Le tennis américain enfin de retour au sommet ?

En ce jour de gloire pour les Etats-Unis, nous avons pensé à Sport-Vox qu’il était charitable de remonter un peu le moral de nos amis d’outre-Atlantique. S’ils viennent en effet d’opérer un spectaculaire rétropédalage en offrant l’investiture à un réactionnaire sexiste et xénophobe, leur équipe de tennis masculine pourrait également les ramener plusieurs décennies en arrière, pour leur plus grand bonheur cette fois !

Depuis 2003 et la victoire d’Andy Roddick à New-York, le tennis masculin américain traverse une phase inédite pour lui avec une présence plus qu’épisodique au sommet de la hiérarchie mondiale. Habitué aux premières places avec une succession ininterrompue de champions exceptionnels, la Team US a dû se contenter des miettes, bien loin de son faste d’antan. Une décennie loin des projecteurs pour une génération sans saveur mais qui pourrait très bientôt augurer de jours meilleurs avec une armada de jeunes prometteurs.

La plus grande nation du tennis en crise de résultats

1968 est une date charnière de l’histoire du tennis. Alors que depuis plusieurs années les meilleurs tennismen de l’époque, majoritairement professionnels, sont exclus des tournois majeurs où seuls les amateurs ont droit de cité, les règles vont enfin changer. Conscients de risquer de disparaître aux profits des lucratives tournées d’exhibitions, les responsables des tournois du Grand Chelem vont enfin accepter l’ensemble des joueurs et offrir des dotations aux champions. C’est la naissance de l’Ere Open.

  1. 1968-2003 : une domination presque sans partage

Alors que les années soixante avaient vu la domination presque sans partage des australiens, Rod Laver, Ken Rosewall et Roy Emerson en tête, cette transition va opérer un renversement des forces et permettre aux joueurs de l’Oncle Sam de se tailler la part du lion.

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A partir de cette date, ce ne sont pas moins de cinquante titres du Grand Chelem qui vont venir garnir le palmarès de USTA avec douze vainqueurs différents, très loin devant la suède, l’Espagne et la Suisse. Plus impressionnant encore, c’est la régularité avec laquelle les américains remportent ces titres majeurs, entre 1968 et 2003, il n’y a que cinq saisons durant lesquelles ils ont fait chou blanc en Grand Chelem !

Au classement ATP, créé en 1973, même constat. Si la première saison couronnera le roumain Nastase, les trois décennies suivantes seront marquées du sceau de la bannière étoilée. Dix-huit fois sur vingt-neuf, c’est un Yankee qui prendra place sur le trône. Une régularité effrayant doublée d’une densité impressionnante puisque les Etats-Unis est la nation ayant vu le plus de joueurs intégrer le Top 10, très loin devant ses poursuivantes. Connors, McEnroe, Sampras, Agassi, Courier, Chang… des champions d’exceptions à la pelle puis plus rien, ou presque.

  1. Depuis 2003 : une éclipse qui dure

Il a 21 ans, il cogne très dur, surtout au service et va remporter en trois petits sets son premier majeur, à la maison sur le Central Court de New-York, avant de terminer la saison N°1 mondial. Lui c’est Andy Roddick, le Kid du Nebraska. On croit alors avoir assisté à la naissance d’un nouveau super champion made in US, d’un Courier 2.0, pourtant c’est une longue traversée du désert qui s’augure pour le tennis américain.

En effet, s’il a réalisé une carrière en tout point honorable, jamais plus Roddick ne connaîtra de tels sommets, la faute à pas de chance, un peu, et à l’avènement de Federer, surtout. Malgré trois nouvelles finales en Grand Chelem, il ne fera que chuter au classement. Derrière lui, c’est encore pire, aucun autre n’arrive à s’inscrire dans la durée. James Blake et Mardy Fish sont de bons lieutenants mais ne feront que d’épisodiques passages dans l’élite et leurs performances dans les majeurs restent discrètent. A leur retraite, la relève n’existe pas. John Isner, honnête joueur du Top 20, est l’arbre qui cache la forêt. Ils ne sont parfois que deux ou trois dans le Top 100 quand ils étaient onze dans le Top 20 en 1983 !

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Les chiffres sont sans appel, depuis 2012, plus aucun américain n’a pointé son nez dans le Top 10 final d’une saison et John Isner émerge miraculeusement à la 19ème place mondiale après sa finale de Bercy, épargnant aux USA une première historique avec aucun de ses joueurs dans un Top 20 final. Le tennis US semble au plus bas et pourtant l’optimisme est enfin de rigueur outre-Atlantique.

