nous réjouir. Je ne reviendrai pas sur le désastre annoncé de Lille, j’en ai assez parlé mais c’est vers Marcoussis que va se tourner mon regard.

Après une courte défaite vraiment malheureuse contre les Boks et une belle victoire contre les Pumas, le XV de France avait l’occasion d’entamer une nouvelle dynamique et de se projeter vers le Tournoi puis la Coupe du Monde avec un semblant de confiance et de sérénité. Une victoire convaincante face aux artistes fidjiens et la tournée était une réussite, une première depuis des lustres. Mais non patatras, ils ont sombré dans le ridicule.

Une rechute imprévisible

Franchement, même si les Bleus du rugby nous ont habitués depuis de nombreuses décennies à leur irrégularité chronique, je doit avouer que, celle là, je ne l’ai vraiment pas vu venir. Je croyais que quelque chose était en tain de se passer, qu’une ébauche d’équipe prenait forme, que le soulagement aperçu en fin de rencontre à Lille allait se transformer en relâchement pour nous offrir un vrai beau match contre l’adversaire idéal.

Car oui, si on veut jouer au rugby, créer du mouvement, trouver de l’inspiration, difficile de faire mieux que contre les hommes du Pacifique qui ne ferment jamais le jeu. D’ailleurs, ces derniers n’ont pas déçu en attaquant de la première à la dernière minute avec leurs talentueux arrières. En revanche, s’ils ont des cannes et du flair, difficile de comprendre qu’avec le manque de repères collectifs qui les caractérise, ils aient pu tenir le rythme devant. Bref, je n’ai vraiment pas envie de refaire ce match, les Bleus ont été nuls, un point c’est tout.

Cet échec est mental. Alors qu’ils attendaient généralement de faire un exploit retentissant pour se vautrer lamentablement, il leur suffit désormais d’une victoire amicale contre une Argentine remaniée pour développer un complexe de  supériorité rédhibitoire. On ne voit plus vraiment les solutions et on se demande ce qui va bien pouvoir se passer désormais pour qu’ils sortent la tête de l’eau. Pourtant, pour beaucoup, il ne faut pas chercher loin les responsables.

Le Top 14, coupable idéal

Ils sont tous unanimes, si l’équipe nationale perd, c’est à cause des clubs ! Anciens joueurs, journalistes, dirigeants, tous tirent à boulets rouges sur le championnat professionnel qui fait jouer trop d’étrangers. Boudjellal, Altrad fossoyeurs ! Alors, d’une part, il faut entériner une fois pour toutes que les présidents et managers de clubs ne sont pas en charge de la destinée de l’équipe de France, ils sont payés pour faire gagner leur équipe rien d’autre, arrêtons de leur faire porter le chapeau.

D’autre part, cet argument ne tient pas quand l’on se penche la règlementation. Depuis 2010, les clubs sont tenus d’aligner un certain nombre de JIFF (Joueur Issu des Filières de Formation) par rencontres. Ce quota est aujourd’hui à 16, ce qui représente 224 joueurs éligibles à chaque journée de championnat, et sans compter la Pro D2. 30 équipes professionnelles, pas mal comme vivier, ça laisse quand même de quoi faire pour composer un groupe de 23 mecs ! À titre de comparaison, la Nouvelle-Zélande ne compte que 14 formations et ça a l’air d’aller…

Autre critique, le jeu pratiqué par les entraîneurs de club, jugé trop pauvre et restrictif par certains. Mais où est le rapport ? À quel moment jouer un certain style dans son club interdit d’en jouer un autre en sélection ? Est-ce en jouant comme le PSG que les Bleus de Deschamps ont remporté la Coupe du Monde ? Non, c’est au sélectionneur de créer une identité et d’installer ses hommes. De plus, le Top 14 est peut-être mauvais mais il place au moins un de ses représentants en finale de Coupe d’Europe tous les ans depuis 2013, la sélection est loin de pouvoir s’enorgueillir de telles performances.

À quand une remise en question fédérale ?

Non, les vrais responsables sont à Marcoussis. Il y a deux ans, j’appelais de mes voeux une vraie réforme et j’ai même espéré que Bernard Laporte puisse l’incarner. Lui qui avait connu le poste de sélectionneur mais aussi le rugby de club devait être le chaînon manquant, celui qui mettrait un coup de pied dans la fourmilière, qui réconcilierait le deux mondes et professionnaliserait enfin le rugby français. Quelle déception, son premier réflexe aura été de taper, lui aussi sur les étrangers en club (amusant quand on se rappelle de l’équipe qu’il dirigeait a Toulon où aucun espoir n’avait sa chance) et de miser sur une continuité en perdition.

Alors que toutes les autres nations se nourrissent de l’ouverture d’esprit, de la découverte, de l’import de compétences, la FFR reste figée. Alors qu’elle critique en permanence les techniciens du Top 14, passéistes et rétrogrades tactiquement, elle les installe les uns après les autres dans le fauteuil de sélectionneur ! Où est la cohérence ? Ne cherchez pas, il n’y en a aucune. Évoquer l’idée d’un sélectionneur étranger est tabou, on préfère faire confiance aux Guy Novès ou Jacques Brunel, joyeux sexagénaires et reliquats d’un autre siècle.

À quand également un système de formation juste dans lequel les clubs formateurs ne se feraient pas dépouiller sans contrepartie, les encourageants dès lors à continuer leurs investissements ? Non, on préfère plafonner les indemnités de formation à un montant ridiculement bas pour surtout ne pas ressembler au méchant football qui fait du trafic d’adolescents. Ce « trafic », c’est ce qui fait vivre les clubs, qui fait de la France une référence dans le domaine de la détection et de la formation et qui, accessoirement, vient de nous faitre gagner une deuxième étoile…

Bref, tant que le rugby français continuera à se masquer les vraies raisons de ses échecs et de ne surtout pas regarder ce qui se passe ailleurs pour éventuellement s’en inspirer, il n’est pas prêt de sortir de l’ornière dans laquelle il se trouve. Et 2023 arrive à grands pas…

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