Coupe Davis, que retenir de la victoire des Bleus ?

CD

Joie intense à Lille où la bande à Noah a remporté la dixième Coupe Davis de son histoire en disposant 3-2 de la Belgique. Retour sur un week-end historique, riche en enseignements.

Après 16 ans d’attente, l’équipe de France de tennis a de nouveau soulevé le graal ce dimanche en remportant une dixième Coupe Davis aux dépens d’une équipe belge courageuse mais trop limitée pour rivaliser avec le collectif tricolore. Un triomphe aux airs de soulagement après de nombreuses déconvenues.

Derrière Goffin, le néant

Si la plus ancienne compétition par équipe entre nations est habituellement friande de rebondissements spectaculaires, cette finale 2017 aura fait exception à la règle, tant sur le banc que sur le terrain. Les joueurs et les entraîneurs ne nous auront pas offert beaucoup de suspense dans un week-end qui se sera déroulé comme prévu avec David Goffin esseulé d’un côté et une équipe beaucoup plus homogène de l’autre.

Le leader belge n’a rien à se reprocher au soir de la défaite. Irréprochable, il a livré deux partitions sans fausses notes, à la hauteur de son nouveau statut de finaliste du Masters. Même si ses deux victoires, impressionnantes de maîtrise, n’auront servi à rien, elles ont confirmé que le nouveau 7ème mondial avait passé un sacré palier. Contre un Tsonga en feu en début de rencontre, il aura été d’un froid réalisme, celui des grands et aura marqué cette édition de son empreinte. Mais une Coupe Davis ne se remporte pas seul et ses lieutenants n’ont tout simplement pas été au niveau.

Loin de moi l’idée de tomber sur Darcis, Bemelmans et De Loore qui n’ont pas démérité. Cependant, contre des Bleus beaucoup plus solides, ils ont joué à leur niveau, beaucoup trop éloignés de celui de leurs adversaires. Si le double a bien donné quelques sueurs froides aux supporters tricolores, l’épouvantail Darcis, le « Monsieur Coupe Davis » n’a pas fait illusion très longtemps. Corrigé par Tsonga puis Pouille, il a été au niveau d’un 76ème joueur ATP, très insuffisant. Ce joueur là, une bonne dizaine de tricolores auraient pu le taper…

Car c’est évidemment là le grand mérite français. Cette exceptionnelle densité à haut niveau enfin récompensée. Les esprits chagrins pourront toujours regretter l’absence de vainqueur français en Grand Chelem mais que ce soit la France qui soulève le saladier la première année où tous les participants d’une campagne sont considérés comme vainqueurs est particulièrement symbolique. Cette année, les Bleus ont gagné à huit ! Tsonga, Gasquet, Pouille, Herbert, Mahut, Benneteau, Simon, Chardy, tous sont montés sur le podium soulever le trophée. Comme souvent, il ne manquait que Monfils sur la photo de famille…

La consécration d’une génération malchanceuse

Un collectif très fort qui était trop souvent passé à côté et qui méritait pourtant largement sa place au panthéon du tennis français. Ils peuvent êtres soulagés ces nouveaux mousquetaires qui ont si longtemps traîné le boulet des énormes attentes qui pesait sur leurs épaules. Cette exceptionnelle génération si souvent décriée tient désormais son moment d’éternité, son glorieux fait d’armes, aux côtés de ses devancières. Leurs anciens ne cachaient d’ailleurs pas leur satisfaction à les voir soulever enfin ce saladier d’argent, tous étaient là pour les voir exulter.

Comme souvent, j’ai été atterré de constater le traitement innommable dont cette génération, pourtant la meilleure de l’histoire du tennis français, a bénéficié sur les réseaux sociaux. Les commentaires affligeants dont peuvent faire l’objet des Tsonga, Gasquet ou Simon me laissent perplexe. Traînés dans la boue, on les traite de pleurnichards ou de losers et nombreux sont les internautes qui souhaitaient même la victoire de la Belgique et son vertueux leader. Encore une preuve de la pitoyable culture sportive de nos concitoyens qui n’ont pas conscience de la chance que nous avons de les avoir.

