Il faut en finir avec l’obligation de neutralité des commentateurs sportifs

S’il est bien une chose qui fait la quasi unanimité, c’est le pseudo devoir de réserve auquel doivent s’assujettir journalistes et commentateurs sportifs. Pourtant, c’est une hypocrisie voire une hérésie qu’il faudrait définitivement mettre à mal.

Ce week-end de rugby qui sentait bon le printemps et les finales a été le cadre de deux événements quasiment passés inaperçus mais qui m’ont personnellement fait réfléchir : la diffusion de la finale du championnat de France espoirs par la radio locale Rochelaise Na Radio et une interview du directeur du rugby de Canal+ Eric Bayle dans les tribunes du Midol.

Un journaliste neutre, ça n’existe pas !

Vous êtes certainement passé à côté mais le RCT est devenu champion de France Espoir en dominant La Rochelle. Une belle récompense pour la nouvelle politique de formation du club mais également l’occasion d’une mini polémique. En effet, seul média à avoir envoyé une équipe pour couvrir la rencontre, et nous permettre de la voir en direct du coup, Na Radio a passé la rencontre à devoir se justifier. De quoi ? De supporter La Rochelle.

En permanence critiqués dans les commentaires du live par les supporters varois qui, je le rappelle, n’auraient pu assister au triomphe de leur équipe sans cet unique diffuseur, les deux journalistes ont du se défendre de soutenir leurs couleurs. On marche sur la tête ! Na Radio est une radio locale charentaise, bien sûr qu’elle soutient ses couleurs, c’est naturel et bien légitime, en aucun cas, ils ne devraient avoir à s’en excuser ! À un moment, arrêtons d’être stupides ! Avant d’être des journalistes, ces femmes et hommes ont été, et sont encore, des passionnés et donc des supporters. Pourquoi le leur reprocher et vouloir les forcer à le cacher ?

À titre personnel, c’est ma ferveur pour mon club du RC Toulon qui a construit ma passion pour le rugby, je n’écrirais pas sur ce sport sans la flamme allumée par les corsaires de la rade. J’ai grandis dans l’admiration de Champ, Gallion ou Louvet et dans le culte du Muguet, en aucun cas je ne souhaite le cacher ou m’en défendre. Ça ne m’empêche pas d’être objectif quand je regarde un match, quand j’entends Mourad Boudjellal sortir une saucisse ou, en l’espèce, quand je constate que les supporters du club se conduisent comme des abrutis !

À quand le coming out ?

Sans le vouloir Eric Bayle a fait écho a cette actu lors d’une interview diffusée lundi par le Midi Olympique. Sa réponse sur son supposé favoritisme est savoureuse et montre bien l’impasse dans laquelle se trouve les commentateurs aujourd’hui. Du coup, j’ai envie de l’interpeller et de lui demander pourquoi sa chaîne ne brise pas ce tabou ridicule ? Mettons fin à ce culte hypocrite de la neutralité et redonnons leurs couleurs à nos commentateurs. Ça ne changera rien à leur façon de commenter et, au moins, tout le monde jouera carte sur table.

Si j’écoute les supporters, je suis anti Toulonnais, anti Clermontois, anti Toulousain, anti Catalan et peut-être même anti Bayonnais ! Mais je ne suis qu’un témoin. Je suis juste là pour commenter des matchs et je vous le jure : depuis le début de ma carrière, je n’ai jamais réussi à dire qu’une équipe qui avait perdu avait gagné. J’ai en mémoire un supporter du Castres olympique m’ayant arrêté un soir de match : « Monsieur Bayle, vous n’aimez pas le Castres olympique ! Vous changez d’ailleurs de voix à chaque fois que nous avons le ballon ! » Je m’imaginais, moi, prendre une intonation différente sur chaque turn-over. J’étais plié de rire. Une autre fois, à Agen, une dame me lance : « Bayle, tu n’aimes pas le SUA ! » Je réponds : « C’est faux, madame. Et je vous rappelle que mon consultant s’appelle Philippe Sella. » Là, elle se fige, réfléchit et riposte : « Voilà ! Il ne nous aime pas non plus !

Éric Bayle – Midi Olympique

Surtout qu’il s’agit de secrets de polichinelle. On sait tous que Bayle est bayonnais, qu’Isabelle Ithurburu soutient la Section Paloise, que Pierre Menès est pour le PSG, qu’Estelle Denis penche pour Bordeaux ou que le cœur de Laurent Luyat est grenoblois. Et je ne parlerai même pas des consultants qui devraient, aux yeux des supporters, être neutres en parlant d’un club dont ils ont porté les couleurs pendant des années…

Bref, arrêtons cette mascarade et acceptons que les journalistes soient, comme tout un chacun, des passionnés, des supporters qui ont un club dans la peau. Ce n’est pas leur supposée neutralité qui fait d’eux de bons ou de mauvais commentateurs. Personnellement, je n’ai aucune idée de quel club soutient Mathieu Lartot et ça ne m’empêche pas d’avoir envie de couper le son devant les matches diffusés par France TV.

Mesdames et messieurs les commentateurs, mettez fin à ce diktat ridicule et assumez vos couleurs ! Quitte à être critiqué, autant l’être en connaissance de cause.

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