Dossier formation : le modèle français a t-il atteint ses limites ?

Aucun quart de finaliste en grand chelem, aucun membre du Top 15 ATP et un leader qui ne pointe qu’au 23ème rang de la Race, le tennis français est bien en crise. De là à remettre un question un système de formation qui a fait ses preuves ? Comparaison avec deux écoles qui montent.

On l’attendait depuis un moment, on l’annonçait imminente, cette fois fois on y est, la génération des nouveaux mousquetaires est bien en bout de course et leur successeurs se font attendre. L’avenir du tennis français s’annonce morose et il y a fort parier que tous ceux qui critiquaient (injustement à mon sens) Tsonga & co ne vont pas tarder à les regretter amèrement. Mais comment expliquer cette absence de relève ? Incite t-elle à s’interroger sur l’efficacité du système de formation français ?

1 – Un modèle de pointe qui fait des émules

Les faits sont là et ils sont éloquents. Depuis 2006, Geoffrey Blancaneaux est le seul vainqueur français d’un tournoi du Grand Chelem chez les juniors (Roland Garros 2016) quand les représentants tricolores en avaient trusté 12 entre 2000 et 2006. On ne trouve pas non plus trace de jeunes français dans le Top 10 de la race to Milan, le classement des moins de vingt ans, une aberration il y a une décennie.

Pourtant, selon Patrick Mouratoglou, directeur de l’Académie éponyme, la France possède « le meilleur système de détection du tennis mondial ». En effet, avec près de 8000 clubs, trois pôles espoirs et un Centre National d’Entraînement ultra-moderne, les mailles du filet FFT sont particulièrement serrées et ne laissent que très peu passer des talents. Les potentiels sont immédiatement identifiés et intégrés dans une machine fédérale bien huilée.

Des structures très efficaces qu’à d’ailleurs voulu dupliquer le tennis canadien comme me l’a confié Eugène Lapierre, vice-président de Tennis Canada et directeur du tournoi de Montréal : « on n’a rien inventé, on a vraiment copié ce qui se fait en France, on a même volé le personnel ! ». Le tennis français serait donc structurellement ce qui se fait de mieux et s’apprête pourtant à connaître des heures difficiles. Pourquoi ?

2 – Un monopole de la FFT contre productif

Pour Mouratoglou, c’est la politique de la fédération qui ne serait pas optimale. L’entraîneur de Serena Williams s’interroge en effet sur la véritable mission de la FFT : « Est-ce le rôle de la fédé de garder tous les potentiels identifiés ou doit-elle les mettre dans les meilleures conditions pour arriver au plus haut niveau ? ». Pour lui, c’est clairement la seconde solution car les meilleures conditions varient selon les profils et ne sont forcément au CNE de Roland Garros.

Le technicien considère que la FFT ne peux pas « répondre à 100% des besoins de 100% des joueurs », en d’autres termes que la seule méthode fédérale ne peut pas répondre parfaitement aux besoins particuliers de tous les haut potentiels français et doit leur permettre de choisir l’environnement qui leur semble le plus adapté pour exprimer leur potentiel. En d’autres termes « la fédération doit s’ouvrir à la concurrence, indispensable, plutôt que de la tuer ».

Car c’est là que le bât blesse, ces académies privées ont un coût, 60 000 € par an pour un adolescent. Un montant exorbitant que la FFT n’accepte de couvrir que lorsque le joueur évolue dans ses structures. Pour les hauts potentiels, identifiés par la FFT, qui préfèreraient s’entraîner ailleurs, hormis une bourse de 6 000 €, c’est à leur charge. Dans ces conditions, même si le cadre privé correspond mieux au joueur, le choix est vite fait…

3 – Un dangereux repli sur soi

Mouratoglou parle ainsi d’une « sélection par l’argent plus que par la compétence », les jeunes et leur famille privilégieraient les structures fédérales au détriment de structures privées pour le seul argument financier. Un discours qui trouve un écho sur le circuit où d’autres parlent d’assistanat, soulignant que le joueur devrait être responsable de son projet plutôt que de ne compter que sur le soutien de la FFT.

Philippe Chatrier énonçait en son temps que « être champion est une aventure individuelle », je rajouterais qu’elle est désormais nécessairement une aventure familiale. Pour Mouratoglou, « espérer amener un jeune, surtout une fille, au haut niveau sans les parents est illusoire ». C’est pourtant ce que s’obstine à faire la fédération depuis des années. Si les parents n’ont pas toujours les compétences de coacher, ils doivent impérativement faire partie de l’équilibre et du cadre permanent du champion en devenir. Il suffit de regarder des champions comme Djokovic, Nadal ou les soeurs Williams pour s’en convaincre.

A mon sens, c’est ce repli sur soi caractérisé par une défiance des structures privées et un éloignement des parents qui limite en partie le tennis tricolore sur la route des titres majeurs. Le système du tout fédéral a peut-être atteint son plafond de verre et doit désormais se ré-inventer sans non plus tomber dans une privatisation à l’excès qui a fait tant de mal au tennis US.

Partie 2 à suivre : USA, une nationalisation qui marche

 

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