La cohésion, première force des All Blacks face aux Bleus : la preuve par les chiffres

AB cohésion

Le XV de France sait désormais à quelle sauce il va être mangé, l’occasion de comparer les forces en présences.

Hier après-midi, Steve Hansen et Guy Novès ont levé le mystère, tout relatif, qui existait encore sur les XV de départ qui en découdront samedi soir sur la pelouse du Stade de France pour la première levée de la très difficile tournée de novembre qui attend les Bleus. Une composition classique côté néo-zélandais mais plus expérimentale pour les français.

Il ne sera pas question ici de comparer le niveau supposé des joueurs, ça risquerait de piquer un peu mais plus de s’appuyer sur les chiffres pour tenter de comparer les modes de fonctionnement des deux sélections.

Une expérience incomparable

Nous nous sommes ainsi amusés à compiler les âges et le nombre de capes de chacun des quarante six futurs participants à la rencontre et le moins que l’on puisse dire, c’est que les résultats sont édifiants, symbole d’une inconstance très française. En effet, ce ne sont pas moins de six puceaux qui vont être jetés dans l’arène dyonisienne par Guy Novès dont quatre comme titulaire ! En encore, sept de leurs camarades ont a peine pris leurs marques avec maximum 7 sélections au compteur.

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Au total, les titulaires Bleus ne compilent que 304 capes, soit à peine vingt de moyenne quand leurs homologues kiwis en aligneront 592, presque deux fois plus ! Et quand l’on jette un coup d’œil sur le banc, ce n’est guère mieux puisque la moyenne chute à 14 pour les Bleus contre 27 pour les double champions du monde. Et encore, à lui seul François Trinh-Duc en compile 60 sur 90…

Plus préoccupant encore, le différentiel de vécu entre les colonnes vertébrales (2, 8, 9, 10, 15) des deux équipes est abyssal. Si Guirado et Picamoles soutiennent plus ou moins la comparaison, le reste de cette épine dorsale sera largement déficitaire, notamment à la charnière, puisque, alors que le jeu des blacks sera dirigé par les expérimentés Smith et Barrett (59 et 67 apparitions sous le maillot à la fougère), les très jeunes Dupont et Belleau sont des débutants à ce niveau. Sur ces cinq postes prétendument clés, aucun de nos protégés ne devance son alter-ego. Forcément inquiétant.

Une frilosité envers la jeunesse ? Pas vraiment

En même temps, on s’en doutait un peu puisque l’ancien sorcier du Stade Toulousain doit faire avec de nombreux absents et qu’il procède à une large revue d’effectif. On pourrait néanmoins se réjouir en se disant que, contrairement aux N°1 mondiaux, on prépare l’avenir en mettant la jeunesse au pouvoir ? Et bien pas vraiment car, si le XV de France est, avec 26 ans de moyenne d’âge, un peu plus jeune que son concurrent, la différence n’est pas flagrante puisque les Blacks affichent 27 ans au compteur.

C’est là que le bât blesse, à âge presque égal, les Blacks ont déjà un vécu admirable quand les Bleus semblent presqu’encore des débutants ! La première réaction serait de critiquer la soi-disant frilosité des entraîneurs tricolores à faire confiance aux jeunes et à les lancer rapidement dans le grand bain et pourtant les chiffres désavouent clairement cette théorie. Contrairement à une idée reçue bien ancrée dans le paysage médiatique de l’hexagone, les kiwis ne sont pas plus précoces pour découvrir la sélection. Quand on regarde l’âge moyen auquel les protagonistes du match de samedi ont fêté leur première cape, on s’aperçoit que ce sont les français qui découvrent le plus vite le haut niveau.

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Alors que se passe t-il ? Les potentiels sont apparemment rapidement identifiés et sélectionnés mais l’on a pourtant l’impression d’un perpétuel recommencement. Sentiment confirmé par les chiffres et l’exemple frappant des deux numéros huit. Louis Picamoles et Kieran Read sont des valeurs sûres et ils font partie du gratin mondial à leur poste depuis de nombreuses saisons. Ayant tout deux découvert la sélection en 2008, on pourrait donc s’attendre à ce qu’ils comptent aujourd’hui le même nombre d’apparitions sous le maillot national et pourtant le montpelliérain est largement à la traîne avec un débours de plus de quarante sélection sur le capitaine des Blacks ! Alors même que l’on ne regorge pas de joueurs de cette dimension, ce constat est surprenant.

La continuité comme première arme des Blacks

Ce n’est d’ailleurs pas le cas au pays au long nuage blanc. Bien que que leur réservoir, réputé quasi inépuisable en joueurs d’exception, pourrait prédisposer à un turn-over permanent pour faire de la place à tout le monde, la stabilité est pourtant l’une de ses vertus cardinale. Quand on devient un All Black, on enchaine généralement les matches. Le cas de l’ailier Julian Savea est à ce titre édifiant, sorti du groupe cette saison par l’éclosion de Rieko Ioane, il a néanmoins eu le temps de compiler 54 sélections en moins de cinq ans, le tout avant ses 26 ans ! Les staffs successifs cultivent cette continuité, laissent leurs joueurs grandir ensemble en développant des automatismes sur le long terme. Alors qu’ils pourraient se permettre de s’appuyer sur le talent individuel, ils mettent toujours en avant le collectif, leçon apprise de leurs erreurs passées.

On constate ainsi dans notre étude que le noyau dur du groupe néo-zélandais est le même depuis plusieurs saisons avec une majorité de joueurs comptant plus de 25 sélections quand seulement six français dépassent ce palier. On pourrait m’opposer que c’est plus facile de débuter et de durer dans une équipe qui tourne à plein régime que de s’imposer dans une sélection qui doute mais c’est à double tranchant. Chaque All Black a derrière lui deux ou trois joueurs de très haut niveau qui n’attendent qu’une défaillance pour prendre sa place. L’exigence envers quiconque enfile le maillot à la fougère est extrême mais, même si la presse est omniprésente, un joueur ne sera jamais liquidé s’il se loupe pour ses débuts et aura le temps de s’épanouir.

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Chez nous, avec des individualités moins forte, on pourrait croire cette notion de groupe prendrait encore plus d’importance. Qu’afin de compenser un déficit de talent, on chercherait à développer, à travers la répétition, une parfaite connaissance de l’autre et un esprit de corps irréprochable. C’est pourtant l’inverse qui se produit, alors que l’on se plaint d’un vivier qualitativement plus restreint, on s’obstine à tout changer en permanence. Résultat, non seulement nous sommes moins forts individuellement mais nous sommes également en retard dans l’expression collective. Une gestion très paradoxale qui a pour conséquence de voir les mêmes joueurs multiplier les allers-retours d’une année sur l’autre ou au gré des sélectionneurs sans jamais s’installer. L’énième comeback de Mathieu Bastareaud, complètement utopique il y a moins d’un an, en étant l’exemple le plus frappant.

Si la France n’a finalement pas peur de lancer dans le grand bain de jeunes talents, que ces Belleau ou autre Dupont se méfient, ils n’ont que rarement le temps d’en prendre la température avant de disparaître. C’est peut-être là que réside le principal problème de cette équipe de France. Cessons d’attendre le messie et misons enfin sur la pérennité.

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