Le foot aux JO, il est temps que ça se termine

Surclassés en demi-finale de l’Euro, les espoirs avaient pourtant déjà assuré l’essentiel avec une qualification pour les JO. L’occasion de s’interroger sur la pertinence de la présence du football dans la grand messe du sport.

La belle aventure des bleuets en Italie s’est donc achevée hier soir par une très lourde défaite contre leurs homologues espagnols. Un échec qui semblait inévitable tant leur niveau de jeu avait déçu durant la phase de poules. Pourtant, malgré une équipe jamais enthousiasmante, cet Euro restera comme une indéniable réussite pour les hommes de Sylvain Ripoll qui ont réussi ce que tous leurs prédécesseurs rataient depuis plus de vingt ans : décrocher un sésame olympique.

Les JO : un grand moment pour les joueurs

Une très bonne nouvelle pour le sport français qui pourrait faire carton plein sur les sports collectifs masculins et qui s’offre une nouvelle chance de médaille. Car oui, se qualifier est peut-être le plus dur sur la route d’une breloque tant les quotas sont défavorables aux européens. Alors que le vieux continent domine le monde du football comme jamais (les quatre dernières coupes du monde et un 4/4 en demie l’an dernier), il ne bénéficie que de quatre tickets pour le tournoi olympique. Une misère qui place automatiquement ces lauréats parmi les favoris.

De surcroît, il se pourrait que l’équipe alignée n’ait pas grand chose à voir avec celle qui a obtenue la qualification cette semaine. En effet, le règlement stipule que sont éligibles les joueurs nés à partir du 1er janvier 1997, excluant par la même certains demi-finalistes de cet Euro tout en laissant la porte ouverte à certains éléments des A. Kylian Mbappé, déjà indiscutable à l’échelon supérieur a d’ailleurs déjà secoué internet en affichant son intérêt pour la compétition. Si vous ajoutez à cela, la présence autorisée de trois « cadres » nés avant la date butoir, ça laisse la place à l’imagination…

Car oui, quoi qu’en disent certains observateurs, il y a des joueurs qui aiment cette compétition. Nombreux sont ceux qui aimeraient la disputer, pas forcément la remporter, mais vivre l’expérience olympique. Au-delà de l’aspect sportif, partager ce moment unique avec les autres athlètes a de quoi faire rêver. Défiler pour la cérémonie d’ouverture, aller encourager les escrimeurs ou les nageurs, découvrir le village olympique… autant de spécificités qui attirent plus qu’aller soulever un trophée mineur.

Un enjeu sportif discutable

Et c’est bien là tout le problème, en 2020 la médaille olympique ne sera pas un objectif prioritaire pour les footballeurs. Pour eux, les regards et les ambitions seront tournés du côté de Wembley et la finale de l’Euro. Entre les deux compétitions, aucune hésitation, c’est le trophée Henri Delaunay qui obtient tous les suffrages. D’ailleurs, le CIO l’a bien compris en n’instaurant pas une concurrence frontale avec la compétition majeure de l’UEFA. Alors que cette dernière rassemblera la crème des joueurs européens, les JO eux devront se contenter des U23. Pour résumer, les Jeux sont une compétition secondaire, annexe, accessoire…

Une véritable aberration lorsque l’on regarde les autres sports olympiques. Pour tous, la médaille est le graal absolu. Que ce soit pour les bastions traditionnels de l’olympisme comme l’athlétisme ou la natation ou les autres sports collectifs. Basketteurs et handballeurs ne s’y trompent pas, la compétition internationale qu’il faut remporter une carrière, ce sont les Jeux, loin devant les championnats du monde. Et c’est très bien comme ça ! Il est tout simplement absurde et insensé qu’on devienne médaillé olympique sans avoir eu à défier les cadors de sa discipline. Le champion olympique doit être taulier de son sport. Alors que des idoles comme Federer ou Woods s’y préparent frénétiquement, le football envoie des gamins au palmarès vierge pour le représenter, c’en est presque une insulte.

Le public ne s’y trompe d’ailleurs pas. Le football aux JO, tout le monde s’en tape. En dehors du Brésil qui avait une revanche à prendre sur 2014 et qui en a fait un événement à Rio, les audiences du tournoi olympique sont d’une tristesse incommensurable. Et je n’évoquerai même pas le format incompatible de ce sport qui oblige les organisateurs à le faire débuter avant même la cérémonie d’ouverture. Soyons clairs, le football n’a pas sa place aux JO !

Des alternatives séduisantes

Et pourtant, il y aurait des moyens de faire vivre le ballon rond lors de ces olympiades autrement qu’en passant par le format traditionnel. Le rugby, pour une fois, l’a bien compris en ne mettant pas en avant son habituel jeu à XV, impossible à adapter à un format de quinze jours de compétition et dont les matches, trop longs, ne correspondent pas au mode de consommation des Jeux. Durant cette quinzaine, les fans ne sont pas les mêmes que le reste de l’année. Ce sont des consommateurs occasionnels et chauvins qui veulent voir de tout aux couleurs de leur pays. Ils veulent pouvoir enchaîner rapidement une épreuve de natation, un combat de judo et un assaut d’escrime et voir tomber régulièrement des médailles.

Ces exigences étant incompatible avec les rencontres du rugby classiques, longues et souvent compliquées à appréhender, l’IRB a intelligemment décidé d’opter pour  le 7. Ses mi-temps de sept minutes, son mouvement permanent, son jeu spectaculaire et facile à comprendre ont immédiatement séduit les néophytes tout en comblant les spécialistes. Une véritable réussite dont la FIFA pourrait s’inspirer pour redynamiser sa présence olympique. Sans chercher bien loin, le Futsal ou le Beach-Soccer, sports déjà très structurés, seraient deux très solides candidats.

Choisir l’un de ces sports à la place du football traditionnel remplirait toutes les cases logistiques : une seule arène dans la ville organisatrice plutôt que plusieurs disséminés aux quatre coins du pays, des formats de compétition adaptés qui tiendraient en deux semaines et des matches courts plus faciles à intégrer dans une diffusion. Les Jeux Européens, qui se déroulent en ce moment, le prouvent avec de superbes audiences en prime pour le beach-soccer. Mais surtout, les Jeux seraient un sommet sportif pour ces athlètes et il ne serait pas question d’y envoyer des seconds couteaux…

À l’heure où le CIO cherche à moderniser ses Jeux et à séduire un public plus jeune il va falloir qu’il se penche sérieusement sur la question du football qui ne correspond définitivement pas à cet objectif et à l’esprit olympique. Le football n’a pas besoin pour exister des Jeux qui le lui rendent bien, le divorce me semble dès lors une impérieuse nécessité.

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