Bastareaud, un choix symbolique plus que tactique

Jacques Brunel a tranché et Mathieu Bastareaud n’ira pas au Japon, une décision forte sur les ambitions à venir des Bleus ? À mon sens, pas vraiment…

La liste est donc tombée, nous connaissons donc les 31 joueurs qui auront le plaisir d’aller se faire concasser par les Argentins et les Anglais au premier tour de la Coupe du Monde. Et parmi eux ne se trouve donc pas leur vice capitaine, sacrifié sur l’autel du fameux « jeu de mouvement ». Une vaste blague qui porte surtout la griffe Galthié, désireux de bien montrer qui détient le pouvoir de décision au sein cette armée mexicaine.

Basta : joueur irréprochable mais coupable idéal

Avant toute chose, j’ai envie de rendre hommage au centre du RCT tant c’est un crève-cœur de le voir encore et toujours servir de bouc émissaire au rugby français. Depuis ses débuts, il est malgré lui le symbole d’un rugby bourrin, restrictif et sans imagination. Dans l’imaginaire collectif, il porte en lui tous les maux du rugby français de ces dernières années, il est le responsable de toutes les déroutes. Depuis l’épisode tragi-comique de la table basse, lors duquel il a payé pour tout le monde (notamment pour certains cadres toulousains de l’époque) on ne lui laisse rien passer et il représente le fusible idéal.

Pourtant, il suffit de l’avoir regardé jouer ces dernières saisons pour s’apercevoir qu’il est à des années-lumière de la caricature que l’on fait de lui. S’il n’est pas le plus rapide à son poste, il est devenu un vrai régulateur de ligne, maître à jouer de ses équipes. Loin d’être le coffre à ballons décrit par ses détracteurs, il est au contraire très efficace pour faire jouer ses partenaires dans la défense par des passes après contact. Il a fait évoluer son jeu tout en conservant ses qualités inégalables de percussions et de défense.

Mais au-delà du jeu, c’est aujourd’hui un meneur d’homme incontestable, unanimement respecté, vrai lien entre les générations. Un mec bien, comme en témoigne sa réaction pleine de classe. En plus d’être discutable sur le plan sportif, son absence est ainsi très préjudiciable pour la vie de groupe. Alors que cette équipe de France se cherche une identité et des repères, Galthié vient de la priver de son leader le plus apprécié au sein du groupe. Une manière d’asseoir un peu plus son emprise sur un groupe affaibli et privés de caractères (Parra lui aussi paie cette politique).

Une liste pas taillée pour le jeu de mouvement

Au-delà du gâchis que représentera toujours l’incapacité des sélectionneurs successifs à tirer le meilleur du plus brillant centre français depuis Yannick Jauzion, c’est le fond qui laisse pantois. Je n’évoquerai même pas le mépris que j’ai pour Brunel, incapable de prendre son téléphone pour prévenir son vice capitaine, papy moustache n’étant qu’un risible pantin dans cette histoire. En revanche, je vais m’arrêter deux secondes sur les raisons évoquées : privilégier le jeu de mouvement pour lequel il serait inadéquat.  

Sur le principe, pourquoi pas. Même si expliquer qu’on change de fusil d’épaule à deux mois d’une compète prête à sourire, le choix tactique pourrait s’entendre si toute la liste était cohérente et que les autres sélectionnés l’avaient été pour leur capacité à jouer un rugby rapide et enlevé mais c’est tout sauf le cas ! Devant, des joueurs comme Lauret, Picamoles ou Le Roux, incapables de faire une passe ou de s’intercaler efficacement dans la ligne ont été préféré à des profils plus complet et techniques comme Ollivon ou Macalou.

