Egalité homme/femme : un non sens économique

En marge du dernier tournoi d’Indian Wells, son directeur, le truculent Raymond Moore a relancé une vieille polémique sur la répartition de l’argent du tennis entre hommes et femmes. Si la forme des propos, qui lui ont coûté sa place, est indiscutablement misogyne, doit-on pour autant condamner le fond ?

Reprenons les faits : Raymond Moore, ancien joueur Sud-Africain de 69 ans, a déclaré que les joueuses de tennis devraient « se mettre à genoux tous les soirs pour remercier Dieu que Roger Federer et Rafael Nadal aient vu le jour, car ils ont porté notre sport ». Son point de vue étant donc que les tenniswomen devaient plus leurs revenus à la qualité de jeu du circuit masculin qu’à leurs propres mérites.

Si le raccourci est évidemment très excessif, il a le mérite de synthétiser la pensée d’une large partie des joueurs du circuit ATP qui considère que le partage égalitaire des primes de matches entre hommes et femmes lors des tournois majeurs ne se justifie absolument pas. Jouons carte sur table, à Sport-Vox, nous partageons tout à fait cet avis.

L’égalité de traitement, un symbole

Tout d’abord un peu l’histoire, le problème de l’équité dans les prize money remonte à 1972. La société en règle générale est encore en pleine lutte pour la reconnaissance des droits des femmes et ce combat se retrouve bien évidemment dans le sport à travers une femme, une championne d’exception, l’Américaine Billie Jean King. Scandalisée de voir son homologue masculin remporter $ 15,000 de plus qu’elle lors de sa victoire à l’US Open, elle menace de boycotter l’édition suivante si la situation devait perdurer. La direction du tournoi cédera et dès 1973, l’US Open proposera un prize money équivalent pour les deux sexes.

Dans les années 2000,  la mesure s’est répandue aux autres tournois du Grand Chelem mais également à l’ensemble des tournois regroupant simultanément des tableaux masculins et féminins.

Mais un non-sens économique

Posons déjà les bases, les joueuses gagnent aujourd’hui beaucoup moins que leurs homologues masculins pour une raison simple : l’égalité de traitement n’existe donc que lors des tournois proposant conjointement un tableau masculin et un tableau féminin.

Rentrons un peu dans le détail, les deux circuits se subdivisent en plusieurs catégories :

  • Les deux premières catégories : Grand Chelem et Master 1000 chez les hommes et Premier Mandatory chez les Femmes sont communs.
  • Les deux autres : ATP 500 et 250 chez les hommes et Premier et International chez les femmes sont indépendants.
ATP WTA
Catégorie Prize Money Moyen Catégorie Prize Money Moyen
1 Grand Chelem (4) NC Grand Chelem (4) NC
2 Master 1000 (9) $ 5,5M Premier Mandatory (4) $ 6,7M*
3 ATP 500 (13) $ 2,1M Premier (9) $ 930,000
4 ATP 250 (39) $ 620,000 International (34) $ 280,000

*Le montant moyen est plus élevé que celui des hommes car il ne tient compte que de 4 tournois (communs au deux circuits) alors qu’il y a 9 Master 1000 chez les hommes.

Les chiffres sont éloquents. Si les prize money sont équivalents quand les deux circuits se rejoignent, la WTA n’arrive pas du tout à tenir la comparaison dès que les tournois sont organisés séparément ! Ainsi, pour une catégorie de tournoi similaire, un tournoi masculin sera deux à trois fois mieux doté que son homologue féminin.

Il est ainsi assez aisé d’en conclure que les partenaires et sponsors préfèrent s’associer au tennis masculin permettant ainsi de faire gonfler le budget des tournois et donc, la rémunération des joueurs.

Un tennis masculin plus attractif

Pourquoi alors une telle disparité ? Tout simplement car le tennis masculin attire plus de spectateurs que le tennis féminin. Quiconque ayant déjà pris place dans les travées du Court Philippe Chatrier aura pu constater le phénomène suivant : les tribunes se vident inéluctablement dès qu’un match masculin se termine pour laisser place à un match féminin. Le public préférera rejoindre les courts annexes pour voir jouer des hommes (en simple ou en double) plutôt que de regarder des jeunes femmes.

