Fiche de lecture : Gilles Simon dénonce la philosophie immuable de la formation fédérale

Alors que débute à huis clos le Masters 1000 de Paris Bercy, Gilles Simon vient de lancer un pavé dans la marre du tennis français. Du genre de ceux qui font du bien tant son discours est éclairant sur les insuffisances des instances fédérales.

Gilles Simon est un homme discret, il ne se livre que trop peu et on peut même le soupçonner d’une certaine méfiance envers les médias. Sa volonté de prendre la plume pour mettre lui même ses mots sur papier pour maîtriser parfaitement son message en est sans doute une preuve. Sans connaître personnellement le bonhomme, on pouvait cependant subodorer que quand il l’ouvrirait, ce ne serait pas pour rien et on n’est pas déçu à la lecture de « Ce sport qui rend fou ».

L’exercice est passé haut la main ! Ce bouquin est le reflet du joueur qu’il est sur le court : intelligent, lucide et pertinent. Clair, inspirant, sans concessions ni langue de bois, son livre, qui s’adresse autant aux décideurs du jeu qu’aux compétiteurs du dimanche, est dès à présent un incontournable que tout fan de tennis se doit de lire. Personnellement, je l’ai lu d’une traite et je ne peux que regretter qu’il ne l’ait pas écrit plus tôt. L’approche mentale du jeu qu’il y décrit m’aurait peut-être épargné quelques déconvenues en tournoi…

L’obsession malsaine de la fédé pour le « joueur parfait »

Mais commençons pour le plus important, l’objectif de Simon. Celui-ci est clair, tenter d’expliquer pourquoi le tennis français, l’un des plus riches, puissants et structurés du monde, ne gagne pas.  S’il ne se planque pas et qu’il reconnaît volontiers les insuffisances individuelles des joueurs, lui en tête, il regrette en premier lieu la philosophie immuable de la FFT dans sa recherche du joueur idéal. Cette obsession qui pousserait les formateurs fédéraux à ne valoriser et n’enseigner qu’un seul style de jeu, celui du joueur contrôlant le point et le terrain, celui de l’attaquant qui viendrait chercher ses points plus qu’il ne compterait sur l’erreur adverse, une vision aujourd’hui incarnée par Roger Federer.

« J’ai constaté qu’on préfère perdre avec la classe que gagner moche. »

Gilles Simon

Ce mythe, le Niçois veut le déconstruire en souhaitant, un peu par provocation sans doute, que les records du divin Suisse soient déboulonnés par Novak Djokovic et son jeu aux antipodes des standards souhaités par la fédé. Car finalement, son message est que, pour gagner, il n’y a pas qu’une seule voie, qu’un seul style et qu’un joueur sera toujours plus efficace en jouant le jeu dans lequel il est à l’aise naturellement plutôt qu’en cherchant à se travestir pour correspondre à des critères préétablis. Il va plus loin en mettant sur cette uniformisation du coaching, l’échec, relatif à mon sens, du tennis français

Le tabou français de la préparation mentale

L’actuel 59ème mondial va même plus loin dans la critique d’une institution qui ne se remettrait pas en question malgré l’absence de vainqueur majeur passé par son système depuis Yannick Noah. Non contente de vouloir imposer un style uniforme à l’ensemble de ses poulains, la FFT ne les mettrait pas dans les meilleures dispositions au moment d’aborder les rencontres. Prenant en exemple les rencontres de Coupe Davis ou de Jeux Olympiques où coaches individuels et préparations spécifiques semblent bannis, il regrette que les routines et habitudes des joueurs (qui marchent sur le circuit) ne soient pas respectées.

« Je veux absolument insister sur un point : un entraîneur qui sort la phrase « Celui-là, il joue bien au tennis mais il n’a pas le mental pour passer », il doit prendre dix ans sans coacher. »

Gilles Simon

La sous-estimation de ces repères, pourtant indispensables à l’équilibre émotionnel conduisant à la performance, apparaissent ainsi comme la suite logique d’une formation où les aspects physiques et techniques l’emporteraient systématiquement sur le mental. À ce sujet, Simon regrette deux choses. La première est que le mental soit considéré comme inné et que les formateurs ne mettent pas en place des programmes spécifiques pour le travailler. La deuxième est l’interdiction pour un tennisman, d’exprimer ses peurs et ses craintes, trop synonymes de faiblesse, quand le Niçois y voit un processus normal de connaissance de soi. Aptitude qu’il considère à la base de l’accession au plus haut niveau.

Je pourrais en écrire beaucoup plus sur ce livre, qui rejoint immédiatement le « Winning Ugly » de Brad Gilbert parmi les meilleurs témoignages de tennismen, mais le mieux que vous avez à faire c’est de découvrir par vous même les analyses de Gillou. Ça vaut clairement le coup et ça donnerait presque envie qu’il s’arrête de jouer pour voir ce qu’il donnerait en DTN ! Bonne lecture.

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