L’éviction de Boudjellal, symbole de l’immobilisme du rugby français

Evincé aujourd’hui du comité directeur de la Ligue Nationale de Rugby, le président du RCT ne pourra pas tenter de renverser l’ordre en place dans les instances du rugby français. Une preuve de plus que le passage au professionnalisme n’est pas encore une réalité pour le monde de l’ovalie hexagonale.

12 voix, c’est ce qui a manqué au plus emblématique personnage du Top 14 pour avoir enfin son mot à dire sur l’évolution structurelle d’un sport qui continue de lui fermer ses portes. Avec seulement 40 suffrages sur 114 quand il en aurait fallu 52, les huiles de la LNR ont bien fait passer le message : le monde du rugby ne veut pas de lui ! Pourtant, cela n’aurait pas été du luxe de le voir siéger avenue de Villiers…

Un président visionnaire

Véritable trublion du rugby français depuis son arrivée à la tête de RCT en 2006, l’ancien éditeur ne laisse personne indifférent. Exubérant et excessif parfois, novateur et créatif toujours, il a créé un modèle unique et efficace, lui permettant de rapporter trois fois la Coupe d’Europe sur la rade et de révolutionner le rugby français.

Comme Max Guazzini avant lui, il a rué dans les brancards et renversé les codes pour permettre à son sport de grandir. Avec la création d’un modèle économique pérenne, basé sur le développement de l’image, il a fait de son club une marque connue dans le monde entier, attiré les partenaires en masses, fait exploser les droits télé et rempli tous les stades de France.

Combien de clubs peuvent aujourd’hui se targuer d’avoir un compte d’exploitation positif ? Selon les propres rapports de la LNR, ils ne sont que deux en Top 14. Toulon en fait bien évidemment partie. Le club varois a su s’affranchir des dépendances en n’ayant pas besoin de mécène capable de boucher les trous, tout le monde ne peut pas en dire autant…

Une personnalité qui dérange

C’est justement cette indépendance qui a toujours inquiété les caciques de l’ovalie. Sa liberté de ton, ses dérapages pas toujours contrôlés, son mépris affiché de la tradition sont autant de sujets d’inquiétude aux yeux de ses détracteurs.

Sans rentrer dans la parano d’un rugby raciste qui lui ferait payer ses origines algérienne, force est de constater qu’il n’a jamais reçu qu’un accueil frisquet voire glacial de la part du rugby français. Entrepreneur à succès, il n’a jamais joué ou entraîné au rugby et c’est son principal handicap. Il parle de consanguinité et n’est pas loin de la réalité.

Il n’est pas du « milieu » et c’est ce qui fait peur aux parrains du rugby français. Serge Blanco, Pierre Camou ou autre Paul Goze, ces dirigeants en place depuis des décennies et s’accrochant à leur place comme des moules sur un rocher, ont immédiatement vu en cet agitateur un danger pour leur position dominante.

Une success story méprisée du pouvoir

Car oui, il y a des idées derrière l’homme. Ennemi de l’immobilisme, en permanence dans l’anticipation, il pense toujours au coup d’après. Le club varois, l’un de ceux ayant le plus mal vécu le passage à l’air professionnel, s’en est retrouvé transfiguré.

Avec sa politique de stars, l’utilisation de l’image des joueurs pour développer le merchandising, son ouverture à de nouveaux marchés, le RCT a su s’appuyer sur ses forces (sa ferveur populaire et son isolement géographique) pour rattraper puis dépasser tous ses concurrents tout en conservant une cohérence économique. Conscient du futur recentrage du rugby autour de la sélection, Boudjellal a d’ailleurs déjà préparé l’avenir en investissant massivement dans la formation, permettant à son club d’être l’un des meilleurs élèves du championnat à l’indicateur JIFF. Bref, il a tout bon ! Il gère son club comme un entreprise et se pose en parangon du professionnalisme.

Peu de clubs français, quel que soit le sport, peuvent se targuer d’avoir connu une ascension aussi rapide et efficace que Toulon.  En dix ans, le club aura grandi en accéléré. Sur le plan sportif en passant de la Pro D2 au toit de l’Europe, mais aussi sur le plan structurel avec un nouveau centre d’entraînement flambant neuf et un stade complètement refait et enfin sur le plan commercial avec l’ouverture de plusieurs boutiques, d’un restaurant… Mourad Boudjellal laissera une trace indélébile marqué par la réussite. Un succès reconnu par tous mais méprisé et boudé par les instances.

Sa mise à l’écart, un rejet du professionnalisme

Et pourtant le rugby français aurait bien besoin de lui ! En plein marasme, régressant année après année sur l’échiquier mondial, il a désespérément besoin de sang neuf, de nouvelles têtes, de nouvelles idées. Alors que l’heure devrait à l’ouverture, la LNR cultive un entre-soi forcément dangereux et régressif.

Ce rejet, c’est la peur du modernisme pour des présidents qui ont peur de se trouver dépassés par une nouvelle génération de dirigeants qui veulent faire bouger les lignes. Le monde de l’ovalie cultive cette volonté de rester dans un « rugby cassoulet » où règne un amateurisme marron et où les notions d’argent et de professionnalisme sont des gros mots.

« La planche était savonnée pour Mourad Boudjellal« 

René Bouscatel

Cette défaite prévisible de Boudjellal dans une élection jouée d’avance, c’est celle du rugby moderne où un triple champion d’Europe n’a pas voix au chapitre quand les deux promus siègent au comité directeur… Celle d’un rugby français qui refuse d’évoluer, de se renouveler, de se reformer et qui va droit dans le mur !

 

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