J’ai beaucoup de respect pour David Goffin mais il est pour l’instant très loin de les égaler. Au même âge que le Belge, 27 ans, nos trois français en avait accompli beaucoup plus que lui. Alors qu’il ne compte que 4 titres ATP au compteur, Tsonga, Gasquet et Simon en avait respectivement empoché 9, 10 et 7. Alors qu’il n’a jamais fait mieux qu’un quart de finale de majeur, Jo facturait une finale et trois demi-finales quant Richard avait atteint deux fois le dernier carré. Le tout face à une concurrence autrement plus féroce, car sa si belle saison, le belge la réalise avec Djokovic, Murray, Wawrinka, Nishikori ou Raonic aux stands…

Cette injuste différence de traitement ne se gommera malheureusement pas avec cet apogée lillois. Leurs détracteurs trouveront sans doute que leur victoire manque de panache contre une opposition trop faible, que la compétition n’a plus la même saveur délaissée par les cadors du circuit, mais peut importe. Ils ont gravi leur Olympe, ils se sont hissés au niveau de leurs prédécesseurs et doivent aujourd’hui ressentir une satisfaction mêlée de fierté et de soulagement. Mon seul regret est qu’ils l’aient accompli au crépuscule de leur carrière.

Un nouveau départ pour le tennis français ?

En effet, la Coupe Davis est un formidable accélérateur de carrière, un dépucelage du très haut niveau. Nadal, Djokovic, Murray, pour ne citer qu’eux, tous ont été boostés par un triomphe collectif. Soulever le saladier leur a fait passer un cap supplémentaire, leur a apporté un supplément d’âme. Pour Rafa, c’est son premier titre majeur, pour les deux autres c’est la dernière pièce du puzzle avant la prise de pouvoir à l’ATP. Et même si on imagine bien Gasquet ou Tsonga capable de claquer encore un ou deux coups d’éclat, cette victoire arrive un peu tard pour les mousquetaires. On peut penser qu’un succès en 2010 aurait changé bien des choses…

Cet « effet Coupe Davis », c’est peut-être Lucas Pouille qui pourrait en bénéficier. Alors qu’on pouvait craindre un destin à la Paul-Henri Mathieu dont l’échec en 2002 avait brisé un élan prometteur, le nordiste n’a pas craqué pour conclure. Darcis n’est certes pas Youzhny mais peut importe, il a su se transcender au moment décisif, sans jamais trembler, pour porter l’estocade. En conclusion d’une saison difficile, cette victoire pourrait faire date, servir de déclic, de tremplin, être le point de départ d’une véritable ascension vers un destin radieux.

Après tout, avec des cadors trentenaires et une élite qui tarde à se renouveler, il y a des places à prendre pour le protégé de Manu Planque qui n’a, dans l’absolu, pas grand chose à envier à Goffin, Sock, Carreno Busta ou Thiem, tous présents au Masters. Il y a fort à parier que, pour le jeune homme de 23 ans, ce week-end lillois soit un acte fondateur et qu’il s’affirme très vite comme le leader du tennis tricolore. Si le réservoir derrière lui semble moins brillant, il pourra compter sur un Pierre-Hugues Herbert qu’on imagine bien en Mickael Llodra 2.0, taulier indéboulonnable du double et pourquoi pas sur Mannarino et Paire en solides lieutenants.

Avec les mousquetaires, désormais déchargés de toute pression et qui pourront encore donner quelques coups de mains et une jeunesse portée par Corentin Moutet (154 ATP à 18 ans), l’avenir du tennis masculin ne sera peut-être pas être si sombre et les futurs succès pourraient bien s’êtres fondus dans le creuset du Stade Pierre Mauroy et cette victoire pourrait en annoncer d’autres. Pardonnez moi mon optimisme sans doute un peu exagéré mais c’est dans ce genre de journée que l’on a envie de croire à des lendemains qui chantent.

Le saladier est de retour à la maison et il va falloir se lever tôt pour venir nous le reprendre ! Prochaine étape, Albertville et la réception des Pays-Bas dès le 4 février. Avec ou sans Noah ? on en parle au prochain épisode .  

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