La refonte de l’environnement fédéral : Partie 2

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Premier volet de notre dossier concernant la refonte de l’environnement fédéral. Après nous être intéressé à la modernisation du fonctionnement de la FFR (voir ici), nous abordons aujourd’hui la « Ré-attribution des budgets fédéraux ».

Le budget annuel de la Fédération oscille autour de 120 M€ par saison. Si nous ne rentrerons pas ici dans les détails des principaux postes de dépenses de la FFR, il nous apparaît cependant important de redéfinir certaines priorités.

Abandon du projet Grand Stade

La FFR rêve de posséder son Twickenham et de prendre son indépendance vis-à-vis du consortium Stade de France. Si l’idée est alléchante, sa réalisation semble irréaliste pour plusieurs raisons.

  1. Un besoin discutable

Un stade pour quoi faire ? Dans l’absolu, l’Equipe de France de rugby dispute seulement cinq ou six matches à domicile dans une saison et les phases finales du Top 14 ne permettrait que d’ajouter trois dates de rencontres. Ce sont donc moins de dix matches par saison qui seraient disputées dans le nouveau stade.

De surcroît, les affluences actuelles du rugby au Stade de France sont certes de bonne facture mais les Bleus n’ont jamais joué à guichets fermés ces trois dernières années dans un stade beaucoup plus près de paris et mieux desservi que ne le serait le futur stade dans l’Essonne. Difficile de les imaginer faire mieux et remplir une enceinte de 82 000 places située à Evry.

Enfin, l’engouement populaire pour le projet est très discutable. Si la FFR communique sur une forte adhésion de la population, c’est surtout l’Essonne, directement impliquée économiquement, qui fait grimper les chiffres. A l’inverse, sur site internet, le projet n’a reçu que 42 800 soutiens, un volume très modeste pour un projet de cet envergure.

  1. Un coût pharaonique pour une rentabilité incertaine

600 M€, c’est le montant de la facture qui devrait être réglé pour 1/3 de fonds propres et 2/3 de dettes, la FFR s’endetterait à hauteur de 500% de son budget annuel. Un montant extrêmement élevé voire déraisonnable qu’il sera bien difficile de rentabiliser. Les recettes des matches seront très loin d’être suffisantes et il faudra tabler sur de nombreux autres événements pour régler la note.

Hors, avec la concurrence du Stade de France, d’un Parc des Princes rénové et de l’Arena 92, tous beaucoup mieux situés, difficile d’imaginer le nouveau Stade prendre une part de marché assez importante pour assurer des revenus suffisants et réguliers, à même de rembourser les investissements consentis.

L’exemple du Stade de France qui perd de l’argent tous les ans malgré les matches de rugby, de football et les principaux concerts sur le sol français est à ce titre édifiant et devrait suffire à freiner les ardeurs des décideurs de la FFR.

  1. Un alternative nommée Stade de France

Nous sommes donc complètement opposés à ce projet qui apparaît en complet décalage avec les besoins objectifs du rugby français.

Cependant, une alternative moins coûteuse existe pour permettre à la FFR d’optimiser ses revenus de billetterie : entrer au capital du Stade de France. Cette éventualité, déjà proposée aux dirigeants du rugby français par le consortium Vinci-Bouygues qui gère le Stade de France, semble beaucoup plus raisonnable.

Si les montants potentiels n’ont pas été divulgués, l’investissement serait sans commune mesure et très vite rentabilisé par une augmentation des recettes de billetterie, la FFR ne devant plus s’acquitter d’un loyer. Une solution plus sensée et surtout, beaucoup moins risquée.

Augmentation du budget alloué à l’arbitrage

Avec tout l’argent économisé en jetant à la poubelle le projet de stade, on pourrait enfin développer l’arbitrage français, très souvent critiqué mais dont les moyens restent trop faibles.

  1. Création d’une école de l’arbitrage

C’est par le volume que réussiront à émerger les meilleurs arbitres. Dans cette optique, une véritable école de l’arbitrage serait créée à Marcoussis.

En parallèle des formations de coaching, l’école formerait chaque année une promotion d’une trentaine d’arbitre sélectionnée parmi les meilleurs arbitres amateurs de moins de 30 ans. A ces profils pourraient se greffer d’anciens joueurs professionnels désireux de se réorienter dans l’arbitrage.