Une jeune génération prête à prendre les commandes

Alors que la fédération américaine s’est longtemps contenté de laisser émerger des joueurs sur leur seul talent en s’appuyant sur des structures privées, elle a finalement décidé de prendre le problème à bras le corps. Les académies telles que celles de Nick Bolletieri intégrant de plus en plus d’étrangers, il a fallu que le tennis fédéral se réinvente.

« La Fédération a aussi longtemps laissé la formation aux académies privées. Le problème, c’est que ces dernières accueillent beaucoup de joueurs étrangers. L’objectif n’était donc pas du tout ciblé sur le haut niveau des jeunes Américains. »

Patrice Hagelauer

  1. Des investissements massifs pour des résultats rapides

Face à ce constat et consciente du retard qu’elle avait pris, l’USTA a enfin compris qu’elle devait encadrer ses meilleurs jeunes. En s’inspirant largement du système français, elle a fondé sous l’égide de Billie Jean King et Patrick McEnroe, des académies fédérales en Floride et en Californie, où l’on peut jouer quasiment toute l’année au tennis. Un programme destiné aux 8-9-10 ans et parrainé par Michelle Obama a même été créé, l’Under 10.

« En dépensant du temps et de l’argent dans la détection, Pat McEnroe et son équipe ont déjà réalisé une percée majeure avec les filles. Je suis persuadé qu’il en sera de même pour les garçons. »

Nick Bolletieri

La prédiction du gourou de Boca Raton, datant de 2013, est déjà proche de se réaliser. Aux Petits As, le mondial des 13/14 ans, les américains ont remporté trois des six dernières éditions et leurs progrès sont plus que notables sur le circuit junior. Alors qu’ils n’avaient remporté que quatre des cinquante-deux éditions des grand chelems juniors entre 2001 et 2013, ils en ont déjà remporté autant en trois saisons, réalisant même un petit chelem en 2015 avec trois joueurs différents !

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Cette politique porte déjà ses fruits sur le circuit ATP. Largués par la France et l’Espagne, les deux nations références chez les hommes, en volume de joueurs au plus haut niveau, les Etats-Unis ont presque refait leur retard en étant la troisième nation la plus représentée dans le Top 100 (7 joueurs) et même la deuxième dans le Top 200 (17 joueurs).

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Ce réservoir est d’autant plus impressionnant quand on s’intéresse à l’âge des joueurs. Alors que les contingents espagnols (10 trentenaires sur 16), et français (9 trentenaires sur 18) vieillissent, le vivier américain est particulièrement jeune avec onze joueurs de moins de 25 ans et même trois teenagers ! A titre de comparaison, les espagnols ont un seul joueur de moins de 25 ans. La Team US semble armée pour faire rapidement beaucoup de dégâts sur le circuit.

  1. Une nouvelle génération bourrée de talents

Alors que Isner et Querrey arrivent tranquillement vers leur fin de carrière, les américains tiennent déjà leur nouveau leader. À 24 ans et malgré une technique qu’on qualifiera poliment de rudimentaire, Jack Sock est aujourd’hui tout proche du Top 20 et progresse régulièrement. S’il n’a pas forcément le profil d’un successeur aux Sampras, Agassi et autres Roddick, il devrait vite s’installer comme une valeur sûre du circuit à même d’encadrer l’éclosion des pépites qui arrivent à toute vitesse.

À la tête de ces jeunes loups, deux phénomènes : Taylor Fritz et Francis Tiafoe. Le premier, qui vient d’être élu « star de demain 2016 » par ses pairs, a tout juste d’avoir 19 ans et compte déjà une finale ATP à son actif pour son troisième tournoi chez les grands ! Déjà pointé au 53ème rang mondial en août, ce grand cogneur d’1m93 devrait très vite toquer à la porte du Top 20, sans doute dès l’an prochain. Le second est un diamant brut, explosif et surpuissant, il est tout proche du Top 100 après y avoir séjourné une semaine en octobre. Plus jeune vainqueur de l’Orange Bowl, il va débuter, à 18 ans, sa première saison complète dans l’élite en 2017 et ne devrait pas tarder à s’y faire remarquer.

Derrière ces deux têtes de pont, ils sont très nombreux à briguer une place au soleil :

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Cette véritable armada de teenagers est impressionnante, c’est bien simple, sur les quinze joueurs de vingt ans ou moins que compte le Top 200 mondial, six sont américains !

En plus de ces espoirs, tous potentiellement capables de briguer un jour la victoire en Grand Chelem, l’équipe américaine pourra s’appuyer sur de solides seconds couteaux pour faire le nombre, Johnson, Harrison, Young, Fratrangelo, Kudla… autant de joueurs solides qui ont encore leurs plus belles années tennistiques à vivre. Bref, n’en jetons plus, le tennis américain est enfin de retour et il va faire très mal !

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