Salary Cap en Top 14 : à quand la fin de l’imposture ?

Alors que le tournoi s’apprêt à reprendre ses droits, le président de la LNR Paul Goze vient d’accorder un long entretien au midol dans lequel il a réaffirmé vouloir durcir le salary cap. Un dispositif qui me semble pourtant déjà anachronique.

Année après année, la ligue et la fédération ne lésine pas sur les règlements en tout genres pour tenter d’harmoniser le niveau du championnat tout en préservant les sacro-saintes valeurs de l’ovalie, le tout en prenant bien garde de ne surtout pas s’accoquiner à leurs irrécupérables cousins footeux pervertis par l’argent.

Parmi ces mesures, le salary cap est, avec le quota JIFF, l’une des plus emblématiques et des plus décriées. Mis en place en 2010 pour éviter les dérapages financiers et tenter de conserver une équité sportive entre les clubs, il s’agit d’un plafonnement de la masse salariale de tous les participants au championnat de France. Pour faire simple, un club ne peut pas consacrer plus de 10 M€ dans le salaire de ses joueurs.

Le salary cap, un nivellement vers le bas

Si l’idée de base n’est pas fondamentalement mauvaise, son application dans un sport où règne déjà un organe de contrôle comme la DNACG, qui valide les comptes de tous les clubs pros, est d’une hypocrisie sans nom. En effet, plutôt que d’éviter les dérives, ce que faisait déjà le gendarme en question en sanctionnant et reléguant les clubs déficitaires, elle ne sert finalement qu’à entretenir artificiellement une équité factice en empêchant les clubs les plus riches de se développer pour préserver certains bastions historiques.

« Limiter la masse salariale est un instrument d’équité sportive »

Paul Goze

Loin d’encourager les clubs à créer de la richesse, inutile puisqu’ils n’ont pas le droit de la dépenser, cette règle s’aligne sur les capacités des plus faibles pour, en théorie, éviter un championnat à deux vitesses. Ce vœu pieux n’est évidemment qu’une vaste fumisterie puisque les présidents des clubs fortunés rivalisent d’ingéniosité pour le contourner depuis des années. Obligeant donc la Ligue à envisager de nouvelles mesures de rétorsions pour sanctionner ces vilains riches.

Pourtant, le principal défaut de cette règle est que, loin d’assurer la pérennité des clubs en contrôlant leurs dépenses, elle laisse perdurer un système économiquement malsain en mettant complètement de côté la problématique du mécénat dans le rugby et en n’encourageant pas les club en développer un modèle économique pérenne. Bref, au lieu de faire grandir le rugby en valorisant les meilleurs, elle le tire vers le bas en permettant aux cancres de survivre.

Des clubs professionnels en déficit permanent

En effet, si la ligue se fait fort de contrôler le montant des dépenses de chaque club en matière de masse salariale, elle s’en cogne bien de connaître la provenance des fonds ! Dès l’instant que les comptes sont équilibrés en fin de saison, pour le passage devant la DNACG, peut importe que le résultat soit le fruit d’une gestion saine ou d’un gros chèque déposé en urgence par un mécène au compte en banque bien garni…

Ainsi, la DNACG ne comptait, en 2014-2015, que deux bons élèves, le RC Toulon et le CA Brive, à avoir un résultat d’exploitation positif, tous les autres étant en déficit. Le Racing-Métro, le Stade Français et le Castres Olympique cumulaient même à eux trois 19,7 M€ de pertes ! Des trous dans la trésorerie comblés par la générosité des Lorenzetti, Savare et Fabre. Si la situation s’est depuis améliorée puisqu’ils n’étaient plus « que » sept clubs de l’élite sur quatorze dans le rouge l’an dernier (la DNACG a arrêté de donner les noms), elle reste préoccupante.

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On le voit clairement, aujourd’hui la majorité des clubs français vivent au dessus de leurs moyens et dépendent du bon vouloir de millionnaires qui peuvent se désengager du jour au lendemain en laissant l’objet de leur marotte sombrer et déposer le bilan. Une dépendance et une précarité qui ne semblent pas inquiéter plus que ça en haut lieu. Pourtant des solutions existent.

À quand un Fair-Play financier ?

Plutôt que d’empêcher les clubs de se développer, elle devrait au contraire les y encourager en les obligeant, non pas à respecter un seuil de dépenses sur les salaires mais bien à ne pas dépenser plus d’argent qu’ils n’en génèrent. En d’autres termes, limiter l’influence des mécènes et obliger les dirigeants à se sortir les doigts pour créer un modèle économique viable. Bref, à se conduire en entrepreneur innovants pas en gestionnaires d’un patrimoine qui ne leur appartient pas.

Cette réglementation existe depuis 2010 dans le football et s’appelle le Fair-Play financier. Pour freiner l’escalade des dépenses et préserver l’existence à long terme des clubs, l’UEFA a ainsi décidé d’interdire aux clubs de dépenser plus qu’ils ne gagnent. Si cette règle n’est pas encore parfaite et n’a pas mis fin à tous les excès, il faut néanmoins que le rugby arrête de regarder avec dédain ce qui vient du ballon rond pour s’en inspirer. Les dirigeants de l’ovalie doivent enfin accepter le professionnalisme de leur sport et considérer les clubs pour ce qu’ils sont, à savoir des entreprises qui se doivent d’avoir un équilibre dans leur exploitation.

Plutôt que de limiter arbitrairement le développement, encourageons le. Prenons comme exemple des clubs comme le RCT ou La Rochelle qui ont su se diversifier et créer de la valeur pour grandir et créer une base financière saine. Le modèle de Mourad Boudjellal, basé sur la starification, le sponsoring et la vente de produits dérivés n’est bien évidemment pas exportable partout, bien sûr certains clubs « historiques » aux bassins de population trop faibles, auront du mal à suivre mais c’est la loi de marché et l’indépendance économique du rugby est à ce prix. Il y a beaucoup de moyens de valoriser économiquement l’image et le savoir faire d’un club, par la formation notamment si la Ligue y mettait du sien mais j’y reviendrai une autre fois…

Plutôt que des millions des Altrad, Witt, Lorenzetti ou Fabre, c’est de leur savoir-faire de capitaines d’industries dont le rugby a besoin ! Balançons ce modèle archaïque et injuste du salary cap pour faire de nos clubs des entreprises saines, l’avenir passe par là.

 

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