Le coaching en tennis : Mouratoglou rouvre le débat

Sans doute échaudé par le pétage de plomb de sa joueuse lors du dernier US Open, Patrick Mouratoglou s’est fendu hier d’un véritable plébiscite pour l’autorisation du coaching pendant les matches de tennis. Un exercice plutôt réussi mais qui soulève des questions.

Jouons carte sur table, je connais bien Patrick pour avoir travaillé avec lui, enfin plutôt pour lui, pendant plusieurs années et j’apprécie le bonhomme. Même si certaines de ses positions, son impatience chronique et sa très (trop ?) grande attirance pour la lumière peuvent parfois agacer, il faut reconnaître que sa passion dévorante pour le jeu, ses connaissances et ses compétences ne sont plus à démontrer. En l’occurrence, son plaidoyer est plutôt même bienvenue dans un sport qui a parfois du mal à évoluer.

Avant toute chose, je vous laisse lire (ou relire), l’intégralité de la tribune qu’il a donc diffusé hier sur ses réseaux sociaux :

LE COACHING EN MATCH

Depuis l’incident ayant entouré la finale de l’US Open, le débat sur le coaching durant les matches professionnels de tennis est une fois de plus relancé. Certaines instances internationales avaient déjà validé de sérieuses avancées, mais toutes vont devoir se positionner dans les mois à venir.

Ce sujet m’a toujours tenu à coeur. Pas uniquement parce que je suis coach, mais également parce qu’il est symptomatique de l’affrontement de deux courants au sein des dirigeants de notre sport dans le monde : les traditionalistes et les modernes.

L’issue du débat sur le coaching est essentielle à mes yeux, à la fois pour ses conséquences sur le regard porté sur le coaching, mais également parce qu’elle aura une influence sur l’évolution de la popularité de notre sport. Réformer le statut sur le coaching enverra le message clair que le tennis se prépare à être compétitif sur le marché du sport ; conserver ce statut tel qu’il est aujourd’hui le contraindra, je pense, à n’être plus suivi que par les inconditionnels. Le tennis doit réussir à se moderniser pour acquérir de nouveaux fans.

Autoriser le coaching dans un univers qui le mettra en valeur me semble être la prochaine réforme majeure que le tennis doit entreprendre, et ce pour les raisons que je vais évoquer ci-dessous. 

1/ Parce que le coaching mérite d’être reconnu et valorisé.

En effet, il constitue un élément essentiel à toute performance sportive. Pourtant, en continuant de l’interdire, le coaching devient presque honteux aux yeux du public, comme s’il devait être caché.

En revanche, en l’autorisant en compétition, en le mettant en scène pour que le spectateur profite du spectacle, le coaching prend une place  centrale. Je suis fier d’être coach et je souhaite que ce métier, que je considère comme l’un des plus beaux du monde, soit enfin reconnu à sa juste valeur.

2/ Parce que le tennis est le seul sport à refuser au coaching en compétition d’exister.

Dans tous les autres sports, qu’ils soient individuels ou collectifs, le coaching pendant les compétitions fait partie intégrante de la performance.

Le golfeur discuter les options tactiques avec son caddie tout au long du parcours ; le boxeur écoute les conseils de son coach dans son coin entre chaque reprise ; le coach de football crie ses directives le long de la touche pendant tout le match est retrouve ses joueurs à la mi-temps ; celui de basket appelle un temps mort pour recadrer ses troupes ; etc. Les exemples sont légions et le tennis continue à faire figure d’exception. 

Le tennis sera peut-être le dernier sport à accorder au coaching le traitement qu’il mérite, mais mieux vaut tard que jamais.

3/ Parce que le coaching en match apporte énormément à la qualité du spectacle et résout de nombreux problèmes auxquels notre sport est confronté.

À la conquête de nouveaux fans, le tennis doit réussir deux paris : permettre au public de cerner les subtilités du jeu et lui donner la possibilité de s’investir émotionnellement en s’identifiant, en ressentant l’émotion positive ou non à l’égard de chacun des joueurs pendant les matches. Le coaching en match apporte une solution à ces deux problématiques.

Les échanges verbaux entre le joueur et son coach portent sur les enjeux tactiques et techniques et donnent un éclairage sur lequel put rebondir le commentateur sportif pour apporter toute la lumière sur les enjeux du match.

Par ailleurs, le coaching sur le court donne parfois lieu à de véritables scènes d’anthologie. De nombreux joueurs laissent le stress les submergerai les échanges s’enflamment. Ils sont parfois drôles, parfois tumultueux, mais à chaque fois ils font recette sur les réseaux sociaux, car ils placent la dramaturgie au coeur de notre sport. Même lorsque le dialogue coach/joueur ne se déroule pas sous extrême tension, il révèle la personnalité des protagonistes et permet au téléspectateur de s’identifier.

