Brunel, homme providentiel ou homme de paille ?

Intronisé sélectionneur du XV de France, Jacques Brunel fera demain ses grands débuts, qu’on souhaite victorieux, sur le banc des Bleus contre l’Irlande. Un grand moment qu’il vivra avec, dans le dos, l’ombre envahissante de son président.

C’était sur ma liste de souhaits et le Père Noël Laporte m’a exaucé en m’offrant, en décembre dernier, la tête de Guy Novès. Si cette décision m’a vraiment comblé, tant il fallait faire bouger les choses, la suite m’a clairement laissé dubitatif.

Là où j’appelais de mes vœux un véritable changement de cap avec un sélectionneur idéalement étranger, résolument moderne et tourné vers 2023, j’ai vu débarquer Jacques Brunel.

Un choix sportif surprenant et passéiste

Loin de moi l’idée de critiquer l’homme, que j’aime bien en plus, mais franchement, déjà que je trouvais le sorcier toulousain un peu dépassé du haut de ses 63 ans, que dire de son successeur moustachu ! Brunel, c’est la même génération que Novès (ils sont tout deux nés en 1964), le charisme et le palmarès en moins. Comme entraîneur en chef, il ne compte ainsi qu’un bouclier de Brennus et deux challenges européens, maigre en trente ans de carrière…

Alors que j’espérais voir débarquer une sommité internationale ou, tout du moins, un tacticien aux idées novatrices, on ne peut pas dire que j’ai été gâté en voyant débarquer la caricature de l’entraîneur français traditionnel, spécialiste du jeu d’avant. Les décideurs de la FFR ont fait preuves d’un conservatisme étonnant à travers ce choix sans même parler pas de ses adjoints tournants empruntés aux clubs de Top 14. À l’extrême limite de l’amateurisme marron des années 80…

Bref, difficile selon moi d’imaginer les Bleus révolutionnés et ragaillardis par ce choix tant les compétences techniques de Brunel ne semblent ni supérieures ni différentes de celles de son prédécesseur. On a beaucoup entendu cette semaine à Marcoussis que le nouveau coach avait apporté « beaucoup de joie », on peut alors se demander si sa bonne humeur est la principale raison de son embauche. À moins qu’il ne faille la chercher ailleurs ?

Du copinage au putsch ?

L’image n’a pas manqué d’étonner ce matin pour l’entraînement du capitaine, dernier test avant le choc face à l’Irlande, Bernard Laporte en survêtement sur le terrain. Une première depuis sa prise de fonction. Observateur attentif et concerné, dirigeant presque et débriefant passionnément la séance avec Jacques Brunel, le président de la FFR s’est offert un saut dans le temps. Du temps où c’était lui le patron sportif et Brunel son adjoint.

Car oui, pendant ses huit ans de mandat à la tête des Bleus, c’est bien Jacques Brunel qui le secondait fidèlement en s’occupant des gros. De là à penser que Laporte ne l’a nommé que pour s’en servir de prête-nom, il y a un pas que je ne franchirai pas mais il est certain que la tentation pour l’ancien entraîneur du RCT de s’imaginer en homme providentiel du rugby français, en coulisses mais aussi sur le terrain, doit être très grande.

« Effectivement, j’ai une relation amicale avec Bernard Laporte. Mais je ne crois pas un seul instant que le choix qu’il a fait est lié à cette relation. Si c’était le cas, il serait fou ! »

Jacques Brunel, interrogé sur l’impact de sa relation avec Laporte sur sa nomination

L’intransigeant et encombrant toulousain mis hors jeu, son plus fidèle apôtre installé sur le banc, il a en tout cas mis toutes les conditions de son côté pour jouer sa partition de messie. Et bien que Brunel s’en défende, personne n’est dupe, s’il est là c’est avant tout grâce à la relation privilégiée qu’il entretient avec le tout puissant. Reste à savoir jusqu’où ira ce dernier, ce contentera t-il d’un rôle de super-consultant ou prendra t-il petit à petit les commandes ? Premier élément de réponse demain où je ne serais pas surpris de le voir squatter les vestiaires.

Avec Brunel sélectionneur, Laporte a encore accru sa main mise sur le rugby français. À lui désormais de le sortir de l’ornière, si les enquêtes qui le visent lui en laissent le temps bien sûr…

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