Éric, triathlète : « Le rolling start gâche le plaisir ! »

Sur Sport-Vox, on donne la parole aux sportifs qui nous livrent leurs impressions sur leur pratique. Aujourd’hui Éric Baume, triathlète amateur de 39 ans, nous parle d’une nouvelle mode qui lui déplaît dans son sport : le rolling start.

« Quelle déception ! En me rendant au triathlon de Zürich cette année, je réalise que les organisateurs nous ont collé un rolling start, alors que nous avions droit à un joyeux départ en masse par groupe d’âge les années précédentes. Au lieu de l’euphorie du compte à rebours, des encouragements des spectateurs au son du starter et du plaisir de choisir une tactique de placement par rapport à la masse des concurrents, je me retrouve à attendre mon tour pour un départ édulcoré et ennuyeux.

Le départ en masse, c’est la promesse d’une montée d’adrénaline lorsque tous les concurrents se précipitent en même temps en direction d’une bouée au loin. On est emporté par le flot et l’excitation, on part souvent un peu trop vite, on est gêné par les autres nageurs, on se mesure, on se bouscule, jusqu’à ce que le groupe s’étiole et que le calme revienne peu à peu. Les possibilités de trouver de bons lièvres pour drafter (c’est-à-dire profiter de l’aspiration) sont grandes et lorsque l’on rejoint enfin la terre ferme, on peut jauger d’un coup d’œil le volume de concurrents laissés derrière. Rien de cela n’existe lors d’un rolling start.

Départ classique « mass start » lors d’un IronMan en Arizona

Depuis quelques années, les organisateurs de triathlons se tournent de plus en plus vers le « rolling start », qui consiste à faire partir les concurrents au compte goute par paquets de 4 ou 5 toutes les 5 à 10 secondes (il existe en pratique une infinité de variantes). En fonction des modalités du rolling start et du placement sur la ligne, le temps d’attente varie fortement et peut atteindre plusieurs dizaines de minutes. Auparavant, les concurrents d’un même groupe d’âge partaient simultanément (départ en masse ou par vagues). Si ce changement semble emporter une adhésion assez forte côté organisateurs, les avis sont beaucoup plus partagés côté participants.

Parmi les arguments avancés pour justifier le rolling start, deux sont le plus systématiquement cités : l’amélioration de la sécurité sur la partie natation et le meilleur étalement des athlètes sur le parcours vélo. Mais le prix à payer pour ces améliorations est prohibitif. La natation perd toute sa saveur et le principal élément collectif de ce sport est annihilé, puisque la course se transforme en contre la montre.  L’intérêt pour les spectateurs est également réduit, puisque le départ est moins spectaculaire (pour ne pas dire sans intérêt) et qu’il devient parfois difficile de retrouver un athlète sur le parcours pour l’encourager.

La sécurité en natation : une justification insuffisante

Je n’ai pas trouvé de source factuelle et fiable sur l’accidentologie en triathlon pouvant justifier que la sécurité sur la partie natation nécessite une telle refonte, mais admettons que les incidents soient suffisamment nombreux ou graves pour justifier de prendre des mesures correctives.

Il me parait douteux de considérer que le départ en masse et la proximité des concurrents qu’il induit puisse être la cause de l’essentiel des incidents en natation. Une condition physique, une préparation mentale et un matériel (préférer des lunettes à tour d’œil souple aux « swedish googles » en plastique dur suffit à éviter les blessures en cas de coup reçu au visage) appropriés sont en revanche absolument nécessaire pour limiter les risques. Ces points relèvent de la responsabilité des athlètes et peut être adressé par des actions d’éducation et une communication appropriée pour s’assurer que chacun mesure correctement les difficultés et risques de l’épreuve. Si un incident venait malgré tout à arriver, je conçois en revanche qu’il puisse être plus aisé pour les secours d’intervenir sur un flux de nageur diffus (encore que le périmètre à couvrir est plus large).

Le triathlon concerne des athlètes ayant un historique plus ou moins long dans chaque discipline. Il est vrai qu’un départ en masse peut être impressionnant voir éprouvant pour un compétiteur peu à l’aise dans l’eau. Mais le placement en groupe d’âge est toujours libre et chacun peut choisir d’aller se chamailler dans le bain à remous à l’avant du peloton ou de rester à l’abri derrière ou sur les côtés. La gestion des émotions et la préparation mentale font partie de la pratique sportive ; se mettre en condition de pouvoir surmonter ses peurs ne peut rendre une épreuve que plus intense et gratifiante pour un sportif. Après tout, le besoin de se dépasser n’est-il pas une des principales motivations pour participer à un triathlon ? Voulons-nous diminuer le triathlon pour le rendre accessible au plus grand nombre ou voulons-nous que le plus grand nombre s’élève pour mériter un triathlon ?

Par exception, certaines conditions – comme une aire de départ restreinte (Ironman de Nice par exemple) – peuvent justifier l’implémentation de protocoles de départ spécifiques. Mais cela devrait rester l’exception. Les organisateurs du Défi de Montecristo (course de natation en eau libre à Marseille) arrivent bien à assurer la sécurité de près de 800 concurrents de niveaux disparates partant en même temps sur 5 km de course !

Le drafting en vélo : d’autres solutions existent

Nous nous sommes tous retrouvés coincés dans un embouteillage de cyclistes – incapables de créer un étalement lorsque les niveaux sont trop proches – qui finissent par rouler en peloton (plus ou moins) contre leur gré. Il est vrai qu’il est très désagréable de se retrouver piégé dans cette situation, d’autant que cela peut entrainer des pénalités. Il est également agaçant de se faire doubler par un peloton dans une course où le drafting est pourtant interdit.

Il est indéniable que les embouteillages sur le parcours vélo ne sont jamais souhaitables. Mais n’existe-t-il pas d’autres moyens moins préjudiciables que le rolling start pour limiter ce problème ? Tout changement d’organisation permettant d’augmenter le nombre de vagues de départ (sans aller jusqu’à l’extrême du rolling start) devrait déjà permettre de résoudre une partie du problème. Ainsi, augmenter le nombre de catégories d’âge sur les circuits ayant des catégories de 5 ans ou plus, créer pour chaque groupe d’âge une catégorie non-compétition, pourraient par exemple contribuer à l’étalement des concurrents.

Je salue les initiatives permettant d’augmenter la sécurité en triathlon et le rolling start peut être un outil utile dans certains cas précis, mais veillons tout de me même à ce que la popularité croissante du triathlon, qui se traduit par un encombrement plus important des parcours, n’aboutisse pas à des décisions compromettant les ingrédients qui sont précisément la cause de cet engouement. »

Une nouvelle donne qui n’a heureusement pas empêché notre témoin du jour de rester performant puisque, dimanche dernier, il a battu son record au triathlon (distance olympique) d’Uster en Suisse en 2h13 ! Les connaisseurs apprécieront.

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