Monfils : une maturité trop tardive pour triompher en Grand Chelem

En pleine forme en ce début de saison, Gaël Monfils a changé de braquet dans l’attitude et suscite de nouveau des espoirs de triomphe majeurs. Des espoirs qui devraient malheureusement vite se briser sur la réalité d’un déclin inéluctable.

Et de dix ! En pleine confiance Gaël Monfils a passé le premier tour à Dubaï en disposant difficilement du solide hongrois Marton Fucsovics. Une dixième victoire consécutive sur le circuit après deux soulevés à Montpellier et Rotterdam, symbole du sérieux et de la belle dimension prise par le Français, solide membre du Top 10.

Un début de saison irréprochable

Pour beaucoup, et moi le premier, Monfils laissera un goût d’inachevé quand viendra l’heure des bilans. Son potentiel athlétique ahurissant, son tennis ultra complet et son mental de guerrier le place pour moi très largement au dessus de tout ce que l’hexagone a connu de tennismen. Sur le papier en tout cas puisque sur le terrain, il reste toutefois en deçà de ses contemporains Tsonga et Gasquet et loin de la référence ultime, Yannick Noah.

Pourtant, du haut de ses 33 ans, il est devenu le leader incontesté du tennis français depuis 18 mois. Plus que ça même, il est l’arbre qui cache la forêt. Alors que les autres « mousquetaires » sont désormais des intermittents du spectacle et que leurs successeurs peinent à émerger, la Monf est le seul à offrir quelques frissons aux supporters tricolores. Plus surprenant, à l’antithèse de sa carrière, il brille maintenant par sa régularité.

Alors qu’il avait l’étiquette d’un joueur fantasque capable du meilleur comme du pire du jour au lendemain, ses trous d’air sont de plus en plus rares. Son début de saison 2020 en témoigne, sans être flamboyant, il a démontré un niveau moyen très élevé pour remporter deux titres consécutifs et ne s’incliner que contre Djokovic et Thiem, les patrons de ce début d’année. D’ailleurs qui pointe juste derrière eux à la Race to London ce lundi ? Gaël bien sûr avec un beau total de 965 points en quatre tournois quand le dernier participant au Masters 2019 en comptabilisait 2 670 en 25 apparitions, de très bon augure.

Une attitude enfin au niveau

Elle est là la principale différence entre ce Gaël et ses précédentes versions, une régularité dans la performance et surtout une capacité à avoir un niveau de jeu minimum bien supérieur à ce qu’il était. Il ne joue pas mieux dans ses temps forts mais il joue moins mal dans ses temps faibles. Ce qui a toujours fait la différence entre les tout meilleurs et les autres, c’est le fait que, même dans un mauvais jour, ils restent durs à battre car ils ont un fond de jeu, un socle bien supérieur à la moyenne. Ils atteignent toujours les derniers tours des tournois car ils limitent les trous d’airs et les coups de mous des premiers matches.

Dis comme ça, ça paraît facile mais c’est la chose la plus difficile à atteindre au tennis car elle demande une abnégation et un investissement quotidien sans faille. C’est ce sérieux dans la préparation qui permet d’automatiser suffisamment ses séquences de jeu pour arriver au niveau de certitude absolue dans leurs schémas que présentent les membres du Big3. Cette constance dans l’entraînement, désormais Gaël en est capable. Pourquoi ? Car il connaît une continuité presque sans précédent dans son entourage.

Adepte du changement, souvent incapable de s’inscrire dans la durée avec un entraîneur le francilien semble s’être stabilisé avec Liam Smith qui le suit depuis plus d’un an. Mais surtout, il semble s’inspirer positivement de sa compagne Elina Svitolina. Sans rentrer dans les gossips, difficile de passer sous silence l’influence que semble avoir l’Ukrainienne, connue pour son sérieux et sa rigueur, sur son conjoint. Une constance et une confiance qui donne de l’ambition au Français qui affiche son désir de passer un palier.

Une prise de conscience trop tardive

Dans un long entretien à l’Équipe hier, le N°9 mondial a encore insisté sur son désir de claquer un Grand Chelem avant la fin de sa carrière. Un appétit légitime au regard de son classement et des moyens qu’il semble (enfin) se donner mais, à mon sens, clairement trop tardif. On l’a vu, Gaël a réussi à améliorer son niveau minimum, celui qui lui donne plus de marge sur ses adversaires de moindre standing. S’il est moins friable et plus constant, il semble à l’inverse moins capable de bousculer les cadors. On l’a vu contre Thiem à Roland Garros 2019 ou à l’Open d’Australie, malgré une préparation cohérente et une attitude irréprochable, il n’a pas existé. Contre l’autre patron Djokovic, il n’a toujours pas gagné en carrière et ses défaites sont de plus en plus sèches.

La prise de conscience du parisien arrive trop tard, à 33 ans il n’est plus à son sommet athlétique. On est désormais loin de la machine de guerre inépuisable qu’il a longtemps été et qui faisait si peur au monde du tennis. Toujours en dessous d’un Big3 qu’il n’a jamais vraiment réussi à bousculer, il est aujourd’hui dépassé par une génération sans complexe qui va prendre la suite. Le prochain vainqueur inédit en majeur est probablement autrichien et, si Gaël peut encore concurrencer la Next Gen de Tsitsipas, Medvedev ou Aliassine, ses jours sont comptés, les courbes se sont inversées. Sa chance est passée.

Finalement, comme souvent, il aura été à contre courant, à contretemps, dans le mauvais timing. Sa maturation aura été trop longue. À l’inverse d’un Wawrinka qui a su aligner les planètes au moment opportun, faire coïncider son climax mental et tennistique avec sa plénitude athlétique, Gaël a trop tardé. La Monf restera le Peter Pan du tennis, celui qui ne voulait pas grandir, celui qui pensait pouvoir gagner des majeurs tout en s’entraînant à la cool, par séquences, en tapant des baskets avec les copains et en se continuant la junk food. Cette attitude immature, qu’un Noah n’a jamais comprise ni acceptée, lui aura sans doute coûté une immense carrière. Il restera un ovni du tennis, attachant, spectaculaire et adoré du public mais un intermittent dans l’histoire du jeu.

Monfils sera frustrant jusqu’au bout tant on aurait aimé le voir dans cet état d’esprit il y a quelques années. J’espère sincèrement qu’il me donnera tort en atteignant enfin une finale majeure cette saison mais qu’il se hâte, il ne lui reste plus beaucoup d’occasions…

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