Paris 2024 : le statut des bénévoles en question

Il y a quelques semaines, Emmanuel Macron s’est offert une sortie lapidaire en forme d’autocritique sur Paris 2024 et son impact sociétal. L’occasion de se pencher sur les retombées attendues de l’événement, notamment en termes d’emploi.

Une incohérence entre paroles et actes

Les déclarations du président de la République lors d’un débat public avec des associations et des élus à Evry-Couronnes (Essonne) ne sont pas passées inaperçues dans le microcosme sportif et a surtout fait grincer quelques dents tant ce mea culpa apparaît aujourd’hui en totale contradiction avec les décisions politiques de ce gouvernement ces derniers mois.

« Aujourd’hui, on n’est pas au rendez-vous de l’ambition que ce grand événement 2024 doit avoir pour les quartiers d’Île-de-France qui sont les premiers concernés. Donc on va travailler parce que là je ne suis pas content ».

Emmanuel Macron

Pas content le chef de l’État, mais surtout pas vraiment cohérent ! Au vu des actions menées dans le même temps depuis le début de son investiture, on avait pourtant peine à croire que qu’il plaçait le sport, sa pratique et son développement au centre de ses considérations et de ses priorités. Si l’on se souvient de la polémique soulevée par la lettre de cadrage fixant un objectif de 1 600 suppressions de postes au ministère des sports, on aurait presque envie d’en rire…

Parler d’impact insuffisant sur l’emploi tout en diminuant les budgets, en baissant les crédits du CNDS soutenant les territoires, en supprimant des emplois aidés ou en abandonnant le Plan Borloo, cela paraît évidemment paradoxal à première vue. Ceci étant, l’enjeu médiatique représenté par l’organisation de Paris 2024 est tel qu’il va bien falloir que les retombées soient à la hauteur des investissements consentis et cette prise de parole va dans le sens de ce constat paradoxal : le sport n’est pas une priorité mais les JO 2024 si.

Un impact difficile à mesurer

Du coup, vu que l’impact sociétal des prochaines olympiades semble avoir toute l’attention présidentielle, c’est l’occasion de se pencher sur la question. Un problème bien difficile à appréhender tant l’apport social de ce genre d’événement est difficile à quantifier. Pas sur le plan économique bien sûr puisque des indicateurs, plus ou moins fiables et objectifs, existent depuis des années mais bien sur le pan social. Une lacune qu’essaye désormais de combler le Think Tank Sport & Citoyenneté.

Cet organisme, qui a le sens du timing, a en effet présenté il y a un mois jours de cela son nouvel outil visant justement à rationaliser l’approche sociale que l’on peut avoir du sport. En identifiant, avec l’aide du laboratoire VIPS2 de Rennes 2, cinq grandes dimensions sociales potentiellement impactées (l’accès, la cohésion sociale, la durabilité, l’innovation et l’usage des territoires), une matrice permettant d’y associer des critères d’évaluation quali & quanti a ainsi été créée.

Si la procédure d’étude, l’objectivité des livrables et la pertinence des résultats restent à démontrer avec le temps, la démarche est louable et tout a fait à propos. En cette période de défiance (le mot est faible) envers l’exécutif, le grand public veut des chiffres, des études lui prouvant l’utilité et l’efficacité des politiques publiques. Cet outil pourrait bien être un début de réponse.

L’exaspérant exemple des bénévoles

Mais avant toute chose, ce que veulent les électeurs c’est de l’emploi et les jeux doivent être un moyen d’en créer et pas seulement sur le court terme. Se pose alors la question des bénévoles, ces hommes et ces femmes qui donnent de leur temps gratuitement pour que l’événement puisse avoir lieu. Ils étaient près de 70 000 à Rio et seront à peu près autant en 2024. La pierre angulaire de l’organisation des Jeux Olympiques, ce sont eux.

Et pourtant, qu’ont-ils en retour ? Aujourd’hui, pas grand chose en dehors de la satisfaction d’avoir accueillie le monde entier et, pour l’heure, ce n’est pas dans les cartons élyséens de changer cet état de fait. La loi égalité des chances de 2006 n’a pas cherché à faire évoluer un statut qui doit impérativement être repensé. Les dizaines d’heures offertes par les bénévoles, les compétences développées, rien n’est valorisé alors que, pour beaucoup d’entre eux, jeunes et sous qualifiés, toute certification est bonne à prendre sur le marché de l’emploi.

Les 4 000 différents jobs qui seront pourvus couvrent de très nombreuses spécialités et devraient permettre à leur titulaires de s’en servir concrètement sur leur CV et autrement que par une ligne dans « activités extra-scolaires »… Alors à quand un statut bénévole qui déboucherait sur une certification diplômante par validation d’acquis ? À quand une reconnaissance pragmatique et tangible de leur investissement et des compétences apprises ? Pour l’heure, seuls les bénévoles occupant un poste de directeur, ceux déjà qualifiés donc, ont une certification. Encore une fois, la base, qui présente un réel besoin, est oubliée. Jusqu’à quand ?

Plutôt que de faire des grandes phrases, il serait temps que les décideurs pondent enfin quelques mesures concrètes pour que ces Jeux ne servent pas uniquement de vitrine mais soit également vecteurs de changement social.

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