Cette formation complète, allant de un an à dix-huit mois, comprendrait des mises en situations sur toutes les règles, des stages à l’étranger pour se familiariser aux différents types d’arbitrage et bien évidemment, des modules théoriques et des épreuves athlétiques. Le tout sanctionné par une validation d’acquis, l’obtention ou non d’un diplôme et la mise en place d’un classement.

  1. Professionnalisation de l’ensemble du corps arbitral

Ces jeunes arbitres diplômés seraient ensuite destinés à officier dans les trois divisions du rugby français (Fédérale, Pro D2, Top 12*) à plus ou moins long terme, l’objectif étant de professionnaliser l’ensemble de ces divisions.

Il n’est pas acceptable de n’avoir dans le Top 14 que quatre arbitres dont c’est le métier. L’ensemble du corps arbitral doit être entièrement dévolu à cet exercice afin que la qualité de leurs prestations soient moins sujettes à controverse.

Un arbitre rémunéré à plein temps, c’est un arbitre qui aura plus de temps pour se préparer physiquement, pour analyser le jeu des équipes et pour échanger avec les staffs techniques. Bref, cela nous semble aujourd’hui indispensable.

  1. Augmentation du niveau de rémunération

Qui dit professionnalisation dit rémunération. Actuellement un arbitre central gagne 500€ par match de Top 14 arbitré contre 180€ pour un juge de touche. Cela s’ajoute aux 3 500€ de salaire fixe des quatre arbitres professionnels. Alors qu’il s’agit de l’élite du pays, le traitement semble assez dérisoire. De bons arbitres facilitent grandement la qualité du jeu, il faut donc les meilleurs arbitres possibles et pour les attirer, il faut un salaire attractif.

Leurs émoluments doivent donc être comparables à ceux d’un joueur moyen du Top 14 qui gagne plus de 12 000€ par mois. L’objectif étant de justifier une exigence de résultat, la prime de match doit constituer la part la plus important de la rémunération.

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Le quorum des arbitres par division serait établi à chaque début de saison sur la foi d’un classement recensant chaque performance des arbitres, tout match arbitré étant noté. Ce système permettrait à un arbitre irréprochable de Top 14 qui aurait conservé sa place d’arbitre de champ sur l’ensemble du championnat d’avoir une rémunération significative.

Développement du rugby amateur

L’évolution vers le haut niveau est un système pyramidal. La restructuration doit donc prendre compte de la base, le rugby amateur.

Création d’une bourse de pré formation

Notre objectif étant de faire émerger une nouvelle génération de joueurs compétitifs au plus haut niveau, il faut valoriser le travail de la base. La base, ce sont les 1 889 clubs qui initient les jeunes au rugby et qui n’ont pas toujours les moyens nécessaires pour mener à bien leur mission dans de bonnes conditions. Si les centres de formations élite reçoivent des subventions allant de 70 000 à 200 000€, les clubs de pré formation sont laissés pour compte.

Dans ce but, une partie du budget serait consacré à la création d’une bourse récompensant les meilleurs d’entre eux. Se basant sur un classement établi chaque année en prenant compte les résultats du club mais également le nombre de joueurs ayant intégré un centre de formation ou un club professionnel, les 10 meilleurs clubs recevraient une subvention spéciale comprise entre 50 000 et 500 000€, de quoi financer les efforts de formation sur plusieurs saisons.

Cette mesure incitative permettrait de mettre en avant le travail effectué dans ces clubs qui sont souvent considérés comme de simples pépinières dans lesquelles les gros clubs peuvent allègrement venir se servir.

Rendez-vous samedi pour la suite : restructuration des sections juniors

*Voir partie 3 du dossier « Restructuration des compétitions »

 

3 thoughts on “La refonte de l’environnement fédéral : Partie 2

  1. Personnellement je ne vois pas l’utilité d’un Grand stade….. il y a déjà le SDF et surtout, l’Arena 92 qui pointe le bout de son nez pour des match a moins forte influence.

    Cela donne vraiment l’impression d’un caprice de la fédé. La refonte de la formation, des quotas et de tous les éléments participants à la chute du niveau du XV de France me semble bien plus important, et aucunes reformes ne semblent pointer le bout de leur nez sur ces sujets.

    Pensez vous que la récente éléction de Bernard Laporte va apporter du neuf?

    1. Laporte arrivez avec beaucoup de bonnes intentions mais encore faudra t-il que les promesses se transforment en actes. Au moins pour ce qui est du projet grand stade, il l’a immédiatement enterré. Une première bonne nouvelle. Sur l’analyse des difficultés du XV de France et du débat sur la formation, on attend encore…

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