XV de France, Guy Novès doit passer la main

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La situation de l’Équipe de France de rugby est passé en un moins d’inquiétante à désastreuse, il est temps d’arrêter les frais et de changer les choses . 

Guilhem Guirado, en capitaine abandonné, ne s’est pas trompé à la fin de la rencontre contre le Japon. Oui l’Équipe de France a bien touché le fond lors de cette apocalyptique tournée de novembre qui l’a vu perdre trois fois contre les Blacks puis les Boks puis concéder un nul quasi miraculeux contre les Cherry Blossoms.

Il est désormais temps pour les décideurs de tirer les conclusions de ces échecs à répétition et de prendre des décisions fortes pour se projeter vers le mondial 2023 à la maison, puisqu’il n’est raisonnablement pas envisageable de viser le titre dans deux ans au Japon. Si Laporte a déclaré y réfléchir, pour moi, c’est désormais clair, Guy Novès n’est pas l’homme de la situation.

Des résultats historiquement bas

Désiré de longue date par la FFR, le gourou toulousain était attendu comme le messie à la tête des Bleus après un mandat cataclysmique de Philippe Sain-André. A tout seigneur tout honneur, rien ne lui a été refusé, il a bénéficié des meilleures conditions possibles de préparation de ses joueurs. Avec la mise en place d’une liste protégée, l’allongement des rassemblements et le suivi d’une préparation physique personnalisée pour les internationaux, rien ne lui a été refusé.

Pourtant, à mi-mandat, il présente tout simplement le plus mauvais bilan de l’histoire des sélectionneurs. Oui pire que le Goret, pourtant le patron des bleus le plus controversé ! Avec 14 défaites en 21 matches, c’est tout simplement catastrophique, son équipe n’arrive strictement à rien et prend des raclées sur les terrains du monde entier.

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Au delà des chiffres, c’est surtout le tableau de chasse de l’ère qui fait peur (ou rire c’est selon) ! Alors que Saint-André s’était offert le scalp de l’Argentine et de l’Australie et que Lièvremont avait lui dominé l’Argentine, l’Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande chez elle, le quadruple champion d’Europe en club doit se contenter d’un seul petit succès contre les Pumas, une misère. Jusqu’à l’humiliation finale contre les nippons…

Un projet de jeu inexistant

Mais les résultats ne sont que la partie émergée de l’iceberg. S’ils sont inquiétants, ils ne sont pas grand chose au regard de la production du XV de France. En effet, alors qu’il avait promis qu’il ferait grandir son équipe par le jeu, on ne sait toujours pas, après 21 matches, où il veut en venir. Avec un turn-over permanent, quand d’autres prônent la stabilité, l’équipe de France n’affiche aucune cohérence dans son jeu et arrive à être plus en plus apathique. Loin de constater un quelconque progrès, on s’aperçoit même qu’elle régresse. Alors que la tournée de l’an dernier avait offert des séquences intéressantes et une véritable opposition aux boks et aux blacks, le contenu de celle que nous venons de vivre a été famélique.

Le nul historique concédé face aux japonais a pourtant rappelé à tout le monde une chose essentielle à tout le monde : le rugby est un sport collectif. Les hommes de Jamie Joseph ont prouvé que la production d’une équipe ne dépendait pas uniquement des individualités qui la compose. Avec des joueurs de second plan, ils ont réussi a construire une identité de jeu cohérente prenant en compte les forces et les faiblesses de leur groupe. Bien que léger, leur pack a assuré sa conquête et les lancements de jeu des arrières ont impressionné. Bref, le travail collectif permet de gommer ou d’attenuer des manquements individuels, où est-il chez nos Bleus ?

On ne peut donc pas se cacher derrière les joueurs car qui peut sérieusement penser qu’ils sont individuellement inférieurs aux nippons ou aux écossais qui ont éparpillé les wallabies ? Si la France se cherche encore des joueurs de classe mondiale, le vivier reste largement assez important pour sortir un groupe de 30 mecs capables d’aligner autre chose que l’infâme bouillie de rugby de cette année. En deux ans, on serait même en droit d’attendre de voir un projet de jeu émerger avec des lancements de jeu et, soyons fou, quelques combinaisons.  Or, on ne voit rien venir. Sa méthode ne fonctionne pas, son discours ne passe plus, tous les signaux sont au rouge et rien ne laisse présager une quelconque amélioration, il est donc temps pour le staff de tirer sa révérence.

Une alternative étrangère pour préparer 2023 ?

Bien que ce ne soit pas dans les mœurs du rugby français où le sélectionneur va systématiquement au bout de son mandat, on a rarement vu une situation s’améliorer en court de route. Saint-André a conclu son mandat raté de manière lamentable sur une déculottée record en Coupe du Monde alors que la finale dite surprise de son prédécesseur avait été amorcée par le Grand Chelem 2010. On peut d’ailleurs oublier toute ambition pour le mondial japonais donc autant lancer un projet véritablement ambitieux avec 2023 comme horizon. Nous avons six ans pour construire quelque chose d’innovant et différent.

Mais qui pour prendre les rênes du XV de France ? Un nouveau coach made in France ? Alors que le rugby hexagonal n’a pas de mots assez durs à l’encontre d’un Top 14 responsable de tous les maux, il persiste à toujours choisir l’un de ses ressortissants, fermant systématiquement la porte à une ouverture vers l’étranger. Les habituelles contradictions de l’ovalie… Pourtant, c’est du sud que viennent les véritables théoriciens modernes de ce jeu. L’Ecosse, l’Irlande, le Pays de Galles, toutes les autres nations nordistes ont d’ailleurs franchi le cap avec succès. Dernier exemple en date, l’Angleterre avec Eddie Jones et un record de 18 succès consécutifs à la clé.

Le rugby français est à la croisée des chemins et fonctionne encore à l’ancienne. Le choix de Guy Novès en 2015, vieux druide par excellence, aux dépends de Clive Woodward, pourtant particulièrement convaincant dans sa présentation, en est le meilleur exemple. La FFR doit enfin s’ouvrir, se moderniser. Elle l’a fait en choisissant le réformateur Laporte à sa tête, à lui désormais d’innover en tranchant dans le vif et en allant chercher les compétences où elles sont vraiment. Installer Ibanez ou Galthié ne serait selon moi qu’une continuité déguisée et conduirait immanquablement aux mêmes échecs. La FFR a les moyens de s’offrir un technicien de top niveau, Jack White, Vern Cotter ou d’autres ont ce profil, qu’elle le fasse !

Se séparer de Novès pour installer un technicien étranger au regard neuf me semble donc aujourd’hui une nécessité absolue. Reste à savoir si les instances en auront le courage. Rien n’est moins sûr…

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