Russie 2018 : avant les quarts, le meilleur et le pire des huitièmes

Avant d’aborder la dernière ligne droite, l’équipe de « l’Observatoire du Sport Business », partenaire de Sport-Vox, nous a livré ses coups de cœur et ses coups de gueule pour les huitièmes de finale.

Kylian Mbappé :

Comment passer sous silence la prestation XXL du gamin de Bondy contre l’Argentine ? L’attaquant du PSG a réalisé une partition presque sans faute et aura été le grand bonhomme d’un match particulièrement débridé. Au delà de son doublé, sa vitesse supersonique, sa conduite de balle et sa disponibilité sur le front de l’attaque ont complètement ringardisé l’arrière garde albiceleste. Et dire qu’il s’est même permis de croquer une ou deux actions chaudes…

Cette explosion sur le plus belle scène du football mondial, nous l’espérions tous un peu mais sans forcément imaginer une telle démonstration. À 19 ans, il n’y a plus grand monde à qui le comparer tant il brûle les étapes sans perdre une seconde. Reste pour lui à confirmer dès cet après-midi contre une défense autrement plus robuste où il devra démontrer ses qualités dans les petits espaces mais, quoi qu’il arrive, une légende bleue a démarré samedi dernier.

La révolte des « petits » :

Ils sont quatre pays de 11 millions d’habitants ou moins à s’être hissés dans le grand huit de la compétition. La Belgique (11M), la Suède (10M), la Croatie (4M) et l’Uruguay (3M) ont donné une leçon aux grandes puissances démographiques du football. À l’heure du tout professionnel où le socle de licenciés est un facteur essentiel de la réussite d’une fédération et donc d’une équipe nationale, ce tour de force est particulièrement impressionnant et rafraîchissant.

Mention spéciale aux croates et aux uruguayens, véritables petits poucets qui cumulent un manque de « matériel » humain à un gros manque de moyens financiers. Malgré ces ces handicaps théoriquement rédhibitoires, le savoir-faire de la formation locale arrive donc à faire des miracles pour faire émerger de magnifiques talents. Une leçon donnée à un pays comme l’Italie dont le football est en pleine crise.

Akira Nishino :

S’il en est un dont la mission s’annonçait particulièrement compliquée à l’amorce de ce mondial russe, c’est bien lui. Remplaçant Vahid Halilhodzic au pied levé à moins de deux mois de la compétition, il lui a fallu bricoler une sélection dans l’urgence pour défendre les chances des samouraïs dans une poule très homogène. Si la mission a été accomplie dans la douleur, on ne donnait pas cher de leurs chances face à l’outsider belge en huitième de finale.

Et pourtant, fort d’un plan de jeu ambitieux et enthousiaste, le Japon est passé à deux doigts de l’exploit en menant 2-0 au retour des vestiaires. Si Nishino a certes fait preuve d’une certaine naïveté en ne changeant pas ses plans pour une organisation plus défensive en fin de match, il aura malgré tout démontré de réelles compétences. Une performance bien mal récompensée par sa fédération qui ne lui pas offert de contrat. Dommage…

Tite :

Alors que l’Allemagne et l’Espagne, autres grands favoris de l’épreuve ont déjà baissé pavillon, le quintuple étoilé brésilien fait plus que jamais figure d’épouvantail de la compétition. Une situation finalement pas si évidente que ça lorsque l’on revient quatre en arrière au lendemain du désastre de son mondial. D’une équipe traumatisée, les auriverde sont devenus une machine à gagner. Une transformation qu’ils doivent à un homme : Tite.

Débarqué au chevet d’une équipe déséquilibrée, l’ancien des Corinthians a su très rapidement faire émerger une épine dorsale forte et redonner confiance à des leaders traumatisés, tel Thiago Silva redevenu O Monstro. Efficace dès les qualifications survolées, son équipe est aujourd’hui un cocktail parfait entre organisation défensive et liberté offensive. Le portrait robot d’un futur vainqueur en somme.

