Ne rêvons pas, un Français vainqueur du Tour, ce n’est pas pour cette année !

Bien qu’ils soient nombreux à tenter de nous convaincre qu’une victoire française est possible, à moins d’un miracle, ce n’est pas encore pour cette année.

C’est aujourd’hui le départ du Tour de France et l’on ressent autour de cette édition une  effervescence particulière, presque palpable autour des chances des coureurs français. Pour beaucoup de nos confrères, 2019 est l’année ou jamais pour Bardet ou Pinot d’enfin succéder au Blaireau au palmarès de la grande boucle. Un enthousiasme et un optimisme, en grande partie du à l’épidémie qui a frappé les favoris, qui semble confiner à l’excès de zèle. Objectivement, il faut se rendre à l’évidence : il faudrait un sacré concours de circonstances pour voir un tricolore triompher sur le podium des Champs-Élysées..

Une concurrence très solide

Froome, Dumoulin, Roglic, Carapaz, Angel Lopez, Majka… C’est vrai qu’ils sont nombreux les candidats au podium à ne pas avoir pris de départ de Bruxelles. Entre blessures, méformes ou choix de l’équipe, c’est  presque un Top 10 potentiel qui ne courra pas la Grande Boucle. De quoi effectivement envisager sereinement de voir un bleu terminer les trois semaines de course sur la boîte mais sur la plus haute marche ? C’est une autre affaire.

Si l’absence de l’épouvantail du tour depuis de nombreuses années, Chris Froome, a de quoi aiguiser l’appétit de ses habituels rivaux, ils restent nombreux à pouvoir décrocher la timbale. Et pas besoin de les chercher très loin puisque les deux principaux favoris sont dans l’équipe du quadruple vainqueur, Ineos. N’oublions pas que, malgré sa chute au Tour de Suisse, le vainqueur 2018 Geraint Thomas, viendra défendre son maillot, flanqué d’un encombrant second, le très talentueux colombien Egan Bernal.

Pour moi, il est là le grand favori. Et pourtant, il ne devait initialement même pas disputer l’épreuve. Prévu comme leader de l’équipe anglaise pour le Giro, il ne doit sa présence qu’à sa fracture de la clavicule qui l’avait privé des routes italiennes. Finalement, c’est l’incroyable malchance de ses coéquipiers Froome et Thomas, qui ont également tâté du bitume qui l’a propulsé à la place de coleader sur une épreuve qu’il abordera de surcroît avec beaucoup de fraîcheur. Excellent grimpeur, il roule également très bien et partira avec un véritable avantage sur nos frenchies.

Des faiblesses chroniques

En effet, on a beau insister sur le fait que cette édition soit taillée pour les grimpeurs, il est illusoire de penser pouvoir décrocher le pompon sans être à même de dompter les contre-la-montre. S’ils ne seront que deux lors de cette édition, l’un solitaire et l’autre par équipe, ce seront tout de même près de 55km à avaler au rythme des meilleurs.

Une ambition illusoire pour Bardet qui n’existe pas dans cet exercice. Incapable de progresser dans l’effort solitaire depuis le début de sa carrière, l’auvergnat part déjà avec un débours potentiel de plus de 2mn minimum sur les deux coureurs de Dave Brailsford. Il est également plus faible que Yates, Nibali, Fuglsang voire Quintana. Bref, de tous les candidats au podium, il est celui qui n’existera pas lors de ces étapes.

Un constat moins sévère pour Pinot qui, s’il n’est plus au niveau de son titre national de  la spécialité en 2016, y a fait de notables progrès depuis ses débuts. S’il reste loin des meilleurs, il arrive généralement à limiter la casse pour préserver ses chances. Pour lui, l’écueil est ailleurs, sur sa capacité à ne pas avoir de « jour sans ». Le franc-comtois est fragile, sujet aux allergies, aux coups de froids, aux virus ce qui se concrétisent généralement par une défaillance sur les grands tours, comme sur le Giro 2018. Pour viser la gagne, impossible de connaître ce genre d’absences. 

Des équipes pas au niveau

Nos deux leaders ont donc de gros point faibles, presque rédhibitoires à ce niveau mais, à la limite, ça pourrait passer s’ils pouvaient bénéficier d’une équipe de pointe, capable de maîtriser la course, de les mettre à l’abri dans les moments difficiles. Or, c’est loin d’être le cas. Si AG2R et la FDJ font du bon boulot avec des moyens limités, elles sont à des années-lumière du gratin. S’il y a un constat à tirer depuis 2012, ce n’est pas la domination de tel ou tel coureur mais celle d’une équipe.

Ineos, anciennement Sky, a remporté six des sept derniers tours avec trois coureurs différents, Wiggins, Froome puis Thomas. Sa force collective est impressionnante avec des équipiers de premier ordre qui seraient leaders, et joueraient le podium dans la majorité des équipes du World Tour et elle est, de plus, entièrement dévolue à la conquête du général. Alors que leurs adversaires s’épuisent, leurs leaders n’ont jamais à mettre un coup de pédale superflu dans la roue de deux ou trois lieutenants. La seule équipe à avoir briser son hégémonie est l’armada Astana qui possède des moyens équivalents. Pinot ou Bardet seraient-ils leaders dans ces dream team ? Aucune chance.

Fondamentalement, le cyclisme est plus un sport collectif qu’individuel. Cadenassé par les oreillettes, il ne laisse que très peu de place aux prises d’initiatives et au panache. Les directeurs sportifs des grandes écuries verrouillent la course et, à ce petit jeu, Vincent Lavenu et Marc Madiot, ne sont pas invités. Comme toujours, Bardet et Pinot vont subir le rythme et la tactique d’Ineos sans jamais pouvoir attaquer frontalement le duo Bernal/Thomas. Alors que les anglais pourront compter sur Kwiatowski ou Poels pour contrecarrer les attaques des outsiders, Pinot n’aura que Reichenbach à ses côtés et Bardet ne pourra s’appuyer que sur Vuillermoz, beaucoup trop léger pour espérer.

Bref, à moins de faits de course à répétition, ce n’est pas encore cette année qu’Hinault couronnera son successeur. Et à moins qu’un sponsor français ne décide de s’inviter à la table d’Ineos ou Astana, cette diète risque de durer encore longtemps.

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