4/ Enfin parce qu’il est grand temps de sortir, joueurs et coaches, de cette situation hypocrite.

La quasi-totalité des coaches intervient verbalement ou par signes (ou les deux)durant les matches et souvent même entre chaque point. Les joueurs connaissent cette pratiquent la réclament auprès de leur coach. Les arbitres sont parfaitement au fait de ces usages et ferment les yeux(dans leur immense majorité)dans la mesure où le coaching ne devient pas trop voyant . Les instances dirigeantes n’ont jamais donné de directives aux arbitres pour plus de sévérité dans ce domaine puisqu’elles connaissent exactement l’état de la situation.

Pour toutes ces raisons, il est temps que nos dirigeants modifient le statut du coaching pendant les matches et y mettent un cadre administratif clair. Il est temps d’autoriser et de structurer – ce que la WTA a initié pour tous les tournois hors Grand Chelem depuis 2008 – des pratiques quotidiennement tolérées sur tous les terrains du monde depuis des décennies et ainsi apporter à notre sport une dimension essentielle pour pérenniser son développement.

Patrick Mouratoglou

Alors oui, le coach de Serena Williams prêche pour sa paroisse. Son texte est une véritable apologie de sa profession en même temps qu’une justification de la réaction de sa joueuse et une subtile invective à l’encontre de Carlos Ramos, l’arbitre de la dernière finale mais il serait injuste de réduire ses motivations à l’envie de voir son impeccable brushing passer encore plus souvent sur les écrans. Non, Patrick a toujours eu une vision à long terme de son sport et de ses nécessaires évolutions.

En l’espèce, son avis rejoint en partie le mien en l’idée que le tennis  doit enfin se mettre au niveau des autres sports majeurs. Par prioritairement pour une notion de spectacle comme le suggère Patrick mais surtout car, au vu de l’énorme implication du coach dans la vie et les performances de l’athlète, il me semble au minimum saugrenu d’interdire cette relation au moment même où elle prend le plus son sens. Au tennis comme ailleurs, les titres ne se gagnent pas seuls et il me paraît désuet de continuer à exclure les entraîneurs à l’instant décisif.

Vers une minimisation du duel ?

Cependant, ne nous y trompons pas, un tel changement tiendrait plus de la révolution que de l’évolution. En effet, autoriser le coach à intervenir modifierait l’essence même du tennis de haut niveau qui s’apparente souvent à un véritable duel psychologique entre deux hommes. La principale difficulté de ce jeu réside dans la capacité d’adaptation mentale à ce que nous propose notre adversaire. Combien de fois avons-nous pu voir un joueur se liquéfier après avoir largement mené face à un adversaire théoriquement moins fort techniquement ? Pourquoi ? Car l’un des deux avait déniché une clé tactique auquel son adversaire n’a pas trouvé de parade.

Dans l’effort, il est tellement difficile de garder la tête froide que certains peinent à trouver des solutions qui peuvent paraître évidentes vu de l’extérieur. Ils jouent à l’envers et s’effondrent. Avec l’intervention de leur entraîneur, ils auront ces solutions sans avoir besoin de les chercher et le combat psychologique y perdra inévitablement. Fabrice Santoro aurait-il pu « rentrer dans la tête » d’autant de ses adversaires si le coach adverse avait pu décrypter en temps réel ses intentions ? Aurait-il autant fait de Marat Safin sa chose ? Difficile à dire…

La question méritait d’être posée, elle l’a été avec clarté et talent, mais le plaidoyer de Patrick me paraît donc un peu incomplet. À l’heure où le tennis s’uniformise, mettre en jeu le coach pourrait ainsi avoir l’effet inverse de celui recherché par l’entraîneur de Serena en réduisant encore les oppositions de style. Si les joueurs n’arrivent plus à se surprendre, ne se dirigerait-on pas des combats avec moins de rebondissements, plus prévisibles et nuisant donc à l’intérêt qu’ils provoquent ? En voulant rendre plus spectaculaire les intermèdes, c’est le spectacle principal qui pourrait en pâtir. Gilles Simon, David Ferrer et tous les maîtres tacticiens du circuit auront du mal à exister si leurs stratagèmes perdent en efficacité.

L’uniformisation des surfaces déjà a tué les serveurs-volleyeurs au profit des lance-roquettes de fond de court, méfions nous de ne pas définitivement faire des joueurs des cyborgs téléguidés. Où alors, confions le coaching directement aux arbitres, Mohamed Lahyani a montré la voie…

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