Soufflante #21 : cessons d’aseptiser le sport et valorisons les rebelles !

Désormais, on se retrouve le mardi, lendemain de la diffusion de notre chronique sur Inside Sport. Aujourd’hui on parle sport et liberté d’expression.

Nous sortons d’une semaine à oublier. Christophe Dominici, Jacques Secrétin et bien Sûr Diego Maradona, trois hommes qui, à leur manière ont marqué leur discipline et leur époque, nous ont donc quitté . Une série noire qui a profondément endeuillé tous les amoureux de sport et même bien au delà. Trois champions mais surtout trois personnalités bien trempées sur et en dehors du terrain qui détonneraient aujourd’hui dans un écosystème devenu bien aseptisé…

L’arrivée massive des sponsors comme déclencheur

Qu’il semble effectivement loin le temps des McEnroe, Connnors, Cantona ou Best. Depuis plusieurs décennies, même les sportifs les plus virulents sont rentrés dans le rang. Non pas que les caractères se soient assagis, ne vous y trompez pas, mais plutôt qu’on les a vivement incités à mettre sous leurs émotions l’éteignoir et leur langue dans leur poche. L’un des effets néfastes de la professionnalisation du sport et de la starification de ses acteurs est ainsi l’assainissement de leur comportement.

En effet, la montée en puissance du sponsoring et de la volonté des annonceurs d’associer des athlètes à leur enseigne a viscéralement modifié le rapport des sportifs à leur public et muselé leur liberté de comportement et d’expression. Dès lors qu’il est l’ambassadeur d’une marque, le sportif ne s’appartient plus totalement et doit désormais rendre des comptes à celui qui le paye pour être en accord avec les valeurs qu’il souhaite promouvoir.

Ce nouveau rapport de force, cette nouvelle influence des sponsors dans le domaine sportif s’est rapidement matérialisée par des pressions envers les institutions sportives pour accélérer le processus. Les marques achetaient un « produit’, elle voulaient que celui-ci soit propre, net, immaculé. Les athlètes, devenus homme-sandwiches, se sont donc vu imposer des codes de conduite de plus en plus strictes par leurs instances dirigeantes pour valoriser leur discipline et la vendre plus facilement.

La langue de bois comme seul moyen d’expression

Cette stratégie a longtemps été efficace, accompagnant un essor économique exponentiel et assurant des revenus substantiels pour tous. La technologie progressant toujours, sur le terrain avec le matériel et en dehors avec les moyens de diffusion, le spectacle était toujours de meilleur qualité et suffisait à ravir les spectateurs. Avec l’apparition des réseaux sociaux, les Dieux sont même sortis du stade pour entrer dans notre quotidien en partageant le leur. Monnayant toujours plus leur image, ils ont cherché à s’éloigner toujours plus des polémiques pour toucher la cible la plus large.

La langue de bois et le politiquement correct sont devenus une seconde nature pour des sportifs vivant dans la hantise du bad buzz. Quant aux instances, elles ont poussé leur approche au paroxysme, restreignant au maximum les libertés des joueurs sur le terrain à travers des contraintes souvent disproportionnées. Casser une raquette ou s’invectiver sur un court de tennis est devenu synonyme de sanctions systématiques et même balancer un match par frustration va coûter une amende ! Et je ne m’étendrais pas sur le rugby qui sanctionne désormais le méchant chambrage, ridicule.

Bridés par les règlements sur le court et les sponsors en dehors, les idoles charismatiques d’hier sont devenus des marionnettes robotiques débitant les mêmes platitudes navrantes interview après interview. La communication est cadrée, maîtrisée, en un mot chiante ! Voir Federer, champion en la matière, « oublier » de citer son partenaire d’alors, Alexander Zverev, dans un tweet sur leur exhibition commune à Mexico l’an dernier est à ce titre édifiante. Tout ça par crainte d’être associé aux accusations de violences qui entourent actuellement ce dernier…

Le sport a besoin de « méchants »

Alors vu qu’ils s’y retrouvent tous où est le problème me direz-vous ? Et bien, à un moment, le public va copieusement s’emmerder à regarder s’affronter des joueurs tous plus gentils les uns que les autres se faire des politesses ! Le sport se nourrit de confrontations, de rivalités et d’antagonismes qui ne peuvent pas être que techniques ou tactiques. Comment le tennis va continuer à intéresser les foules sans « Fedal », le foot sans CR7 et Messi, la NBA sans Lebron James, le golf sans Tiger Woods ou la F1 sans Lewis Hamilton ?

Le sport vit un âge d’or exceptionnel, porté par des champions hors normes, mais pourrait connaître un creux générationnel alors que la concurrence d’autres types de spectacles, comme l’e-sport, se fait beaucoup plus pressante. Dès lors, lorsque le spectacle « technique » est moins au rendez-vous, c’est au story telling de prendre le relais. Il faudra scénariser le sport en s’appuyant sur des personnalités fortes, charismatiques et ambivalentes. Et comment le faire au pays des bisounours ? Pour une bonne histoire, il faut de bons antagonistes (que serait Batman sans le joker ?) et personne n’accepte plus ce rôle qui a pourtant fait tant pour la renommée d’Ivan Lendl ou Michael Schumacher.

On se rappelle plus du mauvais caractère de BigMac que de son jeu…

Que restera t-il de pelé comparé à Maradona ? Pas grand chose en dehors de ses buts. Une chose est certaine, son décès sera loin de soulever la même vague d’émotion. Ce sont les personnages complexes, clivants, qui s’ancrent dans l’imaginaire collectif et qui peuvent même y trouver une meilleure reconversion (Cantona VS Papin). Mike Tyson le taulard drogué repenti fait toujours plus d’audience pour une exhibition de seniors qu’un combat entre deux Top 15 mondiaux. Même en boxant un ours ou une salamandre, il aurait plus attiré les regards que Tony Yoka… Cette réalité, les annonceurs commencent à en avoir conscience, l’épisode Colin Kaepernick, tricard pour la NHL car trop engagé puis icône Nike est là pour en attester. Reste maintenant à ce que les instances suivent le mouvement, et ça c’est pas gagné…

Plus que de brider leur parole et leur caractère, les sportifs devraient au contraire s’en servir, voir plus loin que l’immédiateté de leurs campagne instagram pour espérer s’inscrire dans la légende.

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