Roland-Garros : triste final ou apothéose ?

C’est un scénario qui se répète mais, malheureusement, ça commence à faire un bail que Roland Garros ne me fait plus vraiment frissonner. Alors, à l’aube de ce week-end, aura t-on droit à un feu d’artifice ou à un pétard mouillé ? J’ai envie d’être un peu optimiste et de croire en la première solution.

Soyons clairs, depuis la victoire inattendue de Stan Wawrinka en 2015, on s’ennuie ferme du côté de la Porte d’Auteuil. J’ai beau fouiller dans mes souvenirs, trop peu de matches mémorables ne me reviennent en tête. Allez, il y a bien eu la demie Murray-Wawrinka et la tornade Ostapenko l’an dernier, ou le joli parcours de Cecchinato cette année pour nous sortir de cette indolente torpeur dans laquelle nous plonge le tournoi, mais ça reste bien faible.

Roland Garros n’est plus le sommet d’émotion qu’il a pu être, la faute notamment à un Rafa beaucoup trop dominateur et à des montagnes qui accouchent de taupinières. On attendait monts et merveilles des chocs Del Potro-Nadal ou Thiem-Zverev par exemple pour finalement avoir droit à des cavaliers seuls. Et ce ne sont pas les perfomances tricolores qui donnent du piquant à notre grand chelem domestique…Bref, il va falloir que ces finales soient d’un autre calibre pour relever un peu la saveur d’un tournoi encore décevant.

Halep-Stephens : un duel indécis

Ca tombe bien, elles s’annoncent vraiment intéressantes ! Honneur aux dames qui s’affrontent cet après-midi et une opposition vraiment alléchante entre Simona Halep et Sloane Stephens. Vous avez bien lu, je vais regarder un match de tennis féminin ! Pour une fois, deux jeunes femmes pourraient nous offrir un spectacle digne de ce nom sans se contenter de frapper le plus fort possible dans la balle.

Non, les deux joueuses ont d’autres atouts et devraient faire étalage d’une variation de jeu plus observée dans le tennis féminin depuis des lustres. La jeune américaine notamment a vraiment un jeu atypique. Si elle frappe fort (faut pas déconner on reste sur une joueuse made in US), elle n’hésite pas à utiliser des effets très variés pour déstabiliser son opposante. Lifts, slices, amortis et volées seront au rendez-vous. De l’autre côté du filet, la N°1 mondiale est également très complète et son déplacement supersonique promet des marathons dantesques.

Mais au delà de l’aspect technique, c’est la dimension mentale de cette rencontre qui pourrait la rendre mémorable. Indiscutable patronne du circuit, la roumaine fait un blocage en finales majeures et n’a pas oublié son craquage complet de l’an dernier où elle avait offert le titre à Ostapenko alors qu’elle avait déjà une main sur le trophée. Saura t-elle surmonter sa psychose face à une gamine déjà titrée en grand chelem à la surprise générale ? C’est le principal enjeu de cette finale qui s’annonce forte en émotion.

Mahut : effacer enfin 2013

De l’émotion, nous en aurons quand même nous autres chauvins de français puisqu’à la suite de la finale dames, le double messieurs opposera Mahut-Herbert à Marach Pavic. L’occasion pour l’angevin de refermer définitivement le traumatisme de 2013 lorsque, associé à Llodra, il s’était incliné au tie-break décisif  contre les frères Bryan. Désormais dans le rôle du grand frère avec P2H, il pourrait enfin soulever la coupe Jacques Brugnon devant un Court Philippe Chatrier acquis à sa cause.

Une finale qui ne s’annonce cependant pas de tout repos. Si le pedigree de la paire qui leur fera face est moins impressionnant que celui des jumeaux californiens, le duo austro-croate reste une référence sur le circuit. N°1 à la race et vainqueurs du premier majeur en Australie, ils sont même favoris sur le papier.

Pour leur quatrième finale en grand chelem (victoires à l’US Open et Wimbledon, défaite en Australie), le duo français aura donc fort à faire sur sa moins bonne surface pour succéder à Benneteau et Roger-Vasselin, sacrés en 2014. En tout cas, avec ces deux-là il se passe toujours beaucoup de choses et, s’ils ne s’assomment pas entre eux, ils pourraient faire pleurer de joie le public du Central.

Nadal-Thiem : le successeur est-il prêt ?

Un Central qui clôturera demain part un choc attendu entre les deux hommes forts de la surface ocre. Si l’ogre majorquin part encore favori pour remporter un onzième titre parisien (même en l’écrivant j’ai du mal à y croire), il ne devra pas faiblir pour parvenir à accomplir cet exploit complètement délirant. En face de lui, c’est son possible successeur qui se verrait bien mettre fin au règne de l’espagnol pour instaurer le sien.

Car clairement, si on a pu parfois douter, ce n’est plus le cas aujourd’hui : Dominic Thiem est le prochain cador de la surface. Il arrive à maturité à 24 ans et a toutes les armes pour démanteler la statue du commandeur. Il l’a d’ailleurs prouvé en étant le seul à dominer Nadal cette saison sur terre battue. C’était du côté de Madrid et les conditions étaient bien différentes mais l’exploit reste de taille, surtout que ça n’était pas une première. Puissant, capable de jouer très longtemps, il est le seul à pouvoir envisager d’entamer sérieusement la cuirasse du taureau de Manacor.

Cette finale attendue sera, quoi qu’il arrive, un sommet d’intensité. Qu’elle dure 3, 4 ou 5 sets, ça va envoyer très lourd ! À moins, mais je n’ose y croire, que la tension ne rattrape l’autrichien et qu’il ne passe à côté de l’événement. Diego Schwartzman a montré la voie, il faut rentrer dans la gueule de Nadal comme un dément pour espérer quelque chose et, s’il y en a un capable d’y parvenir, c’est bien Thiem !

Aurons-nous le couronnement d’une reine, l’apothéose de Mahut, l’avènement d’un successeur de Thomas Muster ou la logique conclusion d’une édition sans saveur ? Difficile à dire mais l’espoir fait vivre…

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