L’Australian et les thèmes astraux des joueurs stellaires

Les premiers échanges de la balle jaune à l’autre bout du monde sur les stades de Melbourne Park vont susciter l’intérêt des fans de Tennis à plusieurs titres.

Le particularisme, pour nous européen, de ce tournoi du grand chelem ayant eu plusieurs vies, tient d’abord à ses horaire et le décalage qui en découle. Le monde a des cadrans qui épousent nos activités biologiques et sociales.  Rythme et habitude dans la musique des jours, les dissonances de cette quinzaine atypique vont dérégler l’horlogerie interne de notre fonctionnement. Ce tournoi nous arrache de notre lit et laisse un peu de notre sommeil, le meilleur, dans des draps chauds délaissés par la passion. Le tennis, un prétexte comme un autre pour s’émouvoir et s’étourdir à toutes les heures de tous les jours de toutes les saisons.

L’intérêt du monde résidera dans ce second rebond de balle à éviter ou à provoquer, jaune et déterminée comme un gilet à un rond-point, la balle est cet instrument de langage entre deux muets, embarquée simultanément dans des soliloques d’adresse et d’endurance. Car au-delà de l’incertitude du tournoi qui s’ouvre et du couronnement d’un habituel monarque ou d’un nouveau lauréat, aspirant à le devenir, les perspectives de cet OA oscillent entre  continuité ou confirmation.

La  continuité et renforcement d’un ordre que l’année 2018 a rétabli dans le partage des lauriers entre les trois monstres du tennis moderne qui se sont découpés le butin du grand chelem en part quasi égale,  ou la confirmation d’une opposition qui ne semble être plus qu’incarnée par le visage d’Alexander Zverev, menace bien plus réelle que les fantomatiques Dimitrov, Nishikori ou Kyrgios, comme en atteste son coup de maitre à Londres l’automne dernier.

L’open d‘Australie n’est pas seulement le vrai début de la saison tennistique, c’est également la malheureuse entame de la dernière et macabre danse de Murray. L’Ecossais, meurtri dans l’ossature, abdique et clôturera sa valse aux adieux sur le centre de gravité du jeu, le All Englanc Center Court de Wimbledon. Si la santé lui prête un répit d’un semestre. Le talon achilléen ou la hanche « Andienne », les faiblesses des hommes et des héros se ressemblent sans se confondre. L’immortel est dans les souvenirs et non dans la nature.

Nadal, le sisyphien poursuit son combat avec la douleur, le corps et le je unis contre le jeu, les principes du jeu Nadalien restent des éléments de dialogue contrariés. Si ses genoux, sa cuisse, ses abdominaux et sa cheville le laissent en paix quinzaine durant, le majorquin sera le concurrent principal du nouveau monarque qui est assis sur le trône avec assurance et inéluctabilité sur cette deuxième partie de saison 2018.  

Djokovic a retrouvé les instruments pour imposer son autorité sur le circuit, retour de service, longueur de balle, jeu de jambes, couverture de terrain, résilience physique et mentale, rejet viscéral de la défaite et coach des premières victoires. Un arsenal impressionnant pour une domination quasi totale que l’on n’attendait plus. Il retrouve aux antipodes des lieux et des parfums qui lui vont comme un charme (six trophées pour le Joker à Melbourne, comme Federer et Emerson) et c’est sur ce central qu’il a débloqué son compteur en grand chelem.

Dans le prolongement du retrait forcé d’Andy Murray, il y a celui, tutélaire, de Roger Federer inscrit en filigrane dans l’horizon du temps. Encore indéterminé, il nous pousse à nous présenter aux convocations de l’Histoire de ses représentations. Le mage helvète a encore quelques présents à offrir dans l’épiphanie du talent.  

Le monde est irrationnel, mais le jeu peut le recouvrer d’une beauté et d’une harmonie. L’enjeu et l’attente de ce tournoi dépassent les limites des courts qui l’abritent. L’homme est à la fois la merveille et le désastre le plus accompli du monde disait Sophocle.  Le désastre semble inépuisable mais les merveilles dont il fait preuve nous surprennent toujours dans l’illumination de l’instant de leur création.

Ni Bonjour, bonne nuit ou bon réveil à l’heure où les névrosés, les passionnés, les endurcis, les enragés, les curieux, les insomniaques se lèveront pour assister à l’évènement, fixation du mouvement du temps.

Un Khairé, juste un Khairé, pour nous réjouir de ceux qui, sur le départ, nous promettent les dernières prouesses de leurs talents. Bon tournoi à tous.

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