Ne voyez rien de sexiste dans mon propos mais juste un constat : le tennis féminin n’intéresse plus le public ! Il y a plusieurs raisons majeures à cela :

  1. Une crise générationnelle

Alors que le tennis masculin bénéficie d’une génération absolument hors-norme avec plusieurs grands champions aux styles et aux personnalités affirmées, le tennis féminin peine à se renouveler. Derrière Serena Williams, qui semble pouvoir gagner dès que l’envie l’en prend, aucune véritable hiérarchie solide et stable ne semble se mettre en place, aucune personnalité forte ne semble capable d’émerger. Les outsiders passent sans s’installer.

Le tennis est un sport d’opposition, de duel, qui se nourrit de rivalités fortes. Navratilova/Evert, Seles/Graff, Davenport/Hingis… le tennis féminin s’est construit autour de ces oppositions exceptionnelles.

Alors que les hommes ont encore Federer/Nadal ou Djokovic/Murray, les femmes semblent incapables de s’inscrire dans la durée pour offrir une opposition constante et régulière à la reine Serena. Dès lors le suspense en pâtît et les audiences également.

  1. Une uniformisation regrettable du jeu

Non seulement le tennis féminin n’offre plus de rivalités dignes de ce nom mais, sur le terrain, le jeu n’offre souvent plus aucune surprise.

Depuis l’avènement des grandes frappeuses venues de l’Est au début des années 2000, tous les coaches semblent avoir pris le pas et ne forment plus que des clones au jeu stéréotypé et prévisible. Rivées à leur ligne de fond en frappant à plat de plus en plus fort, les filles n’offrent plus de spectacle et il est difficile de différencier les joueuses les unes des autres tant leurs styles de jeu sont devenus semblables !

Il semble loin le temps des Jana Novotna ou Nathalie Tauziat, dernières serveuses-volleyeuses, espèce aujourd’hui disparu. Combien de joueuses de top niveau sont capables de varier les effets à une main comme le faisaient si bien Justine Hénin ou Amélie Mauresmo ?

A l’exception notable de l’espagnole Carla Suarez-Navarro, aucune joueuse n’a de revers à une main dans le Top 20 alors que Federer, Wawrinka, Gasquet, Dimitrov ou Thiem ont remis cette gestuelle à la mode chez les hommes.

Le tennis masculin passionne car il y en a pour tous les goûts, tous les styles. L’aspect tactique reste essentiel pour comprendre et appréhender le jeu et, même si l’harmonisation des surfaces fait malheureusement disparaître les purs serveurs-volleyeurs, la diversité du jeu ravit toujours les esthètes.

  1. La structure des matches

Le sport se nourrit de l’exceptionnel. Dans le tennis, ce sont les tournois du Grand Chelem qui offrent la plus grande dramaturgie et la plus belle vitrine. Dans ces majeurs, le format de jeu masculin au meilleur des cinq manches offre les plus grands moments de la saison.

En plus d’offrir aux hommes, mathématiquement, une plus grande couverture médiatique, ces matches rallongés permettent des rencontres de légendes avec des protagonistes poussés au-delà de leurs limites. En limitant les rencontres féminines à deux sets gagnants, les grands chelems féminins ne deviennent pas des moments exceptionnels et rares puisqu’ils ne se différencient pas du quotidien du circuit WTA.

Si l’on devait demander aux fans de voter pour les plus grands matchs de la décennie, nul doute que seraient presque exclusivement cités des matches masculins en cinq sets.

Un constat conjoncturel mais pas définitif

La position des joueurs me paraît donc légitime, ce sont eux qui font venir les sponsors et les partenaires, la plus grosse part du gâteau devrait donc leur revenir. Et une vision paritaire mal placée ne devrait rien avoir à faire dans ces considérations purement économiques et pragmatiques.

Conteste-t-on la légitimité des mannequins féminins à gagner beaucoup plus que leurs homologues masculins au nom d’un principe d’égalité des sexes ? Bien sûr que non ! Les foules se déplacent en masse pour les défilés Victoria Secret, beaucoup moins pour admirer des éphèbes en slip…

Le tennis masculin fait aujourd’hui vivre son homologue féminin comme l’a maladroitement fait remarquer Raymond Moore et devrait ainsi en tirer des subsides plus conséquents. De plus, les perfusions de dollars que l’ATP permet à la WTA d’engranger empêche une véritable remise en question qui est, à mon sens, indispensable au tennis féminin.

Il n’est donc pas ici question d’une volonté machiste de favoriser les hommes. Si demain le tennis féminin devait connaître un âge d’or et supplanter son homologue masculin dans le cœur des supporters, il va de soi que je soutiendrai une répartition des gains à l’avantage des femmes.

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