Soufflante N°10 : comment le calendrier ATP tue le tennis d’attaque

Sur Sport-Vox, tous les lundis c’est « La Soufflante » ! Un ou plusieurs membres de notre rédaction vous livre leur coup de gueule sur le week-end sportif qui vient de s’achever. Cette semaine, on parle tennis et calendrier.

Après une première semaine vraiment excitante, c’est peu de dire que la fin du premier majeur de la saison nous a clairement laissé sur notre faim. Aucun des matches à partir des quarts de finale, tous à sens unique, n’avait effectivement de quoi nous enthousiasmer et ce n’est pas cette insipide phase qualificative pour la nouvelle Coupe Davis qui allait nous rassasier… De sorte que le retour du circuit principal devrait nous ravir, ci ce n’était pas le mois qui s’ouvre est symptomatique de ce qui ne fonctionne pas dans le calendrier ATP.

Un mois de compétition fourre-tout

En effet, qu’on en commun les tournois de Rio de Janeiro, joué sur terre battue, de Marseille, disputé en indoor et de Delray  Beach, sur ciment extérieur ? Pas grand chose. Et pourtant ils se disputent la même semaine ! C’est le paradoxe de ce mois de février coincé entre l’Open d’Australie et le diptyque Indian Wells-Miami, trois surfaces y cohabitent sans la moindre cohérence.

Alors que les crocodiles lanceront tranquillement leur saison sur terre en enchaînant Cordoba, Buenos Aires, Rio et Sao Paulo, les adeptes de surfaces rapides pourront eux s’éclater à Montpellier, Rotterdam et Marseille pendant que les indécis favoriseront un parcours Dallas, Delray Beach, Acapulco. Trois salles, trois ambiances en quelque sorte, du grand n’importe quoi comme seule l’ATP est capable de nous pondre !

La parole est à la défense

Un méli-mélo qui ne serait pas fondamentalement gênant s’il n’était pas révélateur d’un déséquilibre flagrant du calendrier au profit des stakhanovistes des courts. Soyons clairs, en simplifiant un peu deux des quatre surfaces, la battue et le dur extérieur, ont tendance à favoriser les défenseurs. Avec une prise d’effet plus importante et des rebonds hauts, elles leur laissent le temps de mettre leur jeu de contre en place. En revanche, en indoor et sur gazon, les rebonds bas et les conditions climatiques stables permettent aux jeux plus agressifs de s’épanouir.

Et de quoi s’aperçoit-on en analysant le circuit ? Que sur 40 semaines, un joueur peut en cumuler 19 sur dur, 16 sur terre battue contre seulement 9 en indoor et 6 sur gazon. Une disparité catastrophique qui explique en grande partie la regrettable uniformisation des styles de jeu et la quasi-disparition des serveurs-volleyeurs. Alors que ce sport s’est nourri d’oppositions de styles extrêmes, la plus symbolique étant McEnroe-Borg, il ne laisse plus la place aux purs attaquants.

Une atténuation des surfaces au détriment du service-volée

Où sont les successeurs d’Edberg, Rafter ou Henman ? Le dernier des Mohicans, Nicolas Mahut, est tout proche de sortir du Top 200 et, malgré d’excellentes prédispositions sur herbe (4 titres), n’a jamais fait mieux qu’une 37ème place mondiale. Face au ralentissement volontaire des courts, décidé pour minimiser l’avantage du service et permettre à Nadal d’emporter Wimbledon, ce type de joueur ne peut plus exister, il est voué à disparaître et les oppositions de style avec lui. Alors que seul André Agassi, entre 1969 et 2009, avait réussi l’exploit de remporter les quatre tournois majeurs, symbole de la difficulté à dompter les quatre surfaces, ils sont trois à avoir réussi pareille performance depuis.

Et qu’on ne me parle par de Federer-Nadal ! Leur rivalité est l’illustration parfaite de cette homogénéisation du circuit puisqu’ils ont suivi une évolution inverse. Au fur et à mesure des années, Nadal s’est rapproché de la ligne de fond alors que Federer a progressivement déserté le filet. Si ces deux monstres ont des techniques diamétralement opposées, leur stratégie est aujourd’hui parfaitement similaire : prendre de vitesse leur adversaire du fond du court pour venir, éventuellement, terminer le travail au filet. Et la Next Gen prend le même chemin, avec des styles différents, ils adoptent tous les mêmes schémas de jeu d’attaquants de fond de court.

Redonner sa place au gazon

En fait l’ATP ne leur laisse pas vraiment le choix, avec un tel déséquilibre dans la répartition des points, un joueur jouant l’attaque ne peut mathématiquement plus se stabiliser dans les hautes sphères du classement. En revanche, un pur terrien évoluant presque exclusivement sur ocre peut tranquillement amasser un pécule sécurisant sa place dans l’élite. Ainsi un Ramos-Vinolas, presque incapable de passer un tour en majeur ailleurs qu’à Roland-Garros, a pu, en écumant les tournois de terre battue, squatter le Top 20 avec un seul titre en carrière. Le contraste avec Mahut est saisissant.

Il serait grand temps de rééquilibrer un peu les choses. Surface originelle du tennis (3 grands chelem sur quatre dans les années 1970), le gazon ne peut plus être laissé comme parent pauvre avec seulement 3 250 points en jeu pour un joueur faisant le plein contre 8 500 pour la terre battue ! Pour l’intérêt du tennis, il faut impérativement repenser le calendrier pour rééquilibrer la balance. On pourrait, par exemple, rallonger  la saison sur herbe de plusieurs semaines (au détriment du dur américain) et un en créant, a minima, un Master 1000 sur gazon, pourquoi pas en Allemagne qui n’a plus de tournoi de cette catégorie.

Bien entendu, cette volonté est un vœu pieux qui se heurte aux intérêts économiques de la toute puissante USTA mais, s’il veut continuer à faire recette et à intéresser le public, le tennis va impérativement devoir se réinventer et redonner de la place aux spectaculaires attaquants.

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