Del Potro, principale menace pour le duo Federer-Nadal ?

Décidément, cette année 2018 s’annonce particulièrement indécise. Si, comme l’an passé, Federer et Nadal se disputent le trône de l’ATP, un troisième revenant que l’on pensait perdu pour le tennis pourrait bien venir se mêler à la lutte.

Depuis janvier, la tendance de 2017 ne semble pas s’être inversée. Vainqueur à Melbourne, Roger Federer a remporté son vingtième tournoi majeur et truste le haut du classement ATP, juste derrière son meilleur ennemi espagnol qui, s’il n’a pas joué depuis l’Open d’Australie, devrait profiter du retour sur sa surface de prédilection pour débloquer son compteur.

Derrière eux, toujours pas de retour en vue pour les deux autres membres du « Big Four » ni de progression significative d’une jeunesse décidément encore trop tendre. Si Marin Cilic est régulier, son incapacité à dominer les deux patrons dans les moments qui comptent limite très clairement ses chances de les challenger pour la place de N°1. Bref, un seul homme me semble en mesure de les regarder dans les yeux : Juan-Martin Del Potro.

Un début de saison canon

Aussi surprenant que cela puisse paraître, la Tour de Tandil se pose désormais comme la principale menace qui pèse sur le duo. Son début de saison en atteste, il est à un niveau exceptionnel et redevient un taulier crédible pour le tennis mondial. Sa série de 14 victoires consécutives entre Acapulco et Miami ne lui a pas seulement rapporté un ATP 500 et un Masters 1000, mais a surtout marqué les esprits.

S’il s’est finalement incliné en demi-finale du tournoi floridien contre un John Isner imprenable, il a montré qu’il était de nouveau capable d’enchaîner les matches et les performances. En un mois, il s’est ainsi offert Anderson, Raonic (2x), Ferrer (2x), les frères Zverev, Nishikori, Thiem et Kholshreiber mais surtout, il a fait tomber le maître.

En finale d’Indian Wells, au terme de ce qui constitue pour l’instant LE match de la saison, il a mis fin à l’invincibilité de Roger Federer. Au terme d’une rencontre de près de trois heures à l’intensité extraordinaire et malgré trois balles de matches contre lui, il a démonté la statue du commandeur et a démontré à ceux qui en doutaient encore que son corps était de nouveau capable de tenir le choc.

Un champion destiné aux sommets freiné par la malchance

Car oui, les sommets, l’Argentin les a déjà connus. Vainqueur de l’US Open à tout juste 21 ans au terme, déjà, d’une exceptionnelle performance contre Roger, il était destiné à prendre la succession du maestro, programmé pour s’installer tout en haut de la hiérarchie mondiale. Disposant de toutes les armes du tennis, imperturbable mentalement et capable de briller sur les quatre surfaces, il avait le profil d’un N°1 mondial en puissance. Si seulement son corps avait tenu le coup.

Miné par les blessures, plusieurs fois opéré des poignets, hantise des tennismen, il a perdu les plus belles années de sa carrière à combattre le mauvais sort. Après deux saisons blanches entre 2014 et 2016, un classement redescendu au-delà de la millième place mondiale et une incapacité à frapper son énorme revers à deux mains, on l’imaginait alors mal refaire parler de lui.

Et pourtant, il a patiemment su faire évoluer son jeu en reconstruisant complètement son revers qu’il frappe désormais majoritairement slicé à une main pour se ménager. S’il a perdu en explosivité de ce côté, il tient tout à fait la route et a, en revanche, conservé ses deux armes de destructions massives : son service canon et son coup droit massue. Avec cette puissance retrouvée et son état d’esprit de survivant, il est clairement de retour. De là a de nouveau regarder vers les sommets ?

Vers un couronnement tardif ?

Ce lundi, Del Potro est de retour aux portes du Top 5 (6ème) qu’il ne devrait pas tarder à enfoncer et se place même en dauphin de Federer à la Race to London. De quoi lui donner de véritables ambitions de prise de pouvoir à moyen terme. En effet, à l’inverse de nombreux autres prétendants, Cilic en tête, il ne fait aucun complexe face aux deux ténors du circuit. Complètement blindé par les épreuves, il joue sans aucune retenue et n’en est que plus dangereux !

Federer, dominé donc à Indian Wells, mais également à l’US Open peut bien sûr en témoigner tout comme Nadal qui ne mène que 9 à 5 dans leurs confrontations. Plus important encore, comme les plus grands de ce jeu, il est capable d’élever son niveau de jeu dans les moments cruciaux et n’est jamais aussi fort que dans le money time. Ses victoires au bout du suspense contre l’Espagnol aux Jeux Olympiques ou Murray en Coupe Davis sont là pour le rappeler. Cette dimension mentale, qui manque à tant d’autres, en font un outsider très crédible au trône.

Alors que Federer fait encore l’impasse de la terre battue, que Nadal dispute des saisons en pointillés et que la relève ne progresse pas, Del Potro a une véritable opportunité, une occasion d’accomplir enfin sa destinée. Désormais protégé par son classement dans les gros tournois, il va pouvoir se ménager et garder ses forces pour les matches qui comptent afin de frapper un grand coup et d’ajouter, neuf ans après, un nouveau tournoi du Grand Chelem à son palmarès.

L’argentin à la carrière malchanceuse et chaotique a toutes les armes pour ceindre la couronne et devenir le nouveau patron du circuit. Après tout, il n’a jamais que 29 ans…

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