Soufflante N°15 : Vahaamahina, un crime contre l’équipe qui doit faire réfléchir le rugby

Ce matin, j’avais clairement la gueule de bois, pas à cause du houblon dans lequel je n’ai pas pu noyer ma tristesse en raison de ces horaires décidément trop matinaux pour profiter pleinement d’un match de rugby, mais à cause d’un geste. Quelle journée pénible que celle d’hier… J’ai vraiment eu l’impression d’être revenu 8 ans en arrière, en ce triste 23 octobre 2011 où, déjà, nous avions ruminé la journée entière un résultat cruel, injuste, impossible à digérer. Au moins en 2007, la nuit était tout de suite là pour engloutir notre détresse dans des vapeurs éthyliques…

Un geste effroyable…

Putain de match ! Pourtant tout se déroulait comme prévu, les Gallois montraient leurs limites individuelles et prouvaient une énième fois qu’il faut arrêter de prendre trop au sérieux ces nations celtes sur la foi de leurs résultats en trompe l’œil dans le Tournoi. La Coupe du Monde c’est autre chose. Oui, nous étions au-dessus, oui la qualité de nos joueurs allait suffire à renvoyer chez eux des diables bien pâles, incapables de mettre véritablement en danger notre défense. Oui, nous allions passer sans véritablement trembler tant le match-up nous était favorable, mais ça c’était avant le drame bien entendu…

Cette fatidique 49ème minute à laquelle un joueur, un homme a perdu le contrôle, cramé un fusible pour foutre en l’air tout le boulot d’une équipe. Sur le direct, je ne vois pas le geste, je suis juste dégoûté que, ce que je pense être une étourderie, nous prive de l’essai de la gagne. Puis les ralentis me plongent dans l’effarement et la consternation. Tout s’écroule, j’ai le même sentiment qu’avec Zidane en 2006, la certitude qu’avec ce geste l’histoire s’arrêt là, net mais tout sauf propre. À cet instant, je sais que le résultat est inéluctable, malgré l’admirable attitude de l’équipe.

Le geste en lui même est effrayant, pétrifiant, épouvantable. La dangerosité de l’acte fait froid dans le dos et est accablante pour son auteur. Il ne s’agit pas d’un excès d’engagement, d’agressivité ou d’un plaquage mal maitrisé dans le feu de l’action. Il s’agit d’un coup de coude balancé pleine balle, froidement et sciemment dans le visage d’un adversaire, c’est fait pour faire mal, pour descendre l’adversaire. C’est grave et inexcusable. C’est un miracle que Wainwright s’en relève indemne. À ceux, et ils sont nombreux, qui dénoncent l’acharnement contre le Clermontois, vous êtes irresponsables ! Après ça, comment éduquer les gamins au respect de l’adversaire ? À l’heure où la dangerosité du rugby fait débat, un tel accès de violence est impardonnable et doit être sanctionné de manière exemplaire.

…symbole des dérives du rugby

Son auteur va rester, je l’espère, de nombreux mois sur la touche et s’est d’ailleurs lui même condamné en prenant sa retraite internationale. Si cette décision du coupable ne sera peut-être pas définitive (il n’a que 28 ans), elle souligne néanmoins qu’il a conscience de  l’atteinte portée au maillot bleu. Pour citer Gérard Houiller, oui ce geste est bien un « crime contre l’équipe », la formule n’est pas trop forte. Ce n’est pas une erreur comme voudraient le faire croire Raphaël Poulain ou autres Vincent Moscato, c’est une faute grave contre son sport, ses coéquipiers et, à travers son maillot, contre tout son pays. C’est convenu de rappeler que représenter la France est un honneur incroyable et qu’il faut s’en montrer digne, mais ça n’en reste pas moins une réalité.

« C’est trop important à ce niveau, on ne peut pas faire ce genre de gestes. Il a des grelots dans la tête, ce n’est pas possible. C’est comme si vous abandonniez votre enfant au bord de la route. C’est un immense et merveilleux joueur mais après, il faut avoir un cerveau. Là, je pense que le cerveau n’a pas fonctionné. »

Guy Novès

À travers ce geste d’humeur, il a mis en jeu l’intégrité physique de son adversaire, il a sali la tunique qu’il portait et craché sur les efforts consentis par tous ses coéquipiers depuis quatre mois. Ce n’est certes que du sport, mais à l’échelle sportive, il n’y a pas grand chose de pire. Ses comparses auront d’ailleurs eu l’élégance de ne pas l’enfoncer mais il y a fort à parier que leur sentiment profond est tout autre. Je ne doute pas pas que le joueur regrette profondément et soit profondément traumatisé par son acte, mais ça n’excuse rien. Personnellement, et même si cela ne l’émouvra pas, je le plains sincèrement mais je ne lui pardonnerai pas, comme je n’ai jamais pardonné à Zidane.

Je suis peut-être un « abruti » comme le tonne l’ancien membre des « Rapetous » Béglais, qui nous explique qu’on ne peut demander de l’agressivité et condamner définitivement cette faute, mais ce genre de geste souligne ce qui ne fonctionne pas dans le rugby. Arrêtons une fois pour toute cette idée ô combien stupide que le rugby est un sport de combat, normalisant ainsi la sauvagerie ! C’est un non sens, le contact est un corollaire de ce jeu, un moyen et pas une fin en soit. Ce n’est pas du MMA où l’objectif est bien de détruire physiquement l’adversaire mais bien un sport de ballon qu’il faut emmener collectivement derrière une ligne. Ces mentalités archaïques et dangereuses doivent enfin changer pour la pérennité de ce sport. Les Japonais nous ont donné un exemple qu’il faut suivre.

Si je ne souhaite pas une exclusion définitive du XV de France Sébastien Vahaamahina doit cependant prendre conscience que l’impact de son attitude va bien au delà d’un simple match, aussi important soit-il, et changer profondément son comportement global sur un terrain. La rémission est à ce prix.

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