Soufflante #22 : avec son contrat record, Gobert fait une croix sur le titre NBA

Désormais, on se retrouve le mardi, lendemain de la diffusion de notre chronique sur Inside Sport. Aujourd’hui on parle NBA et gros sous.

C’était nöel avant l’heure pour Rudy Gobert qui a signé une astronomique prolongation de contrat. Le pivot des Utah Jazz s’est ainsi réengagé dans sa franchise pour un montant de 205 M$ sur cinq ans, faisant de lui le sportif français le mieux payé. Une excellente nouvelle en apparence qui pourrait pourtant rapidement se retourner contre lui.

Un choix forcé pour le Jazz

Avant toute chose, il convient de préciser que cette offre de son club ne tombe pas du ciel. Fidèle au Jazz depuis son arrivée dans la ligue, l’ancien choletais était éligible au fameux contrat « supermax » que s’est par exemple offert son collège de draft et double MVP en titre, le grec Giannis Antetokoumpo avec 228 M$. Gobert est ainsi tout près du plafond maximum que pouvait lui offrir sa franchise.

D’ailleurs, ce move est compréhensible de la part de ses dirigeants. Petit marché incapable d’attirer les « free agents » (joueurs libres) les plus convoités, l’équipe basée à Salt Lake City n’a pas d’autre choix que d’essayer de blinder ses cadres dès qu’elle en a l’occasion. Puisque les superstars ne veulent pas la rejoindre, elle doit sécuriser celles qu’elles ont draftées et développées. Le contrat de Gobert, comme celui de son jeune acolyte Donovan Mitchell (163 M$), va dans ce sens.

Gobzilla était donc en position de force au moment de négocier et ne s’est pas privé pour en tirer le maximum et devenir l’un des joueurs les mieux payés de la ligue. Ce contrat accompagne un statut qui a évolué ces dernières saisons. Double meilleur défenseur de l’année et All Star pour la première fois la saison dernière, il est désormais un joueur qui compte dans la ligue. Et pourtant, le montant dépensé par sa franchise a fait tiquer sur la toile…

Un statut à la hauteur de ses performances ?

En effet, s’il est respecté par ses pairs, Gobert est cependant loin d’être une superstar de la ligue. Monstrueux défensivement mais très limité de l’autre côté du parquet, il ne fait pas partie de ces « two ways players » capables de porter une équipe vers le titre suprême. Il n’est pas de ceux, comme Kawhi Leonard, Lebron James ou Luka Doncic, dont la seule présence change immédiatement le visage et la destinée d’une franchise.

Même à son poste de pivot, où il est désormais le mieux payé au monde, il est assez loin des références actuelles que sont Nikola Jokic, Joel Embiid ou Anthony Davis. D’ailleurs, qu’il touche 205 M$ alors que dans le même temps, ce dernier prolongeait aux Lakers pour 15 M$ de moins a de quoi laisser dubitatif. Plus jeune, plus talentueux et plus efficace, Davis devra pourtant se « contenter » de 38 M$ la saison, trois de moins que Rudy.

Ces joueurs tombent vite dans l’oubli. Regardez Clint Capela aujourd’hui. Regardez DeAndre Jordan. Gobert est meilleur qu’eux, il est plus efficace, mais il n’a pas grand-chose dans son arsenal. Il est suprêmement non-talentueux. Il ne sait pas faire une passe décisive.

Adam Mares

C’est très, très cher payé pour un « role player », aussi dominant soit-il ! Et ça, les internautes et les insiders US n’ont pas manqué de le souligner. Le montant de son contrat n’a pas fini de faire jaser et pourrait durablement impacter la franchise et, paradoxalement, limiter ses ambitions de remporter enfin le trophée Larry O’Brien.

Un boulet pour les Jazz

C’est toute la particularité du sport US, blinder ses meilleurs joueurs peut être contre productif. En effet, la NBA fonctionne avec un salary cap qui limite la masse salariale des franchises et ce plafond passera pour la saison prochaine à 112 M$. Avec les nouveaux contrats de Mitchell et Gobert, ce seront donc 73,6 M$ qui sont déjà bloqués, soit près de 66% de leur capacité salariale pour seulement deux joueurs !

Comment dès lors espérer se renforcer et construire une équipe complète et compétitive ? Avec ces contrats, le board de la franchise a fait tapis mais s’est probablement tiré une balle dans le pied pour l’avenir. Si investir massivement sur Mitchell, capable de devenir une superstar de la ligue, a du sens, mettre autant sur Gobert est plus discutable. Mais c’est malheureusement la limite du système, en sécurisant ses meilleurs joueurs, un petit marché s’enlève toute marge de manoeuvre.

Basé à Salt Lake City, le Jazz ne peut ainsi compter sur d’importantes recettes commerciales pour renflouer les caisses et se permettre de payer la « luxury tax », la sanction financière infligée aux équipes dépassant le salary cap. Elle ne peut pas non plus compter sur la capacité d’attraction que peuvent avoir New-York, Los Angeles ou Miami pour faire baisser les exigences des stars. Dès lors, elles sont à la merci des désirs de leurs joueurs cadres et ne peut rassembler les cadors pour devenir un candidat au titre.

La fin des ambitions pour Gobert

Ce rapport de force en sa faveur, Gobert en a donc profité pour s’offrir un contrat disproportionné. Une « fierté », pour un joueur qui se considère, à juste titre, sous côté mais sans doute également un mauvais choix sur le plan sportif. Avec ce deal, il s’est probablement éliminé de lui même de la course au titre pour les cinq prochaines saisons. On l’a constaté, aussi costaud soit-il l’attelage Gobert-Mitchell est trop léger en play-off et le Jazz n’aura plus les moyens de le renforcer, son rêve de gagner le titre avec sa franchise de toujours a donc du plomb dans l’aile.

On pourrait alors penser qu’il pourrait aller le gagner ailleurs mais ce n’est pas si simple. En signant cette prolongation record, il s’est fermé la porte des « contenders », les candidats au titre. En effet, en NBA, un contrat signé est garanti et le club qui voudrait l’accueillir, via un trade, lors des cinq prochaines saisons, devrait assumer cette charge. Or, aucune franchise ambitieuse ne le voudra. L’exemple de Chris Paul, meilleur meneur de sa génération mais jamais vraiment candidat au titre en raison d’un contrat impossible à assumer, est à ce titre édifiant.

Être entouré d’une escouade de « role players » efficaces est une condition indispensable pour jouer le titre et ces talents se monnayent cher. Ses 41 M$ par saison prennent trop de place et condamnent ainsi Gobert à être trop seul pour aller au bout de ses ambitions. Alors que certaines stars acceptent des émoluments moins importants afin de laisser à leur équipe une marge pour les seconder efficacement, Rudy a fait le choix de prioriser son compte en banque et pourrait devoir attendre la fin de son contrat pour partir chasser une bague.

Alors qu’il clame vouloir jouer le titre NBA, Rudy Gobert, en exigeant un tel salaire, s’est sans doute lui même mis des bâtons dans les roues pour y arriver.

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