La liste de Didier Deschamps : un coup de bluff ?

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Aux alentours de 20h sur le plateau de Gilles Boulleau, Didier Deschamps a temporairement mis fin hier au suspense entourant l’équipe qui disputera la prochaine coupe du monde de football. Contrairement à ses habitudes, le basque s’est permis quelques originalités. Des surprises qui, si elles peuvent s’expliquer, posent néanmoins une question : cette liste sera t-elle vraiment celle du 4 juin ?

La défaite colombienne, un point de rupture

Pleine d’allant, d’ambition et citée parmi les favoris de la compétition, l’Equipe de France reste pourtant sur une véritable claque. En s’inclinant 3-2 face à la Colombie après avoir pourtant mené 2-0 en mars dernier, les Bleus ont connu un petit séisme. Une contre-performance inattendue qui avait alors mis en lumière le manque de combativité d’une partie de l’effectif, l’absence de cadres et remis en question certains statuts.

Si cette équipe dégueule de talent, Deschamps a définitivement pris conscience que cela sera très loin de suffire à dessiner une seconde étoile sur la tunique bleue. L’ancien besogneux qu’il fût est le mieux placé pour appréhender l’importance dans un groupe des travailleurs de l’ombre. Ces combattants infatigables, porteurs d’eau au service du collectif, la sélection en a singulièrement manqué et ce n’est pas la blessure de Laurent Koscielny, le premier d’entre eux, qui a fait les affaires de l’ex bianconeri.

Dès lors, il paraissait clair qu’il y allait y avoir du mouvement. Le retour d’Adil Rami, frustre mais impeccable d’engagement et de leadership va dans ce sens, pareil pour Steven N’Zonzi qui éjecte le trop dilettante Adrien Rabiot de l’effectif. Dans ces deux cas, c’est une véritable prime à la grinta, à l’expérience et à l’esprit de corps.

Le 4/3/3, nouveau système préférentiel ?

La présence du sévillan donne également une indication assez claire de la façon dont le sélectionneur compte faire évoluer son équipe. Alors que l’équipe a majoritairement évolué dans un 4/2/3/1 particulièrement offensif, il y a fort à parier que Deschamps revienne à un 4/3/3 avec trois axiaux pour verrouiller son entrejeu, trop fragile lorsque seuls Pogba Pogba et N’Golo Kanté tentent d’y régner. Plus sécuritaire, ce système présente l’avantage de remettre le turinois Blaise Matuidi, leader de combat par excellence, dans la peau d’un titulaire.

Pour N’Zonzi, son rôle semble alors limpide: doubler le poste de l’indiscutable Kanté. Véritable sentinelle, régulateur du milieu de terrain et capable de mettre le bleu de chauffe, il a le profil idéal du joueur de banc. Destiné à ne ramasser que les miettes d’une hypothétique blessure du titulaire, il ne sera là que pour le challenger à l’entraînement en gardant le sourire et en s’impliquant dans la vie de groupe.

Une posture plus difficile à faire endosser à Rabiot dont le comportement et l’attitude en club sont sujets à cautions et ont régulièrement fait grincer des dents. Pour lui, les choses paraissent simples, soit il exprime son énorme potentiel et sa place est dans le onze de départ, soit il rentre chez lui. Son comportement présente trop de risques dans l’équilibre du groupe pour en faire un remplaçant modèle. Alors qu’il devrait avoir pris la mesure de Matuidi, il n’en est rien et ses prestations insipides devraient lui valoir de regarder les matches de son canapé quand Corentin Tolisso et N’Zonzi, plus collectifs, s’assiéront sur le banc.

Une liste définitive ?

Si tout peut alors sembler clair, les membres de la liste des 23 auraient tord de s’endormir sur leurs lauriers. Alors que dans son discours officiel, le sélectionneur affirme que seule une blessure pourrait le faire changer d’avis dans sa composition de groupe, la composition des suppléants donne une toute autre lecture et je suis personnellement convaincu que la liste définitive présentera des différences d’avec celle livrée hier soir.

Soyons clairs, Didier Deschamps, guerrier absolu et aboyeur en chef lorsqu’il régnait dans l’entrejeu des Bleus et de la Juventus Turin, peine à trouver des relais crédibles sur le terrain. S’il faut sacrifier le talent et la technique au profit de la hargne, il n’hésitera pas une seconde et s’en est donné la possibilité. Les cas de Mamadou Sakho et Moussa Sissoko sont ainsi à surveiller de près. Peu mis en valeur en club, ces deux-là ont prouvé leur capacité à apporter un véritable supplément d’âme en sélection. La finale de l’Euro, sur laquelle le joueur de Tottenham avait régné, et le barrage retour de la Coupe du Monde 2010 contre l’Ukraine, marqué par un doublé de l’ancien parisien, sont encore dans toutes les têtes.

Aujourd’hui, des incertitudes existent sur leur niveau réel et ils ont quinze jours et deux matches amicaux pour les gommer. S’ils y parviennent, leur influence dans le vestiaire, leur impact positif dans la vie de groupe, bref leur caractère devraient faire la différence. Presnel Kimpembe et Florian Thauvin, méritants mais plus discrets et encore puceaux en compétition internationale, ont du soucis à se faire car ces deux-là ont prouvé leur valeur à balles réelles et je n’imagine pas Deschamps se priver de ses plus fidèles soldats pour partir à la guerre.

S’ils sont en pleine possession de leurs moyens, je prends le pari qu’ils seront du voyage et même que Sakho composera la charnière titulaire avec Varane. Prochain élément de réponse le 4 juin.

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