Le retour de Manaudou : tout sauf une surprise

La nouvelle, savamment mise en scène par l’Équipe, a fait le tour du monde en quelques minute : il est de retour après un break de trois  ans. Florent Manaudou va de nouveau éclabousser la planète sport de son talent. Un retour qui fait parler.

Nous avons donc vécu hier un grand moment d’émotion. En une du plus grand (du seul aussi) quotidien sportif de France, apparaissait, tous muscles saillants, le beau gosse de la natation tricolore. Surprise, stupeur, non que dis-je, effarement dans le petit monde des bonnets acryliques et des torses épilés : le champion olympique de Londres replonge à l’étonnement de tous ! Non, je déconne, ne croyez pas que ses adversaires soient rentrés en catharsis depuis l’annonce puisqu’il doit s’agir du come back le plus prévisible de l’histoire du sport…

Un retour certainement prémédité

Soyons clairs, dès le jour où il a annoncé son « retrait » des bassins, le monde entier savait qu’il faudrait, sauf surprise, compter avec lui pour Tokyo. Qui a sérieusement pensé que sa retraite, prise à 26 ans dans une discipline où le champion olympique en a 35, serait définitive ? Pas grand monde à mon avis… La seule véritable question qui se posait alors était de savoir à quel moment il annoncerait son retour.

En effet, si dans beaucoup de sports, les come-backs sont rares, c’est loin d’être le cas de la natation où faire « un break » serait plutôt la norme. Tous les grands y sont passés et c’est parfaitement normal tant ce sport demande un investissement quotidien particulièrement usant. Franchement, s’envoyer vingt bornes par jour à regarder défiler les carreaux d’une piscine, il y a de quoi virer cinglé. Dès lors, s’aérer l’esprit après une olympiade réussie, c’est plutôt une bonne idée pour se lancer dans un nouveau cycle.

Car oui, dans l’esprit de Manaudou, Tokyo n’est bien sûr qu’une étape sur la route de son véritable défi, Paris 2024. Difficile d’imaginer que l’attribution des Jeux à notre capitale n’a pas joué dans sa décision, non pas de revenir, mais bien de s’arrêter !  Vous allez me dire que l’officialisation de la ville hôte de la XXXIIIème  n’avait pas eu lieu lors de son annonce mais ce n’était déjà qu’un secret de polichinelle.

Il replonge au bon moment

Alors quand le gaillard nous explique qu’il a eu un « déclic » en décembre dernier, j’ai franchement du mal à y croire. Comme j’ai du mal à croire que cette pause de trois ans n’entrait pas dans une stratégie prédéterminée dans l’optique de durer physiquement et mentalement. Dans ce sport, ils sont rares ceux avoir réussi à faire leur carrière d’une seule traite, sans passer par des chemins de traverse et le garçon a eu trop d’exemples autour de lui pour ne pas chercher à anticiper. J’ai toujours vu en Manaudou un garçon à la tête bien faite capable de s’inspirer des erreurs des autres et son parcours, dissemblable de celui de sa sœur, en témoigne.

Contrairement à Laure ou à son coéquipier Yannick Agnel, tout deux en plein burn out au moment de s’arrêter, il a toujours semblé maîtriser ses choix et le timing de sa carrière. Alors que certains attendent d’être au bout du rouleau, d’avoir fait la ou les saisons de trop pour dire stop, il a mis le clignotant avant, alors qu’il était encore au sommet de sa discipline. En s’arrêtant, il posait déjà les jalons d’un retour, il préservait ses chances de pouvoir s’inscrire dans la durée et de marquer un peu plus de son empreinte, l’histoire de son sport.

À l’instar d’autres sports « olympiques », les nageurs ne vivent que pour les cinq anneaux. En dehors de cet événement planétaire, point de salut, point de reconnaissance ou de contrats mirifiques. Et finalement, durant cette parenthèse 2016-2018, il n’a rien raté d’essentiel. Mondiaux ou autres championnats d’Europe n’ayant pas la même caisse de résonance médiatique, le grand public, qui ne s’intéresse à la natation que tous les quatre ans, n’a pas eu l’occasion de l’oublier. Son étoile n’a pas eu le temps de se ternir qu’il est déjà de retour. Pire, son come-back va lui offrir une attention dont il n’aurait pas disposé s’il ne s’était pas arrêté.

Une concurrence à sa portée

Le timing de sa retraite était donc idéal et celui de son retour l’est tout autant. Il lui reste cinq ans pour retrouver les sommets tout en conservant de réelles chances de briller à Tokyo. Les prochains jeux sont dans dix-huit mois et, s’il ne lui en faudra pas moins pour espérer y être compétitif, c’est un laps de temps suffisant pour retrouver une forme lui permettant d’y jouer un vrai rôle. Contrairement à ce que certains de mes confrères ont pu écrire, envisager de voir le solide nageur sur le podium tokyoïte n’a rien d’un fantasme.

Il en est aujourd’hui évidemment loin mais je prend le pari qu’il va très vite retrouver un très haut niveau. Déjà parce qu’il n’a pas complètement coupé pendant trois ans et s’entraînant au quotidien au handball mais, surtout, par la nature même de son épreuve favorite. Le 50m demande des qualités naturelles d’explosivités et de puissance beaucoup plus aisées à récupérer que l’aérobie et la glisse exigées, par exemple, sur 400. Son départ va vite redevenir le meilleur du circuit, quant à sa technique plutôt  rudimentaire, il y a ainsi peu de chances qu’il l’ait perdue…

Enfin, en son absence, la concurrence n’a pas renversé la table. Ben Proud, son futur partenaire d’entraînement, et Caleb Dressel ont beau être arrivés, ils sont aujourd’hui les seuls à sembler inatteignables dans un futur proche. Le podium des derniers championnats d’Europe s’est ainsi joué en 21s68, une blague pour Manaudou… Laissons lui quelques mois pour reprendre sa musculature d’antan et je prend le pari qu’il sera dès cet été sous les 22 secondes, à portée des meilleurs.

Si la communication de son retour a été particulièrement soignée ne soyons donc pas dupes, il correspond certainement à un plan de carrière minutieusement préparé dont l’apothéose est prévue pour 2024.

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