La soufflante N°9 : plaquages, percussions, il faut mettre un terme au massacre !

Sur Sport-Vox, tous les lundis c’est « La Soufflante » ! Un ou plusieurs membres de notre rédaction vous livre leur coup de gueule sur le week-end sportif qui vient de s’achever. Cette semaine, on parle rugby et plaquage.

Si un sujet  a marqué l’année rugbystique écoulé, plus que les pitreries désormais banales du XV de France, c’est bien celui de la sécurité et l’intégrité des joueurs sur le pré. Au vu des drames qui ont émaillés la saison, j’ai longtemps hésité à aborder le sujet mais il devient trop compliqué de passer à côté. Ce week-end de Top 14 ayant encore démontré l’inefficacité de la règlementation en matière de plaquages.

On doit en finir avec les plaquages hauts

L’image a fait le tour du web hier, le pilier du Racing 92 Ben Tameifuna a véritablement désintégré le pauvre Toulonnais François Trinh-Duc d’une intervention franchement destructrice. Si l’ouvreur des Bleus s’en est miraculeusement tiré sans dommage, nombre sont ceux qui ont fustigé la décision de l’arbitre de la rencontre, M. Raynal, de ne sortir « que » le carton jaune sur l’action. Et pourtant, il a probablement eu raison. Au regard de la règle, le All Black est dans le mouvement, se baisse et enserre le joueur varois, bref le geste n’est irrégulier que parce que le bras du francilien remonte sur le visage de Trinh-Duc dans un second temps. Pas de rouge donc, logique.

Et c’est là tout le problème ! L’action n’est pas indiscutablement illicite et est pourtant particulièrement dangereuse. Les joueurs se doivent de respecter les règles, pas de les interpréter. Peut-on alors reprocher au pilier de faire 50kg de plus que son adversaire et donc de gagner les collisions ? Peut-on également reprocher à des joueurs, comme on le voit souvent, de ne pas complètement anticiper le fait qu’un opposant plus petit se baisse au dernier moment ? C’est assez compliqué et, comme on a pu le voir sur un autre terrain du championnat, où même les entraîneurs adverses auraient été plus conciliants, la même action peut être sujette à plusieurs interprétations.

C’est rouge à Pau, cet après-midi (samedi), j’ai vu la même action donner un jaune au Stade Français, c’est sévère, mais pour une fois ça tombe pour nous, tant mieux.

Simon Mannix (manager de Pau) à propos du carton rouge reçu par Giorgadze

Bref, le problème ne vient pas toujours des acteurs du jeu en lui même mais de la règle. Depuis plusieurs années, on ergote sur la hauteur du plaquage, on est donc passé de la ligne du cou celle des épaules comme limite haute. Super… Avec la vitesse toujours plus grande et les gabarits toujours plus imposants, ce n’est pas avec ce genre d’enculage de mouches que l’on va régler le problème ! La marge d’erreur restant trop proche de la tête comme dans le cas de Tameifuna. Il convient donc d’aller beaucoup plus loin en interdisant tout bonnement de plaquer au dessus de la ceinture. En plus de favoriser la continuité du jeu, cela réduirait considérablement les risques de commotion et d’accidents.

Un changement de comportement global est urgent !

Mais une règlementation nouvelle sur les plaquages ne changera pas tout, c’est la façon d’appréhender le contact qui doit également être révisée. Au delà de la hauteur d’intervention, il faut retravailler la technique défensive, le placement de la tête notamment, pour éviter les chocs où c’est la tête du plaqueur qui est exposé. Car oui, si le défenseur est souvent pointé du doigt, l’attaquant peut également faire de gros dégâts. Les percussions doivent également être complètement remises en causes, on doit mettre fin à cette mauvaise habitude de charger coude en avant (coucou Picamoles) ou de raffuter dans le visage.

C’est terrible à dire, et je salue le courage de Jean-Pierre Elissalde pour sa prise de parole, mais les éducateurs ont leur part de responsabilité dans les terribles drames vécus par Nicolas Chauvin et Louis Fajfrowski. En effet, et ce n’est peut-être pas plus mal, dans ces deux cas, les plaqueurs n’ont rien à se reprocher mais la décision systématique du duel interpelle. On le voit bien, le jeune parisien possède de nombreux soutiens et choisit pourtant de foncer bille en tête dans un mur de trois avants girondins. Trop souvent, lancés à pleine vitesse, les joueurs préfèrent la charge plutôt que la passe ou le crochet, mettant en péril leur santé et celle du défenseur. Pourquoi un joueur comme Vakatawa, pourtant véritable funambule, décide toujours d’exploser un joueur que le contourner ? L’épisode Ezeala aurait pourtant du lui servir de leçon…

La réponse se trouve peut-être dans la définition même que ses acteurs donnent de ce sport. Non, cela m’insupporte, le rugby ne doit pas être un sport de combat mais un jeu de ballon ! Non, l’objectif ne doit pas être de faire mal à l’adversaire mais de se passer l’ovale pour le porter derrière la ligne ! Non, un joueur coupable d’un mauvais geste passé inaperçu ne doit pas être considéré comme un « filou » mais un « tricheur » ! On entend toutes les semaines un vocabulaire guerrier autour des pelouses de notre championnat et cela doit cesser dans l’intérêt de tous. Le rugby d’antan, fait d’agressivité et de violence, n’est plus compatible avec les morphotypes modernes  et mènera ce jeu magnifique à a sa perte.

Décideurs, formateurs, prenez vos responsabilité en changeant vos règles et vos discours, en arrêtant de tout confondre. On ne peut plus dire que vous attendiez qu’il y ait un mort pour agir, le pire est déjà là et il est insupportable.

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