En vrac :

  • Angleterre : avec un Kane de gala et une malédiction déjouée, les three lions peuvent rêver
  • Russie : l’hôte de la compétition renverse des montagnes avec une vraie ferveur populaire
  • Fellaini : l’éternel mal aimé qui sauve les Diables Rouges
  • Suède : la vie sans Zlatan, c’est pas si mal

Simulations :

C’est sans doute l’un des effets pervers de la VAR. Conscient de la possibilité d’avoir une seconde chance d’obtenir quelque chose du corps arbitral, les joueurs semblent ne jamais en avoir autant rajouté sur le terrain. On a parfois l’impression d’être devant un mauvais spectacle théâtral, bien mal interprété. Au premier rang de ces « artistes », on retrouve bien évidemment le Brésilien Neymar qui exaspère le monde entier par ses roulades si exagérées qu’elles en deviennent complètement ridicules.

Seulement, pour éviter ces excès, il faudrait aussi penser à protéger les joueurs. Si le joueur du PSG se roule beaucoup au sol, c’est aussi qu’il subi attentat sur attentat de la part de ses gardes du corps. Certains peuvent même se permettre de lui marcher volontairement sur la cheville en dehors du jeu sans être inquiétés. Commençons donc par utiliser cette vidéo pour châtier les bouchers et l’on pourra alors s’en prendre aux simulateurs. Chaque chose en son temps.

Espagne :

Il y a quand même une justice dans le sport : on ne peut pas faire n’importe quoi et en être récompensé ! L’éviction scandaleuse de Julian Lopetegui, auteur d’un travail remarquable pendant deux ans, à deux jours de l’entré en jeu de son équipe ne pouvait aboutir à autre chose qu’un désastre. La piteuse élimination de la Roja en est la conséquence directe.

Privée de leur chef d’orchestre, les espagnols se sont réfugiés dans une insupportable passe à dix sans imagination et changement de rythme et se sont fait cueillir  par une équipe russe pourtant loin d’être impressionnante. Une sortie de route prévisible et triste pour une génération magnifique qui nous aura enchanté. Espérons que le président de la fédération, premier responsable de cette déroute, ne s’en sorte pas à si bon compte.

Messi & Ronaldo :

C’est désormais une quasi-certitude, sauf bain de jouvence, aucun des deux meilleurs joueurs du XXIème siècle ne sera champion du monde. Les deux quintuples vainqueurs du Ballon d’Or sont sortis par la petite porte de leur probable dernier mondial. Ni Ronaldo, ni Messi n’ont ainsi su peser suffisamment sur le destin de leur équipe lors de ces huitièmes de finale pour faire pencher la balance du bon côté.

Si CR7 pourra se consoler en repensant à l’Euro 2016, le constat est particulièrement amer pour la Pulga qui n’aura jamais réussi à être le leader que l’Argentine attend depuis la retraite de Maradona. El Pibe de Oro qui peut d’ailleurs s’endormir sereinement, malgré ses réussites en club, Messi n’est pas prêt de le remplacer dans les cœurs argentins.

La Colombie :

C’est vrai que les cafeteros étaient privés de leur meneur de jeu James Rodriguez au moment d’aborder ces phases finales mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils se sont trompé de combat. À vouloir réduire le football à une guerre de tranchée, les colombiens ont oublié de jouer. Pendant 70 minutes, ils se sont bornés à distribuer des mauvais coups sans essayer de mettre en danger leur adversaire et ont fini par le payer.

Alors que son effectif dispose de vrais bons footballeurs, Pekerman peut s’estimer heureux d’avoir terminé à onze et peut s’en vouloir d’avoir attendu aussi longtemps pour donner du temps de jeu à Bacca et Muriel. Avec eux, les colombiens sont passés à deux doigts du hold-up lors de prolongations qu’ils ont dominées. Une prise de conscience trop tardive et un quart de finale largement à leur portée qui s’envole.

En vrac :

  • Schmeichel : héroïque pour rien
  • Sampaoli : une tactique ubuesque pour conclure un mondial catastrophique
  • Croatie : déjà plus d’essence dans le moteur, inquiétant pour la suite
  • FIFA : un arbitre argentin pour France-Uruguay, sérieusement ?

On se rapproche du bol de sangria et, à quelques heures de France-Uruguay, la pression monte. Je vais me mouiller mais, pour moi, le titre se joue aujourd’hui pour les Bleus.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *