France 2023, la victoire du pragmatisme sur le romantisme

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Cocorico ! 16 ans après, la France organisera de nouveau la Coupe du Monde de rugby en 2023. Une victoire finalement pas si surprenante.

Rien n’y aura donc fait. Ni les polémiques autour du président de la FFR Bernard Laporte, ni les recommandations de la fédération internationale favorables à l’Afrique du Sud n’auront donc empêché un dénouement favorable. Une issue heureuse et finalement prévisible tant les hommes forts de la candidature avaient su cibler les préoccupations prioritaires des membres du World Rugby.

Un triomphe prévisible

Si pour le grand public, cette victoire a tout du retournement de situation, elle n’en a en réalité que l’apparence, il était écrit que la dixième Coupe du Monde de l’histoire se tiendrait dans l’hexagone. En effet, bien que les agences indépendantes en charge de la notation des trois dossiers aient placé l’Afrique du Sud en tête à l’unanimité, la nation arc-en-ciel n’arrivait en réalité en tête, à chaque fois devant la France, que dans quatre des cinq critères d’évaluation.

Malheureusement pour le candidat de l’hémisphère sud, si ses stades, ses villes ou sa philosophie a eu la faveur des suffrages, il était en retard sur LE critère clé de l’étude, l’aspect financier du projet. Là dessus, c’est bien le dossier bleu qui était le plus solide, une compétition en France assurant plus de bénéfices qu’en Irlande ou en Afrique du Sud. Plus de gains donc plus de retombées économiques pour l’ensemble des protagonistes du rugby mondial.

Si les votants ont donc été séduits par le profil de la candidature africaine, ce dernier argument s’est cependant avéré déterminant. En majorité, et assez largement, ils ont su rester pragmatiques au moment de mettre leur bulletin dans l’urne. A l’heure où les compétitions sportives sont souvent critiquées pour leur manque de rentabilité, leur choix apparaît d’ailleurs parfaitement légitime. Au diable le romantisme.

Un air de Paris 2012

Ce soir, j’ai néanmoins beaucoup de peine pour les Sud-Africains tant leur position me rappelle de mauvais souvenirs. Londres 2017, c’est leur Singapour 2005. Souvenez vous ce 6 juillet où le choix de la ville hôte des JO de 2012 avait finalement échu à Londres plutôt qu’à Paris. Alors que notre candidature semblait plus cohérente, mieux ficelée, les britanniques l’avait emporté au prix d’un lobbying acharné et de la promesse des jeux les plus lucratifs de l’histoire.

Ce sentiment d’injustice, les Springboks le ressentent, à leur tour, douloureusement. La réaction de leur représentants, un mix entre incompréhension et animosité rappelle en tout points les réactions d’alors de Bertrand Delanöe, accusant, à mots couverts, les anglais de tricherie. Mauvais perdants les Sud-Afs qui parlent « d’opacité » ? Un peu, mais franchement, ils ont de quoi l’avoir mauvaise. Après 2003, 2015 et 2019, c’est leur quatrième échec consécutif dans la course à l’organisation et celui-là fait encore plus mal.

Clairement, entre la recommandation des agences, le soutien du World Rugby et le fait que leur dernière organisation remontait à 1995 contre 2007 à la France, tous les feux semblaient au vert. Un mondial sud-africain paraissait même aller dans le sens de l’histoire, ça ne sera finalement pas le cas et, même si l’on est français, ça fait un peu mal au cœur et on leur souhaite vraiment d’avoir la prochaine.

Une opportunité pour le rugby français

Mais ne boudons pas notre plaisir ! Le mérite de cette réussite revient en premier lieu à Bernard Laporte. Alors que beaucoup de ses ennemis, la belle famille du rugby, l’attendaient au tournant, il ressort renforcé de l’aventure. Son équipe, tirant sans doutes les leçons des échecs passés a su se montrer particulièrement terre à terre. Conscient que leur dossier, bien que devancé, n’était pas loin de la vérité, les décideurs français ont su opérer un lobbying particulièrement intense dans la dernière ligne droite.

En pointant notamment les faiblesses sud-africaines en termes de sécurité, ils ont appuyés là où ça faisait mal. Une attitude combative décriée par leurs adversaires mais très efficace. Si le dossier sud-africain avait pour lui la fraîcheur et l’enthousiasme, la France était synonyme de certitudes, de garantie. Face aux promesses boks, les Bleus se sont posés en assurance tout risques, une stratégie finalement payante.

N’en déplaisent aux pisse-froids comme M. Salviac, qui nous sensibilise encore une fois aux terribles affres du gâtisme, le rugby français s’est offert aujourd’hui un coin de ciel bleu. Un essai qu’il faudra cependant transformer en rassemblant une ovalie trop divisée pour faire de cette compétition une réussite. Les puériles querelles de clocher doivent enfin cesser pour que cette édition 2023 ne soit pas seulement un succès économique mais également un triomphe sportif. Bref, que le rugby français tourne définitivement la page de l’amateurisme pour soulever cette satanée coupe William Webb Ellis. Tout un programme…

Première étape dès samedi avec le troisième match de la tournée d’automne et de croustillantes retrouvailles contre l’Afrique du Sud. Vu les circonstances, ça risque de piquer.

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