L’armée au service des sportifs de haut niveau

Une centaine de sportifs de haut niveau sont sous contrat civil ou militaire avec l’armée, ce qui leur permet de vivre de leur sport mais aussi d’envisager une reconversion. D’un autre côté, ces athlètes servent de modèle en interne à la Défense pour promouvoir la pratique du sport, essentielle au métier de militaire. Un contrat gagnant-gagnant.

La professionnalisation des armées a entraîné des ajustements au niveau de l’organisation du sport militaire. En 2002, le mythique Bataillon de Joinville, qui a accueilli plus de 21 000 athlètes en 45 ans, est alors mis en sommeil. Cette évolution a rendu nécessaire la mise en place d’un dispositif spécifique regroupant les Sportifs de haut niveau de la Défense (SHND). Le 8 avril 2003, le ministre de la Défense et le ministre des Sports signent un accord-cadre pour le développement du sport de haut niveau et du sport pour tous au sein des armées. Une étape supplémentaire est franchi avec l’accord-cadre interministériel du 4 mars 2014, qui confie au commissaire aux sports militaires, commandant le Centre National des Sports de la défense (CNSD), la responsabilité de ces sportifs regroupés au sein de l’« Armée de champions ». De ce fait, le Bataillon de Joinville est réactivé au sein du Centre National des sports de la Défense en juin 2015.

Pour illustrer l’influence de l’armée dans le sport de haut niveau, il suffit de se pencher sur les Jeux Olympiques d’hiver de PyeongChang, où l’équipe de France était composée de 107 athlètes (44 femmes et 63 hommes), dont 18 sportifs appartenant à l’armée de Terre ou à la Gendarmerie nationale, soit 17 % de la délégation française. Plusieurs de ces athlètes étaient déjà présents aux JO de Sotchi en 2014, où l’Armée de champions avaient grandement contribué au palmarès tricolore en remportant pas moins de 40 % des médailles. Lors des olympiades coréennes, c’est  46,7 % de médailles et 80 % de breloques en or. Pour emmener cette délégation tricolore, le Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) avait désigné le Sous-lieutenant Martin Fourcade, devenu l’exemple le plus criant de réussite. Si le biathlète Catalan sert évidemment de modèle en interne aux armées, il représente également la Défense et ses valeurs dans la société civile, devenant le trait d’union entre l’armée et la Nation.

Défense et sport paralympique : une collaboration renforcée

En mars 2014, le ministre de La Défense, JeanYves Le Drian co-signait donc – avec le ministre de l’Interieur, Manuel Valls, la ministre des Sports de la Jeunesse, de l’Education Populaire et de la Vie associative, Valérie Fourneyron, et la ministre déléguée aux Personnes handicapées et à la Lutte contre l’Exclusion, Marie-Arlette Carlotti – le renouvellement de l’accord-cadre datant de 2003, mais désormais complété d’un protocole additionnel au profit des militaires blessés. La collaboration entre ces quatre ministères s’inscrit dans le cadre du développement de la pratique du sport pour tous et de haut niveau. Dans leurs domaines respectifs, les ministères s’engagent alors à donner les moyens nécessaires à la pratique du sport pour les militaires blessés, tout en apportant un accompagnement vers leur réinsertion et leur reconversion. Le protocole prévoit aussi des opérations dans le domaine de la recherche ergonomique et fonctionnelle, toujours dans un but de performance.

Une évolution visant notamment à introduire plus de souplesse et d’adaptabilité dans le recrutement et la gestion des sportifs de haut niveau sur l’ensemble des disciplines sportives. Ainsi, en plus des postes réservés aux sportifs de haut niveau, s’ajoutent désormais des athlètes recrutés dans le cadre du dispositif « Handicap », qui intègrent eux aussi la fameuse Armée de champions. A titre d’exemple, lors des JO paralympiques d’hiver 2018, la délégation française comptait plus de 20 athlètes, dont pour la première fois, trois sportifs sous contrat avec l’armée. Malheureusement, Maxime Montaggioni s’est blessé en entraînement officiel et n’a pas pu concourir. Cela n’a pas empêché ses deux frères d’arme, les agents sur contrat civil de la Défense Marie Bochet, qui a aussi été désignée porte-drapeau, et Benjamin Daviet de rafler les sept médailles d’or de l’équipe de France ainsi que deux médailles d’argent, soit 45% des podiums de la délégation tricolore.

Un contrat avec l’armée, au-delà du soutien financier stable et la possibilité de pratiquer un sport bien souvent peu médiatisé dans de bonnes conditions, offre également des possibilités de reconversion à des militaires blessés (on dénombre plus de  5 000 blessés pour la seule armée de terre depuis 2010). Pour sa part, la Défense bénéficie aussi bien de l’image véhiculée par ces champions que de leur expérience engrangée. Comme si le sport et l’armée ne faisait qu’un… 

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