Pourquoi le retour au sommet de Federer est une mauvaise nouvelle pour le tennis

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Où sont-ils les cadors nés après 1988 qui devraient aujourd’hui atteindre leur plénitude ?

Il l’a fait. Après son second titre de la saison du côté de Rotterdam, Roger Federer récupère son fauteuil de N°1 mondial plus de cinq ans après l’avoir cédé pour devenir le plus vieux patron de l’histoire du jeu. Une performance ébouriffante qui ravie tous les amoureux de ce sport mais laisse aussi un peu perplexe quant à son avenir.

Un retour au sommet mérité

36 ans et 6 mois, c’est le chiffre de ce week-end sportif, l’âge canonique auquel le Bâlois a donc repris son sceptre pour une 303ème semaine. À un âge où les joueurs ont généralement rangé les raquettes depuis belle lurette, l’homme aux vingt titres du grand chelem continue ainsi d’imposer sa loi et de construire sa légende. La performance est extraordinaire, le champion Suisse incarne son sport comme très peu de sportifs avant lui.

Tout dans son jeu me plaît, aérien, élégant, créatif, il n’y a rien à jeter, son service illisible est un régal, son coup droit est l’incarnation de la perfection, son déplacement est un modèle de précision et que dire de son revers à une main qu’il frappe de mieux en mieux… Au delà de ces qualités techniques, sa capacité à se remettre en question voire en danger pour réinventer sa façon de jouer et s’améliorer encore et toujours est particulièrement inspirante. Bref, si je me joins sans aucune réserve au concert de louanges qui ont accueilli son triomphe batave, je ne peux cependant pas m’empêcher de penser que le voir de nouveau sur le trône de l’ATP est un vrai problème pour le tennis.

Une concurrence à la peine

En effet, si son retour aux affaires après son break de six mois fin 2016 est impeccable, c’est la manière qui interpelle, Federer est certes fort mais ce n’est pas non plus la machine à gagner qu’il était dans ses grandes années entre 2004 et 2007. Comment un « papy » peut autant se promener pour remporter les titres les plus prestigieux de la planète ? Aucun sets abandonnés à Wimbledon, seulement deux en Australie, on ne peut pas dire que ses adversaires le poussent souvent dans ses retranchements et c’est tout le problème. L’élite du tennis est aujourd’hui bien moins dense que par le passé. Alors qu’un retour au sommet de Djokovic et Murray, blessés, semble très hypothétique et que Nadal n’a plus la solution en dehors de sa terre battue fétiche, que le suisse ne foule d’ailleurs plus, ils sont peu nombreux à pouvoir tenir tête au maestro.

C’est ainsi toute une génération qui peine à se mêler à la lutte. Où sont-ils les cadors nés après 1988 qui devraient aujourd’hui atteindre leur plénitude? Qu’ils se nomment Raonic, Goffin, Nishikori, ou Dimitrov, ils approchent la trentaine et n’apparaissent plus vraiment capables d’inscrire leur nom au palmarès de l’un des quatre tournois majeurs. Le fossé séparant « Baby Fed » (Grigor Dimitrov), balayé 6/2 6/2 cet après-midi par son modèle, n’a jamais paru aussi large et seul le croate Cilic est le champion attendu. Quand Murray, Djokovic voire Wawrinka (tous également trentenaires) sont absents, personne n’est en mesure de déboulonner la statue du commandeur. Un constat très inquiétant tant l’intensité et le suspense des quatre dernières levées du Grand Chelem, avec très peu de matches mémorables, ont paru faibles.

Place à la jeunesse !

Pour l’ATP, qui centre toute sa communication promotionnelle autour du Big Four depuis plus de dix ans, les lendemains pourraient vite déchanter. Sans lui, qui pour continuer à suivre le tennis? Qui pour faire grimper l’audimat et les droits télévisés? Aussi impressionnant soit-il, Roger Federer n’est pas éternel et son excitante chasse aux records ne peut indéfiniment occuper tout l’espace tennistique. Sa succession comme locomotive médiatique de son sport est LE principal enjeu des mois à venir pour l’institution londonienne. Son board, après des années à vivre sur la lucrative rivalité Federer/Nadal, semble enfin en avoir pris conscience en mettant la lumière sur les jeunes loups du circuit.

Avec la « Race to Milan » inaugurée l’an passé et ponctuée par un Masters des moins de 21 ans, exit la génération Y ! Ce sont les millenials, avec Kyrgios et Zerev en tête d’affiche, qui doivent reprendre le flambeau. En ont-ils les épaules ? Seront-ils capables de mettre le plus grand champion de ce sport à la retraite ? Rien n’est moins sûr et espérons pour cette génération qu’elle ne soit pas, elle non plus, sacrifiée sur l’autel du génie Suisse…

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