Rugby et football français : unis dans le rejet des entraîneurs étrangers

C’est le débat du moment dans le France du rugby : doit-on ou non faire d’un technicien étranger le successeur de papy moustache à la têt des Bleus. Une controverse qui fait écho à un protectionnisme très franchouillard envers les techniciens étrangers.

Bernard Laporte semble enfin prêt à franchir le rubicond, à ouvrir la boîte de Pandore du rugby hexagonal en confiant pour la première fois les rênes du XV national à un étranger. Une révolution pour un homme qui s’était toujours montré hostile à l’idée et un virage à 360° par rapport à la nomination de Brunel, véritable fossile du rugby cassoulet. Une volonté qui a déclenché une unanime levée de bouclier dans le landernau du rugby…

L’insupportable incohérence du rugby français

Pelous, Bru, Mola, Dourthe, Magne et j’en passe… tous les glorieux anciens de la maison tricolore se sont en effet prononcés très clairement en la défaveur de cette solution. Gatland, Hansen, Jones ou Schmidt ne seraient donc pas assez bons ? Non, là n’est pas la question, le monde entier a compris que les grands techniciens de ce jeu étaient dans l’hémisphère sud. La France est d’ailleurs la seule nation du nord à n’avoir pas encore franchi le pas. Le problème est que le rugby français se complait dans cet entre soi permanent, cultive cette consanguinité malsaine, cette idée que nous serions trop différents pour être compris par d’autres.

Et pourtant, ce sont les mêmes qui nous expliquent à longueur d’interviews à quel point notre Top 14 était LE responsable de l’échec des Bleus, que son manque de créativité, sa frilosité tactique et son manque d’ambition offensive ne préparait pas les jeunes français au très haut niveau international. Ces mêmes Mola ou Dourthe veulent désormais voir tous ces fossoyeurs du jeu se succéder à la tête de l’Équipe de France. Après Novès et Brunel, ils opteraient sans hésiter pour l’un des techniciens du Top 14 sur qui ils versent sans arrêt leur fiel…

Une incohérence qui trouve sa source dans un protectionnisme exacerbé : tout plutôt qu’un étranger ! Le président Laporte l’a bien compris et ne veut pas être celui qui portera la responsabilité de cette décision et a courageusement opté pour le référendum. Lui qui veut toujours tout décider se mue tout d’un coup en parangon du collectivisme. La bonne blague ! Espérons que les votants soient plus modernes et aillent dans le même sens que les 50 000 internautes de l’Équipe qui, aujourd’hui, étaient 71% à se montrer favorables à l’arrivée d’un entraîneur étranger.

Un protectionnisme exacerbé dans le football

Mais la peur de l’étranger n’est malheureusement pas l’apanage du rugby. Son si méprisé cousin au ballon rond n’a pas grand chose à lui envier de ce côté. Bien que la sélection tricolore ait connu un entraîneur roumain, en la personne de Stefan Kovacs entre 1973 et 1975, on ne peut pas dire que l’expérience, pourtant fondatrice, ait connu une suite fructueuse. Les instances font même des pieds et des mains pour limiter le nombre d’entraîneurs étranger dans les clubs de l’élite hexagonal. Dès qu’un poste de coach échoit  à un technicien étranger, rien n’est ainsi fait pour lui faciliter les choses.

Le club des Girondins de Bordeaux en est le meilleur exemple cette saison. Le coach brésilien Ricardo, arrivé l’été dernier, s’est ainsi vu retirer la possibilité de véritablement exercer ses fonctions en raison de son absence de diplôme reconnu par l’Unecatef. Malgré des expériences réussies, à Bordeaux déjà, mais aussi au PSG et à Monaco, le champion du monde et légende brésilienne n’a pas eu de dérogation. Interdiction donc de se lever de son banc ou d’assurer les conférences de presse. Une absurdité sans nom qui n’a pas été anodine dans son échec. Et quand il a fallu le remplacer, les réactions ont été les mêmes que dans le rugby, regrettant que le choix du club au scapulaire se porte sur Paulo Sousa, technicien portugais plutôt que sur un entraîneur du cru.

Et pourtant, on ne peut pas dire que les entraîneurs français aient la cote en dehors de nos frontières ! En dehors de l’exception Zidane, aucun n’exerce son apostolat dans un club des quatre championnats majeurs. Une réalité qui devrait nous ramener à plus d’humilité, pousser les instances à s’interroger sur l’efficacité de leur formation et à se remettre en question. Mais non, c’est tellement plus facile de se faire l’autruche que d’accepter de s’ouvrir au monde en acceptant d’aller chercher les compétences où elles se trouvent…

Il est temps que le chauvinisme et l’arrogance ne soient plus la règle, laissons opérer ceux qui savent, qui sont performants et acceptons d’apprendre d’eux, le sport français ne s’en trouvera que mieux.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *