Les raisons pour lesquelles Benzema ne doit plus revenir en Bleu

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Malgré les performances irréprochables d’Olivier Giroud, la place d’avant-centre des Bleus reste toujours au centre des discussions. L’ombre de Karim Benzema continue, à tort selon moi, de planer sur l’avenir de l’Équipe de France.

C’est un débat sans fin qu’ont conjointement relancé l’Équipe TV et Canal+ ces derniers jours. Alors que les premiers diffusaient vendredi un documentaire intitulé « Olivier Giroud, le mal aimé », la chaîne cryptée proposait elle hier soir de se pencher sur le « K Benzema ».

Une coïncidence troublante qui remets, encore une fois sur le tapis la polémique sur l’identité du buteur des Bleus. En effet, alors que le gunner semble indiscutable depuis maintenant plusieurs saisons dans l’esprit de Didier Deschamps, nombreux sont ceux qui souhaitent le retour de l’attaquant merengue. Je vais vous épargner toute forme de suspense, je n’en fais pas partie.

Une légitimité sportive discutable

Tout d’abord, soyons clair, Karim Benzema est un immense attaquant, un avant-centre de classe mondiale qui s’est imposé comme indéboulonnable titulaire dans le plus grand club du monde. Ses 182 buts en 376 matches au Real Madrid posent le personnage, c’est une référence à son poste en Europe, je n’en disconviens pas. Pourtant, quoi qu’en disent ses fervents défenseurs, ses performances sous le maillot merengue ne le légitiment pas en Bleu pour autant. En effet, si de bonnes performances en club sont un pré-requis pour être appelé en équipe nationale, c’est sous la tunique tricolore qu’il faut ensuite s’imposer pour gagner sa place.

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Or, malgré un statut d’intouchable pendant plusieurs années, on ne peut vraiment pas dire que Benzema s’est rendu indispensable au jeu de l’Équipe de France, loin s’en faut. Les statistiques sont formelles, face au but, le premier rôle d’un avant-centre, l’ancien lyonnais est clairement moins fort en équipe nationale que son concurrent. Alors que Giroud score 0,42 but par match, Benzema n’en est qu’à 0,33. On oublie facilement que Deschamps lui a donné un paquet d’occasions de s’imposer. Ceux qui appellent de leurs vœux son retour en Bleu devaient sans doute être les mêmes qui ne comprenaient pas l’insistance du basque à le maintenir lorsqu’il trainait sa peine sur les terrains avec une disette record de 1 222 minutes entre juin 2012 et octobre 2013…

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Au delà de ces seuls chiffres, c’est aussi l’impression laissée par le joueur qui me gêne. Combien de beaux souvenirs vous a t-il laissé en Bleu ? Combien de grands matches a t-il marqué de son empreinte ? Alors que je me souviens de l’égalisation de Giroud à la dernière seconde en Espagne, de ses ouvertures du score contre la Suisse, la Roumanie ou l’Islande en Coupe du Monde ou à l’Euro et même de ses buts décisifs contre l’Allemagne en amical, aucun moments mémorables ne me reviennent en mémoire avec Benzema. Les chiffres sont d’ailleurs formels, s’ils sont tout deux loin de la référence Griezmann, le gunner est plus « clutch ». Sur ses 10 buts décisifs (ayant rapporté un nul ou une victoire), il en a scoré 5 en match officiel quand le madrilène n’en est qu’à 1 sur 7, contre l’Albanie en qualifications de l’Euro 2012, mémorable…

Un positionnement problématique

Certains me répondront alors que les buts ne font pas tout et ils auront raison, l’influence sur le terrain peut se ressentir au delà de ses stats. On me dira que la technique en mouvement du madrilène est infiniment supérieure à celle de son concurrent et que sa relation avec Griezmann, Mbappe ou Dembele pourrait faire des étincelles.

Peut-être, cependant, avec Giroud, je pense que Deschamps tient le complément idéal de sa cohorte de techniciens. L’EDF a besoin d’une vraie pointe, d’un point d’appui capable de bouger physiquement la défense centrale adverse, de jouer en déviation pour faire briller les autres, bref de faire le sale boulot. Même Benzema a réalisé ses performances les plus convaincantes sous le maillot tricolore en soutien d’un autre attaquant ou  décalé à gauche. Même constat pour Griezmann, ce dernier n’est impérial en Bleu que depuis qu’il forme avec le Gunner en duo particulièrement complémentaire.

Giroud fait bien jouer les autres au détriment de sa propre visibilité et, ce sens du sacrifice, Benzema ne l’a jamais montré chez les Bleus. Il veut dézoner, toucher la gonfle, participer au jeu alors que Deschamps le veut dans la surface. Avec lui, les Bleus jouaient trop bas, trop loin du but et il ne veut pas faire évoluer son jeu. S’il brille au Real, c’est aussi que l’omniprésence de Ronaldo et Bale dans la surface et leur prise systématique de la profondeur lui permettent de jouer comme le 9 ½ qu’il veut être. Il n’est pas la première gâchette en club, pourquoi vouloir qu’il le soit en sélection ? S’il est particulièrement à sa place dans le schéma madrilène, il ne l’est pas dans celui des Bleus.

Une attitude incompatible

Les jusqu’au boutistes me rétorqueront sans doute que lorsqu’il s’agit d’un joueur du calibre de Benzema, on adapte son schéma pour lui. Pas pour moi et apparemment pas pour Deschamps non plus. Le sélectionneur des Bleus, après avoir voulu construire autour de Benzema puis de Pogba, a trouvé la bonne formule en mettant Griezmann au centre des débats. Tout est fait pour que le colchonero soit dans les meilleurs dispositions possibles et ça fonctionne parfaitement. A 26 ans, il incarne le projet de jeu de l’EDF, il a prouvé qu’il était le taulier, celui qui ne faillirait pas dans les moments clés. Cette équipe est la sienne et s’il faut sacrifier des stars pour cela, comme Jacquet a écarté Cantona et Ginola pour faire de la place à Zidane, il ne faut pas hésiter.

Le problème, c’est où jouerait-il, à quelle place dans l’équipe actuelle ? C’est un excellent joueur, un grand à l’Atlético, mais il évoluerait à quel poste au Real ?

Karim Benzema sur Antoine Griezmann

Comme ses glorieux anciens, Benzema est clairement trop fort pour être mis pris comme remplaçant, comme joker. Il doit être titulaire indiscutable et patron offensif, il n’est pas fait pour être un lieutenant. Ce rôle, il l’accepte auprès de Ronaldo et de ses quatre, bientôt cinq, ballons d’or mais il ne veut pas le tenir pour Griezmann. Sa communication en ce sens est claire,  il se considère comme le meilleur attaquant français, au dessus de son compatriote, jugé pas assez grand pour jouer au Real Madrid. Dès lors, toute réintégration semble compromise, il ne peut y avoir de rivalité malsaine au sein d’un groupe, il faut couper une tête, celle du moins fort, du moins décisif des deux, celle de Benzema.

Ce dernier ne fait d’ailleurs rien pour être réintégré, il bénéficiait cette semaine d’une tribune idéale pour plaider sa cause et, plutôt que de la jouer profil bas, il en a remis une couche sur Deschamps, lui rendant même service. Alors qu’il lui aurait suffit de s’excuser de ses erreurs passées (sextape, accusation de racisme…), d’exprimer des regrets, d’affirmer sa volonté de se mettre au service de l’Équipe de France et de son leader Antoine Griezmann, pour rouvrir vraiment la porte à un retour, il est resté fidèle à sa morgue habituelle. Il dit vouloir revenir en bleu mais ce n’est visiblement pas à n’importe quel prix. Hors de question pour lui de se remettre en question ou de faire un quelconque mea culpa. De fait, et pour le plus grand bien de la sélection, il s’est lui même mis hors jeu, définitivement cette fois.

Benzema a eu sa chance en bleu, Deschamps avait fait de lui SON leader, il est passé à côté faute de performances convaincantes. Aujourd’hui, il ne doit plus y avoir débat, l’avant-centre des Bleus c’est Giroud, premier lieutenant du patron Griezmann.

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