Medvedev, incarnation de cette insolente nouvelle vague que doit promouvoir l’ATP

Alors que le dernier Majeur de la saison, qui rend ce soir son verdict, a vu Federer et Djokovic être trahis par leur physique, il devient urgent pour l’ATP de préparer un avenir sans ses légendes, en s’appuyant sur de nouvelles têtes.

Quel sport peut se targuer d’avoir vu les trois meilleurs joueurs de son histoire, selon Boris Becker, évoluer en même temps ? Aucun autre que le tennis en ce moment qui subit depuis près de quinze ans le diktat de ces trois immenses champions que sont Federer, Nadal et Djokovic qui, largement trentenaires, ont tout de même raflé les onze derniers majeurs !

UNE PASSATION DE TEMOIN QUI TARDE

Une bénédiction pour le jeu qui pourrait cependant vite poser de vrais problèmes au board de l’ATP. Toutes les bonnes choses ont une fin et les blessures de plus en plus fréquentes du trio rappellent brusquement qu’il faudra bientôt faire sans eux. Pour l’institution qui centre toute sa communication promotionnelle autour du Big 3 depuis plus de dix ans, les lendemains pourraient donc vite déchanter. Sans eux, qui pour continuer à faire suivre le tennis ? Qui pour faire grimper l’audimat et les droits télévisés ? Qui pour faire gagner de l’argent au Grand Chelem ?

Heureusement, une nouvelle génération commence sérieusement à pointer le bout de son nez. Shapovalov, Auger-Aliassime, Kyrgios, Medvedez, Zverev, Khachanov, Berrettini, Tsitsipas, ils sont un paquet à vouloir mettre les papys hors circuit. Cet US Open va d’ailleurs nous offrir une finale Medvedev-Nadal inédite après les déconvenues des tauliers. D’autres jeunots comme Berrettini, De Minaur ou Rublev ont d’ailleurs également marqué le tournoi.

Une bouffée d’air frais sur ce circuit endormi depuis trop longtemps dans une routine sclérosante. Si voir un nouveau joueur ouvrir son compteur en majeur cette semaine reste néanmoins très incertain, Nadal me semblant beaucoup trop consistant pour un Russe légèrement diminué, il m’apparaît clair que ce renouvellement sera, au pire, pour 2020. Cependant, pour que le tennis garde une place de sport majeur médiatiquement, de nouvelles têtes ne suffiront pas.

FEDERER-NADAL : UN DUEL INCOMPARABLE

La parfaite rivalité que nous ont offert le duo hispano-helvète restera unique dans l’histoire. Encore au dessus d’un Borg-McEnroe, une telle opposition de style n’est pas duplicable artificiellement et je ne vois personne capable de prendre le relais, en tout cas à court terme. Il y a du talent dans cette génération mais sans doute pas une future légende en mesure de marquer l’histoire du jeu. En revanche ces jeunes champions millenials ont sans doute quelque chose que leurs ainés, souvent trop lisses voire hypocrites, n’ont pas : une insolence salvatrice.

Soyons clair, à force de vouloir contrôler les comportements de ses champions, l’ATP a créé des cyborgs sans aspérités et aux discours d’une confondante insipidité. Depuis 15 ans, on vit dans le monde des bisounours, jamais un mot plus haut que l’autre, « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » nous dirait Jean Yanne. Ce n’est pas que ces champions manquent de tempérament, loin de là, mais ils sont en permanence dans la communication, ils jouent leur rôle de gendres idéaux et évitent soigneusement d’afficher leurs inimitiés ou leurs désaccords.

Et ça, pour le public, c’est un répulsif ! Pour continuer à attirer des fans qui vont forcément détourner les yeux quand leurs idoles quitteront la scène, il faut tabler sur les caractères plus que sur les talents, visiblement moins brillants. Plutôt que de chercher à les brider par des amendes ridicules, il faut les encourager à donner leur pleine mesure sur le terrain. Le sport est un spectacle et le court doit redevenir le lieu d’expression de personnalités hautes en couleur.

UNE RELEVE CHARISMATIQUE

Le public ne s’y trompe d’ailleurs pas, lui qui plébiscite l’Australien Kyrgios. Ce dernier est le joueur le plus cinglé depuis des décennies, n’a pas de résultat clinquants mais fait pourtant systématiquement salle comble. Et, au delà de son jeu spectaculaire, ce sont surtout de ses incartades dont les fans viennent se délecter. Ils font la queue pour le voir jouer et vrombissent à chaque pétage de plomb ou de raquette. Des frasques pour lesquelles il est pourtant systématiquement sanctionné (certains réclament même une suspension) alors qu’elles font tourner le système…

Même tarif pour Medvedev qui enchante la quinzaine new-yorkaise avec son caractère bien trempé tout en cumulant les sanctions administratives. Ces gamins n’ont peur de rien, ne respectent rien (surtout pas les usages) et ont donc décidé de renverser l’establishement à leur manière, brutalement, et c’est tant mieux. C’est une excellente nouvelle d’entendre Tsitsipas se plaindre du favoritisme dont bénéficierait Federer ou de lire Kyrgios se payer la tête de Nadal ou de Djokovic.

Le sport se nourrit depuis toujours d’antagonisme, de provocation et d’animosité. Le public adorait détester « Jimbo » Connors pour son attitude arrogante et agressive qui en ont fait un tennisman détesté par ses pairs mais adulé par la foule quand le glacial Lendl, tout en contrôle, n’inspirait que de l’ennuie. Pourquoi vouloir brider ces champions, les encourager à enfouir leurs émotions quand ce sont elles qui font vibrer les spectateurs et les incitent à consommer ce sport ?

L’ATP est désormais au pied du mur et doit se réinventer pour continuer à exister face à la concurrence. Plutôt que de changer les formats de matches, qu’elle arrête de vouloir censurer les champions. The show must go on.

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