Et ce n’est pas mieux à l’arrière ! Machenaud, est un neuvième avant, lent et limité dans l’animation, Lopez est un joueur moyen et limité au niveau international, Doumayrou (le remplaçant de Bastareaud) est avant tout un gros défenseur et Huget n’est pas le plus véloce des ailiers disponibles. Alors que des Couilloud, Carbonnel ou Thomas sont en pleine bourre et collent parfaitement au style de jeu prétendument favorisé, ils resteront à la piaule, devancés par des joueurs lents et moins techniques qu’eux. Vous avez dit incohérent ?

Un choix symbole des luttes de pouvoir internes

C’est bien là que le bât blesse et que l’argumentaire de Brunel s’écroule, la liste donnée hier n’est absolument pas le reflet d’une véritable volonté de changement radical dans l’approche tactique de cette équipe. Vouloir jouer rapidement en enchaînant les temps de jeu ne sera pas possible avec ces joueurs, au moins autant formatés à un jeu restrictif de concassage que le sacrifié toulonnais. Bref, on se fout encore allègrement de nous et le malaise de Brunel au moment de justifier ses choix est éloquent.

Soyons clairs, l’éviction de Bastareaud porte le sceau de Galthié. Le véritable sélectionneur c’est lui et il a tenu à le montrer en écartant l’un des symboles du mandat du gersois. Blacklisté par son prédécesseur Novès, le centre avait été remis en jeu par Brunel qui en avait fait le cadre de sa ligne. Le dégager est une manière pour Galthié d’affermir son autorité en faisant table rase d’un des rares choix forts de son officiel patron. Changer le capitaine Guirado, personnage plus lisse et moins clivant, n’aurait pas eu la même résonance, il s’en est donc pris au second. Bien plus qu’un choix sportif, c’est un coup de force politique.

Avec cette équipe, déséquilibrée et sans repères, difficile d’imaginer plus qu’un quart de finale qui serait déjà une performance honorable. Cela, Galthié l’a bien compris. Il laisse donc Brunel aller à l’abattoir tout en se préservant d’un éventuel exploit, toujours possible, de nos Bleus. Si le XV de France perd, ce sera en raison de la mauvaise gestion de papy ces deux dernières saisons et il aura les mains libres pour rebâtir comme il l’entend. Si ça gagne, ce sera grâce à son intervention et à ses « choix forts » et il n’en sera que plus légitime pour attaquer son mandat. Dans tous les cas, Galthié ressortira plus fort de cette édition.

Une dernière fois, Bastareaud aura payé son exposition médiatique, son charisme et son profil atypique. C’était, comme toujours, la cible idéale. Son éviction n’est en aucun cas un choix sportif mais la résultante d’une guerre intestine remportée par Galthié. Une triste fin qui résume bien la relation amour/haine qu’aura entretenu Basta avec une sélection qui ne l’aura jamais vraiment accepté.

One thought on “Bastareaud, un choix symbolique plus que tactique

  1. L’histoire de la table de nuit, il n’y a plus que toi qui en parles, et le meilleur depuis le « Platane », t’es sur ?
    Un certain BOD,peu impressionné par notre « régulateur « une qualité d’ailleurs pas prépondérante à ce poste ou on cherche plutôt des créateurs, ne semble pas ce cet avis!
    Quant au leader de vestiaire, il n’y a plus que nous pour s’ en préoccuper, les autres font jouer des grands garçons.
    La dernière coupe, quatre ans déjà , a validé un Rugby différent que celui produit par Mathieu, qui reste un redoutable joueur du top 14, ce championnat obsolète, et que nos sélectionneurs aient conservé d’autres dinosaures, je partage ton avis , n’y change rien.
    Je propose à ta sagacité de plus sérieuses raisons d’indignation :
    A l’aube de l’échéance, quand tout le monde est fin prêt, on repart d’une feuille blanche, ou presque.
    Personne ne part au grand rdv sans certitudes au poste de pilier droit, sans charnière avec un minimum de références communes non plus et c’est une priorité, avant même la fameuse charpente 2,8,9 et 10 donc, 15.
    Liste non exhaustive, et vu comme ça le sort de notre futur New Yorkais , c’est pas l’affaire Dreyfus.

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