L’AS Monaco, symbole des dérives du mercato d’hiver

Depuis quinze jours, le marché d’hiver bat son plein, animé en France par une équipe, l’AS Monaco. Une hyperactivité qui interpelle.

Depuis 1997, date de son instauration, le marché d’hiver des transferts divise le monde du football. Nombreux sont ceux qui s’interrogent ouvertement sur son utilité mais également sur son respect de l’équité sportive. Cette année, le club de la principauté relance un débat jamais vraiment fermé.

Révolution de palais à Monaco

Lyle Foster, Naldo, Fodé Ballo-Touré,  William Vainqueur, Cesc Fabregas en attendant Michy Batshuayi, François Kamano voire David Luiz, on ne peut pas dire que Thierry Henry fasse les choses à moitié pour son premier mercato comme entraîneur d’une équipe professionnelle ! Ce sont ainsi a minima sept joueurs qui vont rejoindre l’effectif des vice-champions de France durant ce marché des transferts. Un chiffre conséquent.

Mais au-delà de la quantité, c’est le profil des joueurs qui surprend. En effet, il ne s’agit pas de jeunes joueurs qui n’auraient vocation qu’à préparer l’avenir. Bien au contraire, presque tous sont des footballeurs confirmés ayant vocation à s’installer directement dans le onze de départ de l’ancien gunner. Anciens cadors de gros clubs du continent ou valeurs sûres de Ligue 1, ils ne sont pas là pour jouer les doublures.

Et c’est bien là tout le problème ! Avec autant de nouveaux joueurs, Monaco s’offre un lifting en profondeur et n’aura plus grand chose à voir avec l’équipe affligeante de la première partie de saison. Si tous ne réussiront pas, il paraît hautement improbable que cet apport hivernal ne change pas le rendement de l’équipe de Falcao. On l’a déjà constaté dimanche dernier au Vélodrome où les monégasques ont montré un visage parfois séduisant avec aux commandes un Fabregas déjà chef d’orchestre et un Ballo-Touré rayonnant.

La création d’une inéquité sportive

Une prestation qui, en plus de gêner leur hôte du soir, a du faire grincer quelques dents chez les autres prétendants au maintien qui voient clairement un rival s’échapper. Car il est désormais clair que ce groupe là n’aura aucun problème à échapper à la relégation quand celui de décembre n’apportait aucune garantie. Un problème se pose alors, comment un club peut-il aligner autant de nouveaux visages en pleine saison sans remettre fondamentalement en cause l’équité sportive du championnat ?

Alors bien sûr que Monaco n’enfreint aucune règle et qu’il montre même encore une fois sa maestria en termes de recrutement. Boucler autant de recrues d’une telle qualité en si peu de temps prouve que la cellule asémiste avait bien préparé son coup et pourrait donner des leçons à certaines de ses consoeurs… Mais le problème est ailleurs, ce coup de force confirme une nouvelle fois la dictature du portefeuille dans le football professionnel. Globalement, on peut se permettre de faire n’importe quoi durant l’intersaison sans en payer les conséquences, il existe toujours un rattrapage pour les plus fortunés.

Cette seconde chance, Guingamp ou Amiens ne peuvent se l’offrir et vont devoir faire avec leur effectif du début de saison pour arracher leur survie. Non content de lutter à armes inégales financièrement, ils ne peuvent même pas compenser par une meilleure gestion d’effectif. En plein milieu de la partie, les règles changent pour l’un des participants. Un peu, comme si à la mi-temps d’une rencontre, un coach qui avait fait les mauvais choix avait le droit de changer l’intégralité de son équipe. Ça paraît inconcevable mais c’est concrètement ce qu’il se passe avec l’ASM : Ils ont tout raté cet été alors ils changent tout.

Une régulation indispensable

J’ai clairement l’impression qu’on atteint là les limites d’un système et que ce fonctionnement vire à l’absurde. La mobilité des joueurs, déjà très forte, a encore passé un cap cette année puisque ceux qui changeront de clubs cet hiver pourront désormais disputer la Coupe d’Europe avec leur nouvelle équipe. Une impossibilité jusque là qui ne va pas aller dans le sens d’une régulation des marchés…

À un moment donné, il va falloir remettre de l’ordre là-dedans. On ne peut crédibiliser une compétition si l’équipe qui la termine n’a rien à voir avec celle qui l’a débutée. Si le mercato d’hiver ne me gêne pas en tant que tel, il me paraît indispensable de le réguler pour en refaire ce qu’il n’aurait jamais du cesser d’être, un marché d’ajustement. S’il doit permettre de compenser une grave blessure ou de rééquilibrer un effectif, il ne doit plus être l’occasion de reconstruire complètement une équipe comme le fait actuellement Monaco.

Les clubs devraient ainsi être modérés dans leurs investissements pour rester dans les limites du raisonnables. Puisque l’on ne peut inscrire que trois joueurs supplémentaires en Coupe d’Europe en fin janvier, pourquoi ne pas limiter tout simplement le nombre de recrues à trois lors du mercato ? À défaut de le supprimer comme le souhaitent certains, cela limiterait néanmoins son impact en récompensant le travail des clubs ayant une vraie cohérence dans leur politique de recrutement tout en canalisant les plus prompts à sortir le chéquier.

Avec l’instauration du Fair-Play Financier, l’UEFA a prouvé vouloir encadrer les dépenses des clubs, il est désormais temps qu’elle se penche sur les problèmes posés par ce décrié marché hivernal.

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