En évoquant la prime des Bleues, Marlène Schiappa se trompe de combat

Les Bleues ont finalement perdu contre les Etats-Unis sans vraiment avoir eu leur chance, le rêve est passé. Maintenant que la compétition s’achève, l’heure est au bilan et tout le monde commence à l’ouvrir à tord et à travers donc pourquoi pas moi…

Je vais être honnête, j’avais prévu d’écrire une chronique pour évoquer le fond de jeu de notre équipe nationale mais Marlène Schiappa est passée par là avec une sortie qui a mis le feu aux réseaux sociaux. Je ne pouvais décemment pas passer à côté d’une telle démonstration de démagogie et de méconnaissance de son sujet.

Une prime équitable non gagnée sur le terrain

La Secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes s’est en effet désolée devant le refus de la FFF d’augmenter les primes allouées aux joueuses pour cette Coupe du Monde au motif de l’adhésion populaire qu’elle a suscité. Alors oui, cette compétition a été une belle fête, oui les Français se sont mobilisés pour suivre et encourager leurs championnes. Ce qui était au départ un acte quasi militant s’est progressivement transformé en curiosité puis  véritable intérêt.

Mais cet intérêt justifie t-il que des primes soient versées de manière illogique, en allant à l’encontre des accords prévus en amont ? Certainement pas ! Rappelons tout de même qu’il s’agissait ici de primes de performances. Performances que les filles, sportivement décevantes (nous y reviendrons), n’ont pas réalisé. Elles n’ont pas atteint les objectifs, à savoir une victoire finale, qui pouvait leur donner droit à une prime totale. C’est aussi simple que cela. Les garçons quart de finaliste en 2014 n’avaient pas eu de « prime de popularité ».

Car c’est finalement bien de cela qu’il est question, parce que les Français se sont mobilisés, il faudrait en récompenser les joueuses ? Ça n’a aucune logique, surtout qu’au vu du spectacle proposé, on imagine bien que les supporters devant leur écran n’y ont pas été amenés par la qualité de jeu de l’équipe de Corinne Diacre, particulièrement pauvre au regard des attentes suscitées. Non, comme les garçons, les bleues auraient touché 30% de la dotation FIFA. Ni plus ni moins que les hommes, c’est cela la parité.

Des disparités salariales qui reflètent une réalité économique

Alors bien évidemment la dotation FIFA étant plus de dix fois supérieure (400M€ contre 30), le montant des primes ne sont effectivement pas les mêmes mais c’est parfaitement logique. Je suis de ceux qui reconnaissent l’universalité et la qualité globale du football féminin mais je ne confonds pas tout pour autant. Comparer les salaires des footballeurs et de leurs homologues n’a juste pas de sens et exiger une égalité encore moins. La parité salariale, que je défends, demande que le même poste aux mêmes compétences soit rémunéré le même salaire, or footballeuse et footballeur, ce n’est pas le même métier tout simplement, sinon tous et toutes joueraient ensemble. Et je n’évoque même pas les différences de postes…

C’est ce que Marlène Schiappa feint d’ignorer dans sa sortie démagogique. Un mannequin homme qui défile pour Dim, touche t-il le même salaire que son alter ego féminin qui parade sur les podiums de Victoria Secret ? Non bien sûr, le rapport est de 30 pour 1… Un gouffre qui ressemble à celui du football mais qui ne doit pas choquer pour autant. Les montants distribués par la FIFA ne sont pas décidés au pifomètre par d’infâmes phallocrates, il s’agit d’un pourcentage des revenus générés par les compétitions. La Coupe du Monde féminine rapporte beaucoup moins, les filles gagnent donc moins, ce qui ne gêne en aucun cas Gaétane Thiney, première concernée.

Marlène Schiappa nous parle également de rémunération mais elle semble ignorer que les filles, comme les garçons ne sont pas des salariés de la FFF qui ne leur verse pas de salaire. Comme on l’a vu les primes sortent des caisses de la FIFA et les émoluments mensuels de celles des clubs professionnels qui répondent à une logique économique. Le rôle de la FFF est de financer le football amateur, c’est par ce biais là qu’elle doit œuvrer pour faire grandir le football féminin. Ce qu’elle s’évertue à faire puisque cela fait seulement deux ans que les frais liés au football féminin sont à l’équilibre. Auparavant, c’était les gains liés aux compétitions masculines qui finançaient la politique de promotion des filles. Comme quoi…

Cette compétition sera, je l’espère, un moment fondateur pour le foot féminin en France mais ne gâchons pas ce bel élan par de la récupération politique de bas étage bien mal maîtrisée. Les filles n’ont pas besoin d’aumône, la hausse de leurs revenus, elles iront le chercher par leur seul talent qui, après avoir conquis les spectateurs, séduira les sponsors

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