L’Afrique du Sud, championne indiscutable mais sulfureuse

Larges vainqueurs 32-12 de l’Angleterre, les Springboks ont largement mérité de soulever leur troisième Coupe du Monde. En dehors du terrain en revanche, leur triomphe laisse songeur.

Conquête, occupation, discipline… Un trio fondamental qui règne sur le rugby depuis toujours et que les tenants d’un rugby « moderne » ont parfois tendance à oublier. Ces fondamentaux, l’Afrique du Sud les a remis en lumière pour rester invaincus en finale de Coupe du Monde et ceindre une troisième couronne.

Une victoire indiscutable sur le pré

Cette étoile, décrochée après celles de 1995 et 2007 aura paradoxalement la plus simple à obtenir au bout d’une rencontre menée de bout en bout. À la surprise de voir les anglais, archi-favoris, être chahutés, a vite succédé une impression de fatalité inexorable. L’issue de ce match est rapidement devenue évidente tant le XV de la rose semblait démuni et sans solutions face à la pression défensive et athlétique des Boks. Les Anglais se sont fait marcher dessus physiquement d’un bout à l’autre du match.

Cette victoire les Boks l’ont ainsi remporté à l’ancienne, n’en déplaise à ceux qui critiquent leur soi-disante négation du jeu (coucou au visionnaire Jean-Baptiste Lafond). Devant avec une conquête impériale (100% en touche et mêlée avec six pénalités récoltées !), en défense avec un rideau hermétique qui conclu une troisième finale de Coupe du Monde sans encaisser d’essai et derrière avec une occupation parfaite et un réalisme exceptionnel en fin de rencontre. Le premier essai de Mapimpi est d’ailleurs un exemple parfait de jeu construit autour de l’utilisation du pied.

Bref, si les anglais sont passés à travers, rendant clairement hommage à nos Bleus de 1999, ils le doivent surtout à une opposition qui les a pris dans tous les secteurs. Leur jeu de passe loué pendant toute la compétition aura été d’une imprécision et d’une stérilité navrante quand leur charnière aura été très en dessous de ses standards, loin d’être un hasard au vu de la prestation défensive adverse…

Un bon symbole pour le rugby ?

Un succès indiscutable donc qui me laisse toute fois partagé. D’un côté, le fait de voir tous ces apôtres d’une uniformité de jeu en avoir pour leur frais me fait très plaisir. Nourri à la mamelle du jeu d’avants à la toulonnaise, je ne peux qu’apprécier de voir triompher ce rugby à l’ancienne, maîtrisé et restrictif. Si j’aime voir jouer les Blacks ou, plus proche de nous les Toulousains, je reste persuadé qu’il ne doit pas y avoir qu’une seule manière d’appréhender ce jeu.

En revanche, cette équipe sud-africaine me gêne un peu aux entournures. Sans rentrer dans des considérations politiques qui n’ont pas lieu d’être ici, la forte ségrégation qui règne encore dans leur pays (pays arc-en-ciel ? quelle hypocrisie) couplée au racisme latent de la sélection, aux récurrentes suspicions de dopage et aux récentes « affaires » internes me laissent un goût amer dans la bouche…

J’ai clairement beaucoup de mal à imaginer que l’équipe qui sera désormais, et pour quatre ans, l’image et le porte-étendard du rugby dans le monde sera ces Boks. Sincèrement, qui représente moins l’idée d’universalité et de fraternité que veut véhiculer ce sport qu’une équipe qui a toutes ces casseroles au cul ? L’image de Siya Kolisi, premier capitaine noir de cette équipe soulevant le trophée William Webb Ellis est certes belle mais ressemble surtout à un simulacre, bien loin des réalités de cette équipe, de cette fédération et de ce pays.

Finalement, cette édition restera peut-être celle de la régression, du jeu pour certains et des valeurs pour l’autres. Dans ces deux cas, l’Afrique du Sud est bien à sa place comme championne.

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