Gasquet ou le complexe Ferrer

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Arrivé à Londres en pleine possession de ses moyens, physique et tennistiques, rien ne prédestinait Richard Gasquet à une sortie de route d’entrée de Wimbledon. Pourtant, son premier tour a tourné au fiasco, chronique d’un craquage mental.

Demi-finaliste à Halle et Eastbourne et auteur de prestations plus que convaincantes lors de cette tournée sur herbe, corrigeant notamment Isner, Anderson ou Tomic, pas vraiment des peintres sur herbe, le biterrois se posait en légitime outsider du tableau masculin, nous l’avions même désigné comme meilleur espoir tricolore pour la quinzaine. Deux jours plus tard, il a disparu d’entrée du tableau – une première pour lui depuis 2006 – après une prestation exécrable contre David Ferrer, une défaite qui s’est entièrement passée dans la tête.

Une bête noire loin du compte depuis 2015

J’avoue humblement que celle là je ne l’ai pas vraiment vu venir, à peine un petit sourire au moment du tirage au sort à la vue de l’adversaire qui lui était réservé au premier tour, l’espagnol David Ferrer. Un petit sourire oui, en mémoire des cauchemars que Richard a fait de cet adversaire pendant des années. Un sourire nostalgique tant le rapport de force me semblait désormais déséquilibré. Hors du coup depuis une saison, le guerrier valencian, même plus tête de série n’avait plus rien de la terrible bête noire contre laquelle le natif de Sérignan ne trouvait pas de solutions.

Car franchement, sur gazon, il n’y a quand même pas photo entre les deux hommes ! Là où Gasquet sent si bien le jeu, où sa vitesse de bras et sa maîtrise des effets et des angles le rendent parfois injouable, le Pou n’a jamais brillé. Trop laborieux, son jeu tout en force y a toujours manqué de relâchement et de pureté. Incapable de passer le second tour du tournoi londonien depuis 2013, et malgré le passif entre les deux hommes (9-3 avant la rencontre), le désormais 39ème à l’ATP ne représentait donc pas un grand danger pour le français. C’était sans compter la dimension mentale de ce jeu.

Un bouillie de tennis

Car ce bilan, si je ne lui accordais pas vraiment d’importance tant la forme actuelle semblait aux antipodes, ça n’a pas visiblement pas été le cas de tout le monde… On l’a vu d’entrée de jeu, ce n’était pas le joueur inoffensif sur gazon (aucune victoire en 2017) que Richard voyait en face de lui mais bien celui qui lui avait fait si souvent mal au crâne. Soyons clair, dès les premiers points, on a senti que l’histoire allait mal se passer. Complètement absent, Gasquet n’a pas existé, réalisant certainement les deux plus vilains premiers sets que je l’ai vu faire sur un court de tennis. Passif à l’extrême, incapable d’accélérer la balle, il n’a pas réalisé un seul revers gagnant pendant ces deux manches inaugurales. Du jamais vu ! Un fantôme. Et malgré un faible sursaut dans la troisième manche, suffisant pour relancer le suspense, c’est dire le niveau de Ferrer qui ne devrait pas faire long feu dans le tableau, il n’a jamais été en mesure de l’emporter.

Ce match, ce n’est pas tennistiquement qu’il le perd mais bien dans la tête. En face Ferrer n’a pas particulièrement brillé et représentait une proie facile mais Richard était trop loin d’être un prédateur. En un instant, on a retrouvé le Richard adolescent, ultra défensif, râleur, les épaules basses et le regard fuyant. Il a en quelques minutes oublié tout le travail réalisé avec Sergi Bruguera depuis des années, oublié le fighting spirit, oublié le jeu vers l’avant si efficace de ces dernières semaines. Dès l’entame du match, il suffisait de le regarder pour comprendre, le body language de la tête de série N°22 montrait clairement ce qui se passait dans sa tête.

Une défaite qui va compter

Ce match, Richard ne voulait pas le jouer, il aurait certainement préféré n’importe quel autre tirage et est entré sur le court à reculons. Sans aucune lucidité, il n’a jamais vu que son adversaire était largement prenable dès qu’il l’agressait un peu, que jouer à 80% avec de l’intensité vers l’avant aurait tranquillement suffi pour passer. Il s’est perdu dans sa négativité et sa réaction d’après match, complètement à l’ouest avec un manque de lucidité alarmant, montre bien la manière dont il a abordé la rencontre, il ne se croyait pas capable de gagner contre Ferrer et avait perdu avant même de mettre un pied sur ce Court N°12.

Je savais que c’était l’un des cinq premiers tours les pires pour moi, surtout avec son style de jeu. Je n’ai pas réussi à m’en sortir tout simplement. Il a été plus fort.  Gasquet après la rencontre

C’est toute la perversité de ce sport, quelle que soit la spirale dans laquelle on se trouve, un match de tennis reste un duel psychologique. Malgré le fossé qui sépare actuellement les deux hommes sur gazon, c’est leur passé commun qui s’est chargé de niveler cette partie. Face à sa bête noire, pourtant pas bien féroce, Gasquet s’est littéralement liquéfié, a perdu tous ses moyens pour réaliser certainement le pire match de sa carrière en Grand Chelem. Même à 31 ans et en pleine confiance, Gasquet n’est donc toujours pas à l’abri de ce type de désastre. Cette défaite risque de faire mal, vraiment mal, un sacré bond en arrière même qui va être compliqué à dépasser. Certains disent qu’on apprend parfois plus dans la défaite que dans la victoire mais là, franchement, que dire ? Sergi va devoir se creuser les méninges pour remobiliser son champion, et espérer que Ferrer finisse un jour par prendre sa retraite…

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