Homophobie dans le foot, les supporters doivent se remettre en question !

Entre Roxana Maracineanu et Patrice Evra, le débat sur l’homophobie dans le football a  fait l’actualité ces dernières semaines. Du coup, on s’est penché sur la question.

Le sport professionnel va de paire avec la médiatisation, c’est ainsi, et le football est le parangon de cet état de fait. Rien de ce qui s’y passe n’échappe aux radars de la presse. Ainsi, ses acteurs se retrouvent régulièrement en couverture des journaux à devoir justifier les actions ou leurs propos. Les polémiques sont légions et ces dernières semaines ont été particulièrement riches.

Si les problèmes de racisme font la une en raison de nouveaux débordements venus d’Italie, en France, c’est surtout d’homophobie dont il est question. Pour parler de ces controverses, j’ai recueilli le témoignage de l’un des premiers concernés, le président de la Fédération Sportive Gaie et Lesbienne (FSGL), Sylvain Coopman.

Evra, l’intolérable sortie

Le 18 mars dernier, l’inoubliable capitaine de Knysna a encore fait parler de lui de la pire des manières en invectivant le PSG en ces termes : « Paris vous êtes des pédés… ici, c’est les hommes qui parlent. ». Une manière bien débile de célébrer la qualification de son ancien club de Manchester United aux dépends des parisiens. S’il est heureusement poursuivi pénalement, cet écart est une nouvelle preuve du climat trop souvent homophobe autour du football professionnel.

« Homophobe et sexiste » nous précise Sylvain Coopman, en soulignant bien que la référence faite aux hommes « met en exergue la dévalorisation de la femme » dans le discours de Tonton Pat. Une « assimilation consternante qui montre bien que, dans cette vision, les pédés, assimilés à des femmes, ne sont pas des hommes ». Un discours emprunt de testostérone, beaucoup trop répandu dans les vestiaires des footballeurs. S’il est désespérant de bêtise, l’ancien Bleu, n’est malheureusement pas une exception dans ce système, loin de là.

Et ce qui désole le plus mon interlocuteur, c’est « la discrimination croisée ». Il se souvient en effet qu’Evra a été l’une des victimes les plus médiatiques du racisme de Luis Suarez en 2011 et pourtant, de victime il devient coupable. C’est à cette incohérence que Sylvain Coopman aimerait « confronter » l’ancien joueur. Un vœu pieux qui ne servirait sans doute pas à grand chose tant les excuses du fautif sur internet ont manqué de sincérité. Evra est certainement une cause perdue mais mérite une sanction exemplaire, tout le monde s’y accorde.

Les tribunes touchées en profondeur

En revanche, si ses propos ont donc fait l’unanimité contre eux, il n’en est pas de même pour la déclaration de Roxana Maracineanu qui a fait couler beaucoup d’encre. Fustigeant les  « chants » parisiens lors du dernier PSG-OM, la ministre des sports a ainsi rencontré un soutien plus mitigé. Entre Boy de la Tour qui parle de « Folklore » et  Le Graet qui ironise sur le fait que « dans une piscine, on n’entend pas ce qui se dit », les caciques du football français n’ont que modérément apprécié de voir leur sport attaqué.

Sylvain Coopman salue lui une « prise de conscience » et « une opportunité salutaire pour évoquer ces sujets ». Alors que les associations de supporters jouent pathétiquement sur les mots en insistant sur le fait que traiter quelqu’un « d’enculé » n’était pas homophobe puisque cela pouvait également s’appliquer aux hétérosexuels, il bat en brèche cette idée : « c’est se défausser de sa propre responsabilité ! Si cela peut être juste, cela fait forcément appel à l’homosexualité masculine. ». Procès d’intention ? Sylvain Coopman s’en défend en dissociant l’homophobie assumée et l’homophobie plus inconsciente, ancrée dans notre société. La première est à sanctionner alors que la seconde nécessite plutôt une sensibilisation.

Dès lors, pour lui, il n’est pas acceptable de tolérer des propos, à minima tendancieux, ne serait-ce que pour l’exemple qui est donné aux jeunes et qui nourrit cette homophobie « inconsciente ». Il est vrai qu’il devient compliqué d’apprendre le respect de l’autre à son gamin tout en fermant les yeux sur une tribune dégueulant sa bile en vociférant des insanités à l’encontre des joueurs adverses. Si l’acceptation des différences passe par l’éducation, tout lieu public doit être préservé de pratiques déviantes et dangereuses. Le stade ne doit donc pas faire exception.

La solution dans les mains des Ultras

Alors que faire ? Sylvain Coopman parle d’éducation dès le plus jeune âge quand la ministre préconise l’arrêt des matches en cas d’injures homophobes. La sanction peut paraître excessive mais elle doit être la même que l’on parle de racisme ou d’homophobie parce qu’il ne peut y avoir de hiérarchie dans les discriminations. Elle présenterait également l’intérêt de responsabiliser les premiers concernés : les supporters et les associations les régulant. Loin de  moi l’idée de lancer une chasse aux ultras mais, à un moment, plus que les clubs qui n’y peuvent finalement pas grand-chose, qui d’autre a le pouvoir d’influencer les chants dans les stades ? Au delà des problèmes d’homophobie, ces débordements démontrent surtout le manque de culture supporter en France !

Ce que je trouve finalement le plus navrant, ce n’est pas forcément la prolifération d’injures vidées de leur sens mais que les « supporters » n’aient rien d’autre à scander que « Marseillais enculés ! ». Mais que font ces ultras, incapables de mettre en place de véritables chants de soutien envers leur équipe et leurs joueurs ? Ils se disent supporters mais ne savent qu’insulter, c’est juste pitoyable de bêtise et d’inconséquence ! On me dit que les stades anglais ont perdu leur âme et pourtant chaque cadre de l’équipe y a son chant personnalisé. Plutôt que de vociférer des insultes comme des animaux décérébrés, prenez exemple, inventez, chambrez avec humour et subtilité, il y a quand même de quoi faire quand on évoque l’OM…

On me traitera sans doute de naïf et d’idéaliste, on me dira que le stade n’est que le reflet de la société voire même une nécessaire soupape de sécurité dans laquelle nos congénères viennent libérer leurs tensions. Rien n’y fera, je persiste à penser qu’il peut y avoir une façon moins agressive et stupide d’encourager son équipe, que le supporter de football n’est pas obligé de se comporter en gros beauf raciste, sexiste et homophobe. La réaction de Maracineanu doit servir de prise de conscience de la violence et de l’insécurité que peut ressentir un néophyte en entrant dans un stade…

Arrêtons de fuir le problème, il est vraiment temps que les choses changent à tous les niveaux ! Que les dirigeants jouent leur rôle de gendarme et que les supporters prennent enfin leurs responsabilités et deviennent intelligent dans leur comportement. Je sais, c’est beaucoup demander…

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