Soufflante #17 : la retraite de Poirot, symbole d’un calendrier qui fout en l’air le rugby

Vous l’attendiez, « La Soufflante » est de retour après une pause covid ! Un ou plusieurs membres de notre rédaction vous livrent leur coup de gueule sur le week-end sportif qui vient de s’achever. Cette semaine, on parle encore rugby et calendrier.

L’annonce de la retraite internationale de Jefferson Poirot à seulement 27 ans à fait l’effet d’une bombe. Dans le microcosme rugbystique, tout le monde y est allé de son analyse ou de sa critique du choix du bordelais. Pour moi, une chose est simple, les rugbymen en ont marre de tout faire à moitié.

Une décision qui révèle un mal profond

Ce lundi la nouvelle est donc tombée dans les colonnes et sur le site de l’Équipe, Jefferson Poirot, le vice-capitaine des Bleus lors de la dernière coupe du monde a décidé d’arrêter l’équipe de France après 36 sélections et malgré l’échéance particulièrement excitante de 2023. Après Sébastien Vahaamahina, c’est le deuxième cadre de la sélection qui arrête prématurément les frais. De quoi commencer à se poser des questions.

Car c’est clair, si les circonstances de l’arrêt du clermontois explique peut-être (bien qu’il s’en défende) son envie de jeter l’éponge, rien ne laissait augurer une telle décision pour un homme dont on parlait pour mener les Bleus avant la nomination de Charles Ollivon au rôle de capitaine. Alors oui, il avait perdu sa place de titulaire aux dépends de Cyrille Baille mais, à 27 ans, ses plus belles années restent devant lui et il avait encore toutes les cartes en mains pour être de l’aventure à la maison en 2023.

Non, la raison profonde est à chercher ailleurs que dans un coup d’orgueil déplacé ou une peur de la concurrence chez ce gaillard honnête au mental des plus costauds. La réalité est que s’investir en bleu est devenu beaucoup trop couteux ! Capitaine historique de l’UBB, le pilier est tout simplement passé à côté de la saison historique de son club. Cinq petits matches disputés en Top 14, deux en Challenge, moins d’un tiers des rencontres jouées par le leader du championnat !

Un calendrier stupide qui tue le rugby

Désormais, il est devenu impossible de s’investir à 100% en club et en sélection, il faut faire un choix cornélien. La faute à une organisation toujours aussi affolante de confusion des genres. S’il évoque le temps passé loin de sa famille, Poirot souligne surtout son ambition de remporter des titres et de vivre à 100% son rôle au sein de son club. Comment l’en blâmer ? Si Guy Novès et Bernard Laporte jouent la surprise, ils devraient plutôt blâmer l’absurdité structurelle dans laquelle baigne leur sport.

Aujourd’hui, les joueurs internationaux ne peuvent plus jouer qu’un rôle mineur dans leur club, la faute à ces aberrants doublons. Alors que leur club les rémunère, ils ne peuvent plus leur offrir qu’un tiers de leur temps, ne peuvent plus s’investir au quotidien dans le entraînements, la vie de groupe, bref ce qui fait le sel de ce sport où la cohésion est un élément déterminant du succès d’une équipe. Comment ne pas se sentir presque étranger au groupe, voire coupable au moment des phases finales de prendre la place de celui qui a permis à l’équipe de se qualifier ?

Cette ambivalence dans le positionnement au sein d’une équipe, tous la ressente. Comment être un leader absent les deux tiers de la saison ? Comment être au top physiquement 11 mois sur 12 ? C’est une équation impossible à résoudre et épuisante sur le plan athlétique et humain. Tant que le board ne prendra pas les décisions courageuses qui s’imposent, les joueurs vont devoir jongler avec deux impératifs complètement antinomiques et pourtant tout aussi importants et Poirot ne sera certainement pas le dernier à renoncer, la mort dans l’âme.

Cette fois, le rugby est à la croisée des chemins, s’il veut continuer à voir les meilleurs peupler les équipes nationales, il va falloir sérieusement se